XXIII. — BALLADE
En revenant du bois, l'autre hier, J'ouys le doulx chant des oiseaux.
Le rossignol au franc gosier, Merles, allouettes, ectourneaux.
En revenant vers mes aigneaulx, Ouys chanter dedans le boys Bergiere faisant des chappeaulx :
Ce fut la plus belle des trois.
Dedans le boys je m'en allay, Trouvay Margot et Marion, Soubs les fueilles d'un boys ramé, Qui chassoyent lez un buisson.
Je les saluay par leur nom, D'aj^mer les priay plusieurs fois, Mais l'une me respondit : Non I Ce fut la plus belle des trois.
Esconduit fuz, j'eus desplaisir.
De deul rompis mon flageollet :
Quand je leur viz leurs fleurs cueillir Je leur requis un chappelet.
Dessoubz l'ombre d'ung buysonnet Allasmes faire nos degois.
L'une me donna un boucquet :
Ce fut la plus belle des trois.
« Puisqu'ainsi est, mes bergerettes.
Pour mesouen^ adieu vous dy.
Vous estes un peu trop fiérettes. »
L'une des trois me respondy :
« Robinet, retourne lundy ! »
Une œillade feist de guingois Et un signe que j'entendy :
Ce fut la plus belle des trois.
Franc messagier, rossignollet, Vas à la belle, sans cesser, Et luy dy que, sans plus de plaid, Me conviendra mes jours finer, Car sans elle ne puis durer; Plus ne vivray, mourir m'en voys.
Adieu celle que j'ay tant cher...
J'entends la plus belle des trois.