DISCUUUS DE M. DÉSIRÉ NISARD
(le lui, et il restait seul, n'attendant plus rien de^ hommes, et s'étudiant, non plus pour connaître ses lorces, dont il n'avait plus que faire, mais pour se rendre ses comptes à lui-même, et démêler dans son avoir ce qui avait appai'tenu aux autres et ce qui lui appartenait en propre.
C'est sous ces trails du poëte fiuissant en sage que ic !'ai connu pour la première fois. Les infirmités et la f)Huvreté avaient fait de sa retraite une solitude si profonde, qu'il n'y avait guère de chance que la première \ isite n'y fût pas intéressée; mais, dès la seconde, on se sentait attiré par ce qu'il y a d'auguste dans un vieillard qui s'achemine vers la mort dans la souffrance et l'abandon, et par le charme de ce bon sens de la vieillesse éclairée et élevée par les lettres, bon sens déj)ouillé, comme on le dit des vieux vins, sans illusions, mais sans aigreur contre ceux auxquels il sied encore d'en avoir. Si, par moments, il lui arrivait de laisser percer quelque reste du vieil honnne , la faute en était à ceux qui le mettaient en cette tentation; c'est qu'on lui parlait de son passé, de son Omasis, que l'Empereur avait critiqué; c'est qu'on secouait devant lui les lamheaux de pouipre de sa jeunesse. 3Iais son bon sens reprenait l)ientôt le dessus, et c'est lui-même qui chassait de sa main ces flatteuses images, avant qu'il se mêlât du regret au jjlaisir de les revoir.
Poëte jusque dans l'extrême vieillesse , la poésie lui servait comme d'une musique harmonieuse pour bercer ses souffrances , ou comme d'un langage plus intime [)f)ur se parler de plus pr^s à lui-même. C'est ainsi que
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le dernier joui- la IroiiNé. rejoiiinaiU sa jeunesse à sa vieillesse paj' les grâces de ses dcniieis xev^^ et parlant de Dieu avec un serviteur fidèle don! la foi simple l'aidait il iiiomir dans les suprêmes espérances.
Si l'Acailémie Française a le privilëiie d'inviter une société d'élite aux réceptions de ses membres, ce n'est pas sans doute pour faiic elle-même ses honneurs, c'est pour en tirer occasion de rendre quek{ue témoignage nouveau de la vertu des letti'es. Cette séance nous en offre deux exemples illustres. L'un est celui d'un poëte ([u'elles ont amené, jeune encore, à l'honneur littéraire le plus insigne, un siège à l'Académie Française, par des succès qui pourraient n'être que le gage de succès encore plus grands; l'autre est celui d'un vieillard, poëte aussi en son temps, et poëte très-applaudi, au- ([uel les lettres avaient appris à supporter l'oubli , à se résigner à la douleur, à être pauvre avec dignité, à se voir délaissé par les hommes sans les accuser. De ces deux exemples, vous approuverez, Monsieur, cpie jaie fini par le dernier un discours dont vous êtes le principal sujet. Nous avons devant nous bien des jours pour montrer en votre personne- cette vertu des lettres, à un âge où elle inspire les beaux vers et relève le prix de toutes les choses heureuses; nous n'avions qu'un jour, et que ce moment-ci, pour montrer dans votre prédécesseur combien plus encore éclate cette vertu quand. après avoir fait la célébrité du poëte , elle est restée sa seule famille, sa seule richesse, sa seule amitié.
LUCRECE
TRAGÉDIE EN CINQ ACTES
Il E P n É s K >• T É E
l'OLU LA rUKMlKltE FUIS, A TAKIS , SIR LE SEtOND THÉATRE-FKANrAIK
LE ii AVHir. 1S4:1.