‹ Œuvres complètesChapitre 219 sur 233 · DE L'EPIDEMIE · texte numérisé non relu

DE L'EPIDEMIE

Et pour la première repeue Dont après sera mention, Bien digne d'estre ramenteue Et mise en révélation.

Et pourtant, soubs correction,

ŒUVRES DE FRAX.OIS VILLOM 21)0

Affin que l'on en parle encore, Comme nouvelle invention, Rédigé sera par mémoire.

Or advint, de coup d'aventure, Que les suppostz devant nommez.

Ne cherchoyent rien par droicture, Qu'en richesse gens renommez.

Ung jour qu'ilz estoient affamez, En la porte d'ung bon logis Virent entrer, sans estre armez, Ambassadeurs de loing pa3's.

Si pensèrent entre eux comment Ilz pourroient, pour l'heure, rcpaistre.

Et, selon leur entendement, L'ung d'iceulz s'approcha du maistre D'hostel, et se fit acongnoistre, Disant qu'il luy enseigneroit Le haut, le bas marché, pour estre Par luy conduyt, s'il luy plaisoit.

Je croy bien que monsieur le maistre, Qui du bas mestier estoit tendre.

Fit ce galant très bien repaistre, Et luy commenda charge prendre De la cuj'sine, d'y entendre, Tant que leur train départira, Et bien payera, sans attendre, A son gré, quand il s'en yra.

Lors s'en vint à ses compaignons, Dire : « Nostre cscot est payé; Je suis jà l'ung des grans mignons

De léans et mieulx avoyé, Car le maistre m'a envoyé Par la ville, pour soy sortir; Mais, se mon sens n'est desvoyé, Bien brief l'en feray repentir.

— Va, lui dirent ses compaignons.

Et esguise tout ton engin A nous rechauffer les rongnons Et nous faire boire bon vin.

Passe tous les sens Pathelin, De Villon et Pauquedenaire, Car se venir peux en la fin, Passé seras maistre ordinaire. »

Ce gallant vint en la maison Où estoyt logé l'ambassade, Où les seigneurs, par beau blason, Devisoyent rondeau ou ballade.

Il estoit miste, gent et sade.

Bien habitué, bien en point, Robbe fourrée, pourpoint d'ostade; Il entendoit son contrepoint.

Le principal ambassadeur Aymoit ung peu le bas mestier, Dont le gallant fut à honneur.

Car c'estoy quasi son mestier.

Et luy conta que, à son quartier, Avoit de femmes largement.

Qui estoyent, s'il estoit mestier, A son joly commandement.

Le gallant fut entretenu Par ce seigneur venu nouveau.

Et léans il fut retenu, Pour estre fin franc macquereau.

Le jeu leur sembla si très beau; Aussi, il fît si bonne mine, Qu'il fut csleu, sans nul appeau.

Pour estre varlet de cuysine.

Les ambassadeurs convoyèrent Seigneurs et bourgeois à disner, Lesquels voulenticrs y allèrent Passer temps, point n'en faut doubter.

Toutesfoys, vous debvez sçavoir, Quelque chose que je vous dyc.

Que l'ambassadeur, pour tout veoir, Craignoit moult fort l'epidemie.

Ce gallant en fut adverty.

Qui nonobstant fîst bonne mine.

Et quand il fut près de midi, A l'heure qu'il est temps qu'on disne, Il entra dedans la cuysine, Manyarit toute la viande, Comme docteur en médecine Qui tient malades en commande.

Tous les seigneurs là regardèrent Son train, ses façons et manières; Mais, après luy, pas ne tastèrent, Aussi ne luy challoit-il guères.

Après il print les esguières, Le vin, le claire, l'ypocras,

Darioîes, tartes entières :

Il tasta de tout, par compas.

Et, pour bien entendre son cas.

Quand il vit qu'il estoit saison, A bien jouer ne faillit pas.

Pour faire aux seigneurs la raison.

Si bien que dedans la maison Demoura tout seul pour repaistre, Soustenant, par fine achoison, Qu'il se douloit du cousté destre.

Lors y avoit une couchette Où il failloit la feste faire.

Et n'a dent qui ne luy cliquette; Là se mist, commençant à braire Que l'on s'en fuyt au presbytaire.

Pour faire le prebstre accourir.

Atout Dieu et l'autre ordinaire Qu'il fault pour ung qui veult mourir.

Quand les seigneurs virent le prebstre Avec ses sacremens venir, Chascun d'eulx eust bien voulu estre Dehors, je n'en veulx point mentir :

Si grant haste eurent d'en sortir.

Que là demourèrent les vivres, Dont les compaignons du martir Furent troys jours et troys nuyts yvres.

Par ce point eurent la repeue Franche chascun des compaignons.

La finesse le prebstre a teue.

Affin de complaire aux mignons; Mais les seigneurs dont nous parlons Eurent tous, pour ce coup, l'aubade :

Chascun d'eulx fut, nous ne faillons. De la grant paour troys jours malade.

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