ACTE P REMI KR
Qu'est-ce qu'on attendait alors pour me juger? Quel est ce jeu? d'où vient cette atroce folie D'attaquer maintenant l'union accomplie?
LE MOIXE.
Sire , c'était du temps du pape Célestin ; Vénérable vieillard , mais pontife incertain , D'une main , où tremblait sa foudre moribonde , Il n'osait affronter un des puissants du monde. — Ce pontife n'est plus, et, depuis quelques mois. Le saint-siége appartient au pape Innocent-Trois. Or , le pape nouveau , gardien du mariage , Ne supportera pas que personne l'outrage , Et ne s'occupera d'amis ni d'ennemis, Pour défendre les droits qui lui furent commis. Il ne sait pas non plus laquelle, au fond de l'âme, D'Ingelberge ou d'Agnès, est la plus digne femme; Mais il n'est pas besoin d'un plus ample examen ; Ingelberge, à ses yeux, représente l'hymen. Devant cet intérêt, tout sentiment s'efface. L'épouse est toujours plus que celle qui la chasse, Et grâces, ni beauté, ni verlus même, rien Ne peut donner un droit qui soit égal au sien.
A Agnès.
Madame, cette place est la place d'une autre : N'usurpez plus, madame, un rang qui n'est pas vôtre.
A Philippe.
Sire, renvoyez -la; le temps est arrivé. Brisez le cœur, pourvu que l'hymen soit sauvé. C'est un sublime effort que le saint-père exige; Mais vous devez savoir que la couronne oblige ; Et le pape voudrait vous en laisser l'honneur , Plutôt que de sévir, s'il le fallait, seigneur.
'lo4 AGNÈS DE MÉRANIE.
PHILIPPE
Par le ciel! c'en est trop! qu'il sévisse, s'il l'ose! Je ne le crains, ni lui, ni ce qu'il se propose.
— Me séparer d'Agnès, ô moine insensé! — Tiens : Va conseiller aux Turcs de se faire chrétiens ! IVjrte à Malek-Adhel la crosse d'archevêque;
Va proposer au pape un voyage à la Mecque ; Tu parviendras plutôt à les persuader, Qu'à, cet acte inouï qu'on m'ose demander!
A Agnès.
iNe baissez pas la tête, et n'ayez peur, madame. Je suis le roi Philippe , et vous êtes ma femme. Restez dans ce palais, car vous êtes chez vous. Sous la protection de votre noble époux.
— Je n'en crois pas mes yeux! Voici le roi; nous sommes Dans notre capitale , au milieu de nos hommes ;
Notre armée est ici ; le bruit de nos clairons Fera luire au soleil des milliers d'éperons ; Voici ce moine; — eh bien, l'effronterie est grande! C'est au roi couronné le moine qui commande!
LE MOINE
Sire, je suis un moine, et vous êtes un roi;
Mais, quand je parle au nom de la divine loi,
Je suis l'élu de Dieu; vous, vous n'êtes qu'un homme.
PHILIPPE
Je te reconnais bien, ô doctrine de Rome! C'est bien là cet orgueil colossal, ces façons De régenter les rois , comme petits garçons ! — A mes propres aïeux Rome doit sa puissance ; Que n'ont-ils étouffé le monstre à sa naissance! ■(^harlemagne aujourd'hui demanderait pardon .D'avoir au genre humain fait un semblable don.