‹ Œuvres complètesChapitre 58 sur 237 · SEXTUS, LA SIBYLLE · texte numérisé non relu

SEXTUS, LA SIBYLLE

Elle est voilée et vêtue de noir. Elle porte trois livres sous le bras et une lampe à la main.'

LA SIBYLLE

Sextus !

402 LUCRÈCE

Que me veux-tu? quel est ce parchemin?' Que viens-tu faire ici, cette lampe à la main? Pourquoi ce sombre voile et ces habits funèbres, Tels que l'on croirait voir la reine des ténèbres?

LA SIBYLLE

Sextus !

SEXTUS

Ta voix trahit un accent étranger.

LA SIBYLLE

Je viens de loin. Un dieu me force à voyager.

J'apparais une fois, messagère céleste,

A ceux qui sont livrés à quelque esprit funeste ;

Je devance d'un jour l'heure des attentats

Qui marquent une époque et changent les États.

SEXTUS

Qui donc es -tu?

LA SIBYLLE

Je suis la sibylle de Cumes.

Tout le destin de Rome est dans ces trois volumes ; Apollon Phrygien m'en a dicté les vers Sur des bords reculés que baignent d'autres mers.

— Tu veux savoir pourquoi je porte un voile sombre? Parce que l'avenir se dérobe dans l'ombre.

— Pourquoi ces vers? Je viens t'en offrir le dépôt.

— Pourquoi ma lampe, enfin? Tu le sauras tantôt.

— Lis.

Elle présente un volume à Sextus, et pose sa lampe sur le trépied de bronze à droite.

SEXTUS, lisant.

« Rome, en l'an romain deux cent quarante-quatre, Et combattra sans vaincre, et vaincra sans combattre. »

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