‹ Œuvres complètesChapitre 117 sur 237 · ACTE TROISFRMR · texte numérisé non relu

ACTE TROISFRMR

Mais que j'irai peut-être essayer, sur les lieux,

Si ses vaillants Romains tiennent de leurs aïeux.

Je m'en vais convoquer mes barons; je les somme

De fournir leur service et de me suivre à Rome:

S'ils sont assez félons pour me fausser leur foi,

Je pars ; je vais chercher, au milieu d'un tournoi ,

Des vaillants qui prendront, contre un pontife injuste,

La cause d'une dame et de Philippe-Auguste;

S'il n'est plus nulle part d'honneur chez les chrétiens,

J'irai... j'irai chercher des bras chez les païens!

— Tu m'entends! Va-t'en! sors! ôte-toi de ma vue!

LE MOINE

J'excuse, seigneur roi, ta colère prévue: Mais souffre quelques mots.

Moine, tu te méprends :

Je suis calme, te dis-je, et, pour preuve, j'attends.

LE MOINE

Roi Philippe, ton âme, à présent abusée. De nobles éléments fut pourtant composée. Dieu t'a marqué du sceau qu'il met sur ses élus Par qui sont transformés les âges révolus ; Mais plus, tournée au bien, est grande ta nature. Plus, la tournant au mal,- grande est la forfaiture. 0 toi qui peux comprendre, écoute, homme de choix. Un langage étranger au vulgaire des rois. Quand le pape est d'accord avec le roi de France, La chrétienté, qui suit, marche avec assurance. Le pape est en avant: il a pour son soutien Son fils aîné , le roi de France très-chrétien. A. ses nouveaux destins initiant le monde, L'un est l'esprit qui veut, l'autre est le bras qui fonde; I- 13

Et tous deux, alliant leur double majesté,

Reçoivent, l'un de l'autre, autant qu'ils ont prêté.

A qui dois-tu, seigneur, le divin caractère

Qui rapproche du ciel les trônes de la terre?

Et qu'est-ce que le sacre? Est-ce à ton front taché

Une huile qui s'elTace, après qu'elle a séché?

Non. De la main de Dieu c'est l'éternelle marque,

C'est le pontife saint qui rend saint le monarque.

Entre tes grands barons, tu n'es qu'un des moins grands;

Le sacre te fait roi, qui te met hors des rangs.

Ce baiser paternel, que l'Église te donne.

Resplendit à ton front mieux que nulle couronne.

— Va, le pape n'est pas ton ennemi, seigneur;

Il n'entend rabaisser tes droits ni ton honneur,

Mais, te considérant comme son porte-glaive,

Il croit se rehausser de tout ce qui t' élève.

Oui, soumets tes vassaux : le saint-père est pour toi;

Car la cause de l'ordre est dans le camp du roi ;

Sur les mille tronçons de leur vaste anarchie.

Comme un pied triomphant , pose ta monarchie ;

C'est bien. — Mais l'élément d'un ordre réguher,

Du temple social le principal pilier,

C'est la famille, cliose avant tout respectable,

Dont la foi conjugale est la base immuable.

Veux-tu donc renverser ton propre monument?

Quoi! tu veux mettre un terme au long dérèglement,

Tu veux que la loi règne en place de la force.

Et tu vas dans l'hymen appeler le divorce,

Le divorce brutal, le divorce sans frein.

Par où les passions rentrent dans leur terrain !

Quelles lois désormais, quelles mœurs, quel usage.

Vivront où n'aura pu vivre le mariage !

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