SCÈNE II
Les Mêmes, H OP. A CE.
L5-die, assise , arr<ange sa couronne et remet ses bagues. Elle feint de ne pas voir Horace, qui s'approche doucement et lui dépose un baiser sur le cou.
L \ D I E , feignant la surprise.
Ah! — Quoi! c'est vous, Horace!
IIOUACE.
Horace, votre escla\e, Plus heureux d'être ici que d'être chez Octave.
Bcroé se retire dans le cabinet de toilette, dont la porte reste entr'uuverttv LYDIE.
C'est d'un bon amoureux, mais d'un froid courtisan. Parleriez-vous ainsi , César étant présent?
Horace lui prend la main et lui entoure la taille d'un bras.
Laissez. Vous dérangez ma tunique.
HORACE
Rebelle!
Pourquoi donc aujourd'hui si farouche — et si belle ?
— Pour qui cette parure? Est-ce pour moi?
LYDIE
Pour vous?
Pas tout à fait. Le ciel est pur; l'air est très-doux; Tous les beaux sont déjà sur la voie Appienne : J'allais montrer un peu ma robe assyrienne.
— Que vous en semble?
Mais il me semblait à moi Que vous m'aviez donné rendez-vous.
LYDIE, aj-ant l'air de se souvenir.
Oui, ma toi.
— Eh bien, aimez-vous mieux, alors, que je demeure?
HORACE
Ehî sans doute.
LYDIE
J'ai cru que vous oublîriez l'heure.
HORACE
0 dieux! je ne songeais qu'au rendez-vous.
LYDIE
Menteur !
HORACE
De l'heure qui tardait j'accusais la lenteur.
LYDIE
Vrai?
HORACE
Mécène m'attend; que Mécène m'attende!
J'accours chez ma Lydie , où l'amour me demande.
LYDIE
Vous en repentez-vous ?
Je me suis repenti De m'ennuyer , jamais de m'ètre diverti.
LYDIE
Le falerne enivrant coule à flots chez Mécène.
HORACE
J'aime mieux m'enivrer de ta plus douce lialeine.
1,YDIE.
Mécène vous eût dit les nouvelles du jour; Et moi, je ne sais rien, sinon parler d'amour.
HORACE
Et voilà justement la science suprême :
Sr. KNE DKUXIÈMK. 369
Ke bonheur est d'aimer et de dire qu'on aime. Les doux chuchotements qui s'éveillent la nuit, La main mal dérobée au baiser qui la suit, Voilà les jeux charmants, et la fête éternelle Oui ne lasse jamais, toujours vieille et nouvelle.
— Toi , Mécène , chargé du poids de nos destins , Tm veilles sur l'empire et les peuples lointains; Tu prépares notre aigle aux guerres que projette Le Cantabre indocile ou l'errant Massagète.
Mais quoi ! les dieux prudents nous voilent l'avenir.
Quel lendemain suivra le jour qui va finir?
Nul ne sait; y songer est un souci frivole.
Cependant le temps fuit; la jeunesse s'envole.
Emportant avec elle et les joyeux discours,
Lt le sommeil facile , et l'âge des amours.
Donc , puisque la jeunesse est chose si légère ,
Cueillons, quand il est temps, cette fleur passagère.
Le sage, ô ma Lydie, obéissant aux dieux.
Jouit de leurs bienfaits, qu'on regrette étant vieux:
Il est content, s'il tient des Muses de la Grèce
In souille, tout léger, pour chanter sa maîtresse;
Il ne dédaigne pas les mets exquis, non plus
Qu'un vin mis au cellier sous le consul Tullus;
Mais c'est l'amour surtout, c'est l'amour qui l'enchante,
— L'amour que je maudis, quand Lydie est méchante.
LYDIK.
Ah! traître! tes discours seraient mieux accueillis. Si tu n'en disais pas tout autint à Phyllis.
HORACE
Moi ! c'est faux.
LYDIE
Pour Lydie , on a quitté Mécène ; 1. 24
Mais à quitter Chloé l'on aurait plus de peine.
HORACE
Chloé ? Fi donc ! — Je prends tous les dieux à témoin Que je n'ai jamais vu la Chloé — que de loin.
Le serment est facile à vous autres parjures.
HORACE
Ah ! j'ai peu mérité ces cruelles injures !
A quoi sert l'innocence! — 0 gardien des serments,
Que je sois foudroyé, Jupiter, si je mens!
LYDIE
Eh bien, oui, je te crois; j'ai besoin de te croire, Horace , mon amant , mon poëte , ma gloire !
— Je t'aime.
Horace est à genoux devant eUe ; elle lui passe un bras autour du cou.
C'est l'efi'et de quelque enchantement; Ce n'est pas naturel d'aimer si follement. Reste ainsi prisonnier dans mon bras qui t'enlace ! Nous allons t'enchaîner, volage, à cette place.
— Je t'aime. Mes regards, de toute leur longueur. S'enfoncent dans tes yeux et vont chercher ton cœur; Je voudrais me changer en rayon de lumière,
Afin d'y pénétrer, moi-même , tout entière.
— Ne me regarde plus, j'en perdrais la raison.
Horace fait un mouvement pour se lever.
Non, non; ne ])ougez pas. Vous êtes en prison.
— Tu n'aimes pas Chloé, n'est-ce pas?
HORACE
Dieu m'en garde!
Elle est laide.