‹ Œuvres complètesChapitre 226 sur 233 · TAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON · texte numérisé non relu

TAICTE AUPRÈS DE MONTFAULCON

Pour passer temps joyeusement.

Raconter vueil une repeue Qui fut faict subtillement Près Montfaulcon, c'est chose sccue Et diray la desconvenue Qu'il advint à de fins ouvriers; Aussi y se raramenteue La finesse des escoUiers.

Quand compaignons sont desbauchez, Hz ne cherchent que compaignie; Plusieurs ont leurs vins vendangez Et beu quasy jusqu'à la lye.

Or advint qu'une grant mesgnie D3 conipaignons se rencontrèrent.

Et, sans trouver la saison chère, Chascun d'eulx se resjouyssoit Disant bons motz, faisant grant chère Par ce point le temps se passoit.

Mais l'ung d'iceulx promis avoit De coucher avec une garce, Et aux aultres le racontoit.

Par jeu, en manière de farce.

Tant parlèrent du bas mestier.

Que fut conclud, par leur façon, Qu'ilz yroyent ce soir-là coucher Près le gibet de Montfaulcon, Et auroyent pour provision Ung pasté de façon subtile, Et meneroyent, en conclusion, Avec eulx chascun une fille.

Ce pasté, je vous en respons, Fut faict sans demander qu'il couste.

Car il y avoit six chapons.

Sans la chair, que point je ny boute.

On y eust bien tourné le coûte.

Tant estoit grant, point n'en doubtez.

Le Prince de Sots et sa routte En eussent esté bien souppez.

Djux escolliers voyant le cas.

Qui ne sçavoyent rien que tromper.

Sans prendre conseil d'advocatz, Hz se voullurcnt occuper, Pensant à eux, comme atrapper Les pourroyent d'estoc ou de trenche Car ilz voulloyent ce soir souppcr Et avoir une repeue franche.

Sans aller parler au devin L'ung prist ce pasté de façon, L'autre emporta un broc de vin.

Du pain assez, selon raison, Et allèrent vers Montfaulcon, Où estoit toute l'assemblée.

Filles y avoit à foyson, Faisant chère desmesurée.

Aussi juste comme l'or loge.

Par devis et bonne manière, Hz entrèrent dedans leur loge, Espérant de faire grant chière, Et tastoient devant et derrière Les povrcs filles, hault et bas.

Les escoliers, sans nulle fable, Voyant ceste desconvenue, Vestirent habitz de diable, Et vindrcnt là, sans attendue :

L'ung, ung croc, l'autre, une massue,

Pour avoir la franche repue, Vindretit assaillir les gallans.

Disant : « A mort ! à mort, à mort, Prenez, à ces chaînes de fer, Ribaulx, putains, par desconfort, Et les amenez en enfer; Hz seront avec Lucifer, Au plus parfond de la chauldière.

Et puis, pour mieulx les eschauffer, Gettez seront en la rivière ! »

L'ung des gallans, pour abbreger, Respondit : « Ma vie est fînée !

En enfer me fault héberger.

Vecy ma dernière journée; Or suis-je bien ame dampnée !

Nostre péché nous a attains.

Car nous yrons, sans demourée, En enfer avec ces putains ! »

Se vous les eussiez veu fouyr, Jamais ne vistes si beau jeu, L'ung amont, l'autre aval courir; Chascun d'eux ne pensoit qu'à Dieu.

Ils s'en fouyrent de ce lieu, Et laissèrent pain, vin et viande.

Criant sainct Jean et sainct Mathieu, A qui ilz feroyent leur offrande.

Nos escolliers, voyant cecy.

Non obstant leur habit de diable, Furent alors hors de soulcy, Et s'assirent trestous à table; Et Dieu sçait si firent la galle Entour le vin et le pasté.

Et repeurent, pour fin finalle.

De ce qui estoit appresté.

C'est bien trompé, qui rien ne paye.

Et qui peut vivre d'advanlaige, Sans desbourser or ne monnoye, En usant de joyeux langaige.

Les cs:olliers de bon couraige, Passèrent temps joyeusement.

Sans bailler ny argent ny gaige.

Et si repeurent iranchement.

Si vous vouliez suyvre l'escolle

De ceubc qui vivent franchement.

Lisez en cestuy prothocolle.

Et voyez la façon comment;

Mellcz-y vostre entendement

A faire comme ilz faisoyent.

Et, s'il n'y a empeschement, L

Vous vivrez comme ilz vivoyent. "

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