SCÈNE DKLXIÈMH
LYDIE
C'est affreux! c'est indigne!
HO R AC E
Je jure d'effacer cette maudite ligne.
11 lui prend la main
Lydie !
LYDIE, retirant sa main.
Ah ! laissez-moi.
HORACE
J'ai des défauts; d'accord, .l'aiine trop les plaisirs, et l'excès est un tort. IFélas! je veux en vain combattre ma nature; Mes plus fermes desseins s'en vont à l'aventure. On m'entraîne au moment où je me corrigeais; In rayon de soleil fait fondre mes projets; ie ne puis voir passer dans la rue une robe, Sans regarder un peu le pied qu'elle dérobe.
— Mais, pour être léger, je ne suis pas méchant; .le suis vraiment navré de ton chagrin touchant , l'.t me regarderais comme trois fois infâme.
Si je riais des pleurs que répand une femme.
— Voyons! ma chère enfant!
LYDIE, se levant et s'éloignant d'Horace.
Laissez-moi! laissez-moi!
HORACE, la suivant.
Je t'aime.
LYDIE
Taisez-vous !
HORACE
Et je n'aime que toi.
Ces vers ne prouvent rien. Fiction poétique! Il fallait un ïambe à mon ^ ers alcaïque :
Lydie est un dactyle; en mon vers fourvoyé. Le cœur disait : Lydie ; et le rhythme : Ghloé. .
LYDIE, jetant par terre les tablettes qu'elle foule à ses pieds.
Périssent donc les vers , l'ïambe et les poètes ! Puissé-je les fouler, tous , comme ces tablettes !
HORACE
Ivoire infortunée! on te brise les os.
LYDIE
A ta chère Ghloé portes-en les morceaux.
HORACE
Des vers perdus! pas un dont je me ressouvienne !
LYDIE
Tant mieux. Je les voudrais dans la mer Caspienne. Oh! les poètes! race égoïste et sans frein, (hii sacrilirait tout pour un méchant quatrain !
HORACE, entre ses dents.
Méchant quatrain !
LYDIE
C'est bien la pire espèce d'hommes (Hie nous puissions aimer, ô folles que nous sommes! On les croit généreux, tendres et délicats: Us ont un sens exquis que les autres n'ont pas; Dans un monde inconnu leur amour nous fait vivre; IJali ! ces enchantements ne sont que dans leur livre, l'iction poétique ! Au fond , vous les verrez Terrestres comme un autre, et pas plus élhérés. Ils ont tant dépensé de feux pour les déesses, ()u'ils n'en ont j)lus du tout pour de simples maîtresses, Et, tant d'amour en vers épuisant leur vigueur. L'imagination a ruiné le cœur.
C'est pour cela qu'ils ont l'humeur si vagabonde : Comme ils n'aiment personne , ils aiment tout le monde.