‹ Œuvres complètesChapitre 204 sur 237 · ACTE OLATU I I-. M E · texte numérisé non relu

ACTE OLATU I I-. M E

Mais un j(>u dangereux pour celui qui le joue.

Il va s'asseoir vers la cheminée.

I) A NI' ON ', qui l'a écouté, les bras croisés.

Fais ce que tu voudras, pardieu! Je suis dre.ssé A inenacei', et non à nie voir menacé. Je m'appelle Danton. — Vois-tu cette main larj^e Qui broie un trône et lance un peuple au pas de charge! Ne la trouves-tu pas assez forte , dis-moi , Pour t' écraser toi-même en s'abattant sur toi? ^ Va , ma tète est solide encor sur mon épaule ; La Révolution tourne autour de ce pôle. Trouve un autre Danton, si tu peuv. — Jusque-là, Regarde avec respect la tète que voilà. — Écoute : je suis franc, ne craignant rien au monde; J"ai voulu, comme vous, terrasser la gironde. Si j'avais appuyé ceu\ ({ue j'ai combattus, Us seraient les vainqueurs, vous seriez les battus. J'ai voulu leur défaite et ne veux pas leurs tètes; Ils sont représentants aussi bien que vous l'êtes; Je ne veux plus livrer ce nom à des mépris Que le peuple déjà n'a que trop bien appris. IMus d'échafaud d'ailleurs, ni pour eux, ni pour d'autres! — Mes yeux ne sont pas plus timides ({ue les vôtres : Je comprends un moment de colère, un frisson, Un vertige sanglant qui trouble la raison, Déchaîne les instincts de la bète féroce , Kt pousse tout un peuple à quelque draine atroce. L'humanité gémit et se voile le front ; C'est la vengeance, c'est épouvantable et prompt;

1. Marat assis à gauche, Danton debout au milieu de la scène, Robespierre assis à droite.

332 niIAHLOTTI' CORDAV.

— Mais que la fièvre cesse et la soif soit la même ! Ériger froidement l'échafaud en système !

Fi donc! j'aimerais mieux, mourant avec honneur, Être guillotiné, qu'être guillotineur!

M A RAT

A ton gré !

ROB E s Plli R R F,, se lovant ot allant vers Danton et Marat.

Citoyens, trêve à cette dispute!

Le patriote est calme et gravement discute.

DANTON

Morbleu! je parle haut, et ne pratique pas La prudence de ceux qui s'indignent tout bas.

Il va s'asseoir vers la table dans le fauteuil de Marat. M A RAT.

Le silence est habile, et plus d'un bon apôtre Sait, entre deux partis, ménager l'un et l'autre.

RORESPIERRE '.

Je ne ménage rien , Marat. — Quand il le faut , Je suis honnne, Danton, cà savoir parler haut.

— Toujours le bien public me dicta ma réponse: Et puisque vous voulez qu'ici je me prononce. Deux partis dangereux se disputent l'État:

L'un pousse à la faiblesse, et l'autre à l'attentat. Ceux-là, les corrompus, sont prompts à l'indulgence: Ceux-ci, les forcenés, ne rêvent que vengeance; Les uns veulent fonder, noblesse pire encor, La noblesse bourgeoise et le règne de l'or: Les autres, appelant le pillage à leur aide. Lâchent les indigents sur celui ([ui possède.

1. Marat assis à gauclic , llobespierre debout au milieu de la scène Danton assis à droite.

(l'est le vice ou l'excès. — Eh l)ien , je ne suis pas Du parti des Verres ni des Gatilinas.

OANTON.

Oui, Croinwell te plaît mieux.

ROBESPIERRE

Leur liberté profane \ l'air d'une bacchante ou d'une courtisane.

— J'aime le peuple; — à lui le souverain pouvoir! Mais je ne fais appel qu'cà l'instinct du devoir;

Je parle au dévouement et non pas à l'enxie;

Ma voix par la morale au bonheur le convie.

()uand luiront-ils pour nous, ces beaux jours fraternels'?

— ()uand nous ne craindrons plus les complots criminels. L'échafîiud jusqu'alors est encor salutaire;

L'honmie juste, à regret, s'en l'ait une arme austère ; C'est aux mains des vertus qu'il remet la terreur; Il juge sans faiblesse, et punit sans fureur.

DA MON , debout.

J'entends : une façon de tuer, pastorale !

Il imite du geste la cliute du couteau.

In bourreau vertueux, pratiquant la morale!

ROBESPIERRE, allant très-près de Danton.

Il est vrai que septembre y va d'auti'e façon,

Kt peut, ({uant aux bourreaux, nous faire la leçon.

Il revient du coté de Marat.

DANTON

Ah! septembre! — C'est bien. — 0 justice dernière ! Il me manquait encor d'indigner Robespierre.

Il va prendre son chapeau sur une cliaise , à droite, puis remonte vers le fond entre Marat et Robespierre .

i. Marat assis à gauche, Robespierre debout à droite, Danton debout entre eux, un peu plus haut.

334 flHARLOTTH CORDA V.

Puisqu'un honiiiie sans haine et sans mauvais orgueil Ne reçoit nulle part un généreux accueil , Puisqu'on ne trouve ici, pour raison politique, Que fureur insensée ou chimère emphatique, Adieu. — J'ai pu faillir. Dans le feu des combats Quel est le combattant qui ne s'emporte pas? Mais la postérité dira, pour être juste, Qu'un souille humain sortait de ce poumon robuste ; Qu'implacable au superbe , et clémente au vaincu , Ma colère au combat n'a jamais survécu.

Il sort i)ar la gauclK'.

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