SEXTUS, LA SIBYLLE
Elle est voilée et vêtue de noir. Elle porte trois livres sous le bras et une lampe à la main.'
LA SIBYLLE
Sextus !
402 LUCRÈCE
Que me veux-tu? quel est ce parchemin?' Que viens-tu faire ici, cette lampe à la main? Pourquoi ce sombre voile et ces habits funèbres, Tels que l'on croirait voir la reine des ténèbres?
LA SIBYLLE
Sextus !
SEXTUS
Ta voix trahit un accent étranger.
LA SIBYLLE
Je viens de loin. Un dieu me force à voyager.
J'apparais une fois, messagère céleste,
A ceux qui sont livrés à quelque esprit funeste ;
Je devance d'un jour l'heure des attentats
Qui marquent une époque et changent les États.
SEXTUS
Qui donc es -tu?
LA SIBYLLE
Je suis la sibylle de Cumes.
Tout le destin de Rome est dans ces trois volumes ; Apollon Phrygien m'en a dicté les vers Sur des bords reculés que baignent d'autres mers.
— Tu veux savoir pourquoi je porte un voile sombre? Parce que l'avenir se dérobe dans l'ombre.
— Pourquoi ces vers? Je viens t'en offrir le dépôt.
— Pourquoi ma lampe, enfin? Tu le sauras tantôt.
— Lis.
Elle présente un volume à Sextus, et pose sa lampe sur le trépied de bronze à droite.
SEXTUS, lisant.
« Rome, en l'an romain deux cent quarante-quatre, Et combattra sans vaincre, et vaincra sans combattre. »