U OR ACE
l']t qu'est-ce qu'un plaisir dont on fait une [)eine?
EVDI E.
Pour moi, je suis fidèle, et j'entends qu'on le soit ; •le veu\ que l'on me donne autant que l'on reçoit, Kt fais très-peu de cas d'un encens que l'on brCde Tiintôt à Lalagé, tantôt à Néobule.
HORACE
Moi, j'ai l'humeur paisible, et j'ai grand'peur du bruit, Kt d'un o'il orageux où toujours l'éclair luit. L'Amour s'enfuit, chassé par un sourcil farom-lie. Kl pleure le sourire exilé de la bouche.
L'amour va revenir, et le rire perdu.
Aux amis négligés je vais être rendu ; Je pourrai respirer le frais sous ma tonnelle , Sans craindre qu'un retard m'attire une querelle.
LYDIE, (l'un ton passionné.
Oh! viens, cher Calais! Je compte les moments.
Mon c'Pur bondit déjà vers tes emhrassements.
Vénus n'est plus à Chypre; elle est toute en mes veines.
Viens, ami! C'est pour toi que fument les verveines,
Pour toi que ces rideaux, mystérieux remparts.
-.iSi HORACE ET LYDIE.
Du passant indiscret repoussent les regards. C'est pour toi que luira d'une clarté voilée , Pour toi que s'éteindra la lampe reculée.
Rogavdaut Horace, à la dérobée.
— Il s'émeut.
HORACE, se levant.
Qu'elle est belle, en ce mol abandon!
Livrer cette sirène à mon rival ! Fi donc !
U s'approche de Lydie, qui, à moitié couchée, lui tourne le dos. — A demi-voix et tendrement.
Lydie !
LYDIE, sans se retourner.
0 (lalaïs! — 0 volupté divine! — C'est toi! Sans t' avoir vu, tout mon cœur te devine.
Toujours sans se retourner, pendant qu'Horace lui pose le bout des doigts sur les cheveu.x.
Détache ces bandeaux qu'emprisonne un seul na'U(L
HORACE
Les beaux cheveux !
r, V 0 I E , tendant la main, toujours sans se rotonrni:r.
Ma main attend ta lèvre en fen.
HORACE, baisant la main de Lydie.
La belle main !
LYDIE, se retournant.
Eh quoi ! Vous encore !
HO RACE
Moi-même.
LYDIE
Que faites-vous ?
HORACE, lui baisant encore la main.
Je dis à ta main que je t'aime.
se EN h: DEL XI ÈME. oi^li
LYDIE
Hélas ! je vous prenais pour Calais.
HORACE
Merci.
J'ai cru que vous étiez déjà bien loin d'ici.
HORACE, montrant les mains de Lydie.
Le moyen de partir, retenu par ces chaînes.
LYDIE
Près des mains de Chloé les miennes sont vilaines.
HORACE, prenant Ips mains de Lydie.
Non pas. Ces jolis doigts sont plus blancs que les siens, Et plus mignons. — Elle a de gros doigts plébéiens.
LYDIE
Peut-être. — Mais sa taille est superbe.
HORACE , montrant la taille de Lydie.
Âh ! déesse !
Devant ce port divin quelle tournure épaisse !
Un peu lourde, c'est vrai. — Mais quels cheveux !
HORACE, montrant les cheveux de Lydie.
Moins beaux Que ceux-ci.
LYDIE
Cependant ils viennent de Lesbos; On les lui vend fort cher.
H O R A C E , riant.
Mauvaise !
Elle est, en .somme, F)ien mieux faite que moi pour captiver un homme. — Courez!