SCENE II
Les Mi>mes, COLLATLN, BRUTE, SEXTUS, TITUS, ARONS.
Ils écartent la tenture d'une des portes du fond, et contemplent Lucrèce qui travaille. — Moment de silence. — Us s'avancent vers Lucrèce. Deux esclaves mâles restent vers le fond du théâtre.
SEXTUS
Gloire à Lucrèce I r'ollatiii a \aincii.
ACTi^ PKn:\iii:i{. o9
A liait.
Dieux! la Ix'lle i iKii tresse !
BRUTE, A part.
0 iiol)le et digne teiiinie !
(!orr, VTI\, à Lucrilco , qui s'est levée à l'outrée des princes.
Il faut lions ])ai'donner.
l'iie telle visite a lien de t'étonner; \[ais, pour faire éclater cette ])n])ru[ue preux e, .r;ii vanté ta sagesse, et l'ai mise à ré|)renve.
Je suis moins fon cpie xons : on a tort, Collalin, D'allécher les voleurs par rap[)àt dn butin.
SEXTUS, à part.
J/imbécile a dit M*ai.
Seigneurs, je vous salue.
>i'iinporte en quel objet vous l'ayez résolue, Votre arrivée ici, ramenant mon époux, Me réjouit. Soyez les bienvenus chez nous.
RUo se rassied; les princes et Collatin s'asseyent à son exemple sur des sièges ai>prochés par les esclaves. Brute reste debout.
SEXTUS
Voici comment nous vint, Lucrèce, cette idée: Depuis un an, bientôt, -nous assiégeons Ardée, lit n'avons rien à faire en nos retranchements, Qu'à blorpier l'ennemi, qu'on prive d'aliments. Or, se croiser les bras dans une palissade, Pendant tout un hiver, est chose fort maussade. Donc, pour tromper l'ennui, nous étions en festin, Mes frères que voici, moi, Brute et Collatin, Et nous passions le temps k puiser dans les cruches Les meilleurs vins sabins, mêlés au miel des ruches.
60 LUCRECE
15RUTE.
Oui, VOUS êtes à table un merveilleux soldat; Chacun de vos festins vaut seul un long combat.
SEXTUS
Que veux- tu dire, fou?
BRUTE
Que vous avez la gloire D'affamer l'ennemi, mieux qu'aucune victoire; Car vos repas guerriers sont conçus de façon A couper vaillamment le vivre et la boisson.
— Le courage, à ce compte, a dérangé son centre, Et le cœur aujourd'hui se loge dans le ventre.
Paix! Brute. La matière est au-dessus d'un sot. Le domaine de l'aigle échappe à l'escarbot.
BRUTE
rSe vous moquez pas tant, Sextus. L'aigle sublime
Siu' ses ailes, un jour, raillait l'insecte inlime :
« Gageons, dit l'escarbot, que je vous gagne au vol. »
L'aigle accepte, pour rire, et s'élance du sol;
Puis s'écrie, en planant du haut de l'étendue :
u La gageure est à moi. — Non, vous l'avez })erdue, »
Répondit l'escarbot, qui, jus({u' alors caché.
Quand l'aigle s'envola, sur lui s'était perché.
— Tel mont touche les cieux, qu'un brin d'herbe domine.
SEXTUS
Ce fou m'a détourné, Lucrèce; je termine.
— Si bien que, nos cerveaux chauffés à l'unisson Moitié par les discours, moitié par la boisson,
De propos en propos, enfin, nous arrivâmes A vanter à l'envi la vertu de nos femmes.