‹ Œuvres complètesChapitre 196 sur 233 · Maulgré ses dentz, quelque dépit qu'on en ait · texte numérisé non relu

Maulgré ses dentz, quelque dépit qu'on en ait

ŒUVRES DE FRANÇOIS VILLO}) 2l2

Contre cinq Angloys que je pris,

Povres prisonniers desnuez,

Si tost que je les euz ruez.

Ce fust au siège d'Alençon,

Les troys se misrent à rançon,

Et le quatriesme s'enfuyt.

Incontinent que l'autre ouyt

Ce bruit, il me print à la gorge.

Se je n'eusse crié : Sainct Georges !

Combien que je suys bon Françoys,

Sang bieu ! il m'eust tué, ançoys

Que personne m'eust secouru.

Et quand je ms senty féru

D'une bouteille, qu'il cassa

Sur ma teste : « Venez ça, ça !

Dis-je lors. Que chascun s'appaise !

Je ne quiers point faire de noise,

Vantre bieu ! et buvons ensemble.

Posé soit ores que je tremble.

Sang bieu ! je ne vous crains pas maille ».

Cy dit ung quidem, par derrière les gens. Coquericoq.

Qa'esse cy? J'ay oiiy poiallaille Chanter chez quelque bonne vieille; Il convient que je la resveille, Poullaille font icy leurs nidz 1 C'^st du demourant d'Ancenys, Par ma foy ! ou du Champ-Toursé...^

t. Champtocc ou Cbantocé, village de Maine-et-Loire, renommé, xomme Anccnis, pour ses poulardcss grasses.

Helas ! que je me vis coursé ^

De la mort d'ung de mes nepveux !

J'euz d'ung canon par les cheveux,

Qui me vint cheoir tout droit en barbe;

Mais je m'escriay : « Saincte Barbe !

Vueille-moy ayder à ce coup,

Et je t'ayderay l'autre coup ! »

Adonc le canon m'esbranla,

Et vint ceste fortune-là

Quand nous eusmes le fort conquis.

Le Baronnet et le Marquis,

Craon, Cures, l'Aigle et Bressoirc^,

Accoururent pour veoir l'histoire;

La Rochefouquault, l'Amiral,

Aussi Beuil et son attirail,

Pontièvre^ tous les capitaines,

Y deschaussèrent leurs mitaines

De fer, de paour de m'affoler,

Et si me vindrent acoler

A terre, où j'esto}^ m'eshaigné.

De paour de dire : « II n'a daigné* ! »

Combien que je fusse malade.

Je mis la main à la salade,

Car el m'estouffoit le visaige.

« Ha ! dist le Marquis, ton oultraige

Te fera une foys mourir ! »

Car il m'avoit bien veu courir,

Oultre l'ost, devant le chasteau.

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