ACTE CLNQUIÈME
— Vous reculez, saisi d'uu tardif repentir, Devant l'abîme ouvert qui va tout engloutir.
Et croyez qu'un remords doit vous rendre l'estime
De ceux que vous avez poussés dans cet abîme ;
Mais vos imitateurs s'avancent sur vos pas;
Où vous vous arrêtez, ils ne s'arrêtent j^is.
Et l'émulation de leur sanglant délire
Recule, chaque jour, les limites du pire.
En vain, vous reniez leurs excès triomphants,
Us sont nés en septembre , et ce sont vos enfants.
Danton tressaille; Charlotte continue d'un ton plus doux.
C'est votre châtiment de voir votre impuissance Contre un débordement qui prit chez vous naissance, Et de voir qu'incrédule à vos premiers remords , On ne vous tient pas compte , ailleurs , de vos elforts.
— Soumettons-nous tous deux, Danton, à notre ])eine, Et sachons accepter, moi la mort, vous la haine.
Je ne puis, en retour de mon propre attentat, Que mourir d'une mort inutile à l'État; Vous, plus heureux que moi, pour expier les vôtres. Vivez, Danton, — vivez dans l'intérêt des autres. Sauvez vos ennemis , quand même vous savez Qu'ils vous outrageront dès qu'ils seront sauvés.
LE GEOLIER, rentrant,;! Charlotte.
On attend.
CHARLOTTE, posant la main sur le bras de Danton.
Méditez ces leçons de la tombe.
Elle va vers la porte ; là, elle s'arrête, et fait un geste d'adieu à Danton.
Adieu, Danton.
Elle sort avec le geôlier. — On voit, par la porte ouverte, les gendarmes qui l'emmènent.
:^50 CHARLOTTE CORDAV.
DANTON, seul, et suivant des yeux Cliarlotle.
Encore une tête qui tombe !
— Klle aujourd'hui! — Demain les girondins! — l^uis moi!
— Puis les autres! — Telle est l'inévitable loi.
— (l'est terrible et c'est grand. Soldat de son idée, Cihacun meurt pour sa loi, par son sang fécondée. Mais l'œuvre est immortelle, et les hommes nouveaux, Maudissant les acteurs, béniront les travaux.
— Allons! jusqu'à la mort continuons la guerre!
Nous sommes encor deux; — à nous deux, Robespierre!
FIN DE CHARLOTTE CDr.DAy.