‹ Œuvres complètesChapitre 158 sur 237 · ACTE DEUX Ii: ME · texte numérisé non relu

ACTE DEUX Ii: ME

Semblent nous transporter aux âges poétiques

Où les dieux se montraient aux voyageurs antiques.

Je demande, comme eux, si vous ne seriez pas

(Juelque divinité descendue ici-bas.

Et si la Liberté, la déesse nouvelle.

N'aurait pas pris les traits d'une vierge mortelle,

Afin d'encourager ceux qui n'ont pas en vain

Brûlé le pur encens sur son autel divin I

CHARLOTTE

Mon Dieu, non. Je ne suis qu'une humble villageoise;

L'habit des dieux sied mal à ma taille bourgeoise.

Descendons, s'il vous plait, de l'Olympe. — D'ailleurs,

J'avais bien mérité vos compliments raiJleurs.

Une fille des champs, en tribune rustique,

Dictant aux députés leur devoir politique.

C'est un jeu puéril, digne de vos dédains.

Mais .je hais les tyrans; j'aime les girondins;

J'avais compté sur eux pour sauver ma patrie

De ces excès sanglants dont sa glou-e est flétrie.

Oui, dans nos jours mauvais, je n'espérais qu'en vous.

Grand Vergniaud! fier Louvetl généreux Barbarouxl

En vous tous, girondins, jeune et brillante armée,

Où la vertu trouvait sa garde accoutumée 1

— Désespère, ô vertu! Couvre- toi d'un long deuil, Tribune aux orateurs, veuve de ton orgueil! Longtemps, en appelant leur parole éloquente.

On tournera les yeux vers leur place vacante;

Mais qui donc oserait s'estimer assez haut

Pour s'asseoir sur le banc où s'asseyait Vergniaud!

— Ah ! perte irréparable ! Ah! qui l'aurait pu croire. Que la Convention eût dévasté sa gloire!

— Que sont -ils devenus, ces illustres proscrits?

BARBAROUX

Les uns , comme Vergniaud , sont restés à Paris ; Ils ont voulu prouver que ceux de la gironde N'ont pas peur d'un procès à la face du monde, Et sauront, ne fuyant ni juges ni bourreaux. Parler en accusés et mourir en héros.

D'autres sont allés voir si la France recèle Quelque orgueil dont on puisse exciter l'étincelle, Si les départements se croiront insultés Par l'afïVont que Paris fait à leurs députés, Et se révolteront contre une capitale Qui confisque leurs droits, d'une main si brutale; Ou s'il est entendu que Paris désormais Représentera seul tout le peuple français. Et si l'on souftrira que ces nouveaux despotes Suppriment la province et déchirent ses votes. Yoilà ce qu'ils vont voir, madame. — En attendant, Fugitifs à travers les pays d'occident.

Alarmés en plein jour des rencontres fortuites. Comme des malfaiteurs qui craignent les poursuites. Perdus , la nuit , parmi de nouveaux horizons , Ils demandent leur route, ainsi que nous faisons; Heureux, si quelquefois une voix généreuse Vient enchanter aussi leur course aventureuse !

CHARLOTTE

Heureux qui, rencontrant ces nobles pèlerins, Pourrait de leur exil adoucir les chagrins! — Dites la vérité : vos amis, et vous-même. Vous êtes, citoyen, ces girondins que j'aime?

Vous avez devancé l'aveu qu'on vous devait.

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