ACTE PREMIER. 4o
Après lui, tous nos rois ont mérité qu'on dise Qu'ils étaient les aînés des enfants de l'Église; Moi-même, pour la croix, j'ai quitté mes États, Épuisé mes trésors et mes meilleurs soldats. Allumé dans mes os les ardeurs de la peste. Et voilà cependant, voilà ce qui m'en reste!
Le saint-père n'est point ingrat; il reconnaît Tout ce que vos aïeux et vous-même a\ez fait; Mais, quand il rend justice, afni qu'elle soit bonne, Il regarde la cause et non pas la personne.
— Écoutez! moi. légat, je vous parle en son lieu : Le pape , serviteur des serviteurs de Dieu , Seigneur roi des Français, annule ton divorce, <]omme injuste, sans cause, arraché par la force, Kt, par suite, il t'enjoint de rappeler céans.
Et de traiter avec les égards bienséants , En femme légitime , et royale personne , Ingelberge.
PHILIPPE
Ah ! vraiment !
LE MOINE
Et, de plus, il t'ordonne De bannir de chez toi ta concubine Agnès.
AGNÈS
>5a concubine !
PHILIPPE
Et si, moi, je m'en abstenais?
LE MOINE
Lorsque s'accomplira la deuxième semaine , Je mettrai l'interdit sur ton royal domaine.
— Connais-tu l'interdit? Sais-tu quels résultats
Arrêteront la vie au cœur de tes États?
Les évêques — sur toi que ce malheur retombe! —
Fermeront aux vivants l'église, aux morts la tombe;
Plus d'office divin, plus d'absolution;
Plus rien, sauf le baptême et l'extrême-onction ;
Le travail chômera; le père de famille
Ne pourra fiancer ni marier sa fille;
Les enfants garderont chez eux leurs pères morts
Dont le terrain sacré rejettera le corps;
Tous enfin, tes sujets, ta complice, et toi-même.
Serez enveloppés dans un vaste anathème ;
Et, quant aux fils d'Agnès, ils seront déclarés
Bcàtards, dans l'adultère et la honte engendrés;
A défaut d'autres fils, que s'éteigne ta race!
Toi mort, un étranger occupera ta place!
AGNÈS
Je me meurs!
PHILIPPE, soutenant Agnès.
Mon Agnès!...
Au moine.
Ah ! miséralile ! — A moi , Barons et chevaliers ! On attaque le roi.
A Guillaume.
Arrête -le, Guillaume, et garde qu'il n'échappe!
Oh! sire, il est sacré; — c'est un légat du pape.
LE MOINE, allant vers les portos.
Vous tous, ici présents, barons et chevaliers. Allez, dispersez- vous, rentrez dans vos foyers! Le pape vous défend de suivre votre sire.
Se retournant vers le roi.
— Vous, roi, rappelez-vous ce que je viens de dire.