DES TORCHECULS
Un Lymousin vint à Paris, Pour aulcun procès qu'il avoit.
Quand il partit de son pays Pas gramment d'argent il n'avoit.
Et toutefoys il cntcndoit Son fait, et avoit souvenance Que son cas mal se portcroit S'il n'avoit une repeue franche.
Ce Lymousin, c'est chose vraye, Qui n'avoit vaillant ung patac, Se nommoit seigneur de Combraj'e, Sans qu'on le suivist à son trac.
Plus rusé estoit qu'ung vieil rat, Et affame comme un vieil loup, Avec monsieur de Penessac, Et le seigneur de Lamesou.
Les troys seigneurs s'entretrouvcrent, Car ilz estoyent tous d'ung quartier.
Et Dieu sçait s'ilz se saluèrent,
Ainsi qu'il en estoit mes lier; Toutesfoys, ce bon escuyer De Combraye, propos final, Fut esleu leur grant conseillier, Et le gouverneur principal.
Ils conclurent, pour le meilleur.
Que ce bon notable seigneur Yroit veoir s'il pourroit trouver Quelque bon lieu pour s'y loger.
Et, selon qu'il le trouveroit, Aux aultres le raconteroit.
Or advint, environ midy.
Qu'il estoit de faim estourdy.
S'en vint à une hostellerie.
Rue de la Mortellerie, Où pend l'enseigne du Pestel^ :
A bon logis el bon hostel, Demandant s'on a que repaistre :
« Ouy, vrayment, ce dist le maistre; Ne soyez de rien en soucy.
Car vous serez très bien servy De pain, de vin et de viande.
— Pas grand chose je ne demande, Dist le bon seigneur de Combraye :
Il n'y a guère que j'avoye Bien desjuné; mais, toutesfoys.
Si ai-je disné maintes foys Que n'avoye pas tel appétit. »