‹ Œuvres complètesChapitre 225 sur 233 · DES GALLANTS SANS SOULCY · texte numérisé non relu

DES GALLANTS SANS SOULCY

Une assemblée de compaignons, Nommez les Gallans sans soticy, Se trouvèrent entre deux pontz, Près le Palays, il est ainsi; D'aultres y en a voit aussi, Qui aymoient bien besoigne faicte, Et estoient, de franc cueur transi, A l'abbé de Saincte Souffrette.

Ces compaings ainsi assemblez Ne demandèrent que repas; D'argent ilz n'estoyent pas comblez.

Non pourtant ne faillirent pas.

Hz se boutèrent, c'est le cas,

A l'enseigne du Plat d'estaing, Où ilz rcpeurent par compas, Car ilz en avoient grant besoing.

Quant ce vint à l'escot compter, Je crois que nully ne s'en cource; Mais le beau jeu est au payer, Quant il n'y a denier en bourse.

Nul d'eulx n'avoit chère rebourse :

« Pour de l'escot venir au bout, Dist ung gallant, de plaine source.

Il n'en faut qu'ung pour payer tout ».

Ilz appointèrent tous ensemble.

Que l'ung d'iceulx on banderoit :

Par ainsi, selon que me semble.

Le premier qu'il empoigneroit, Estoit dit que l'escot paycroit.

Mais ilz en eurent grand discord :

Chacun bandé eslre vouloit, Dont ne peurent estre d'accord.

Le varlet, voyant ces desbas, Leur dit : « Nul de vous ne s'esmoye; Je suis content que, par compas.

Tout maintenant bandé je soye ».

Les gallans en eurent grand joye, Et le bandèrent en ce lieu, Puis chascun d'eux si print la voye Pour s'en aller sans dire adieu.

Le varlet, qui estoit bandé, Tourno3'oit parmy la maison.

Il fut de l'escot prébende

Par ceste subtile achoison,

Afïin d'avoir provision

De l'escot, l'hoste monte en hault :

Quand il vit ceste invention,

A peu que le cueur ne lui fault.

En montant, l'hoste fut happé Par son varlet, sans dire mot, Disant : « Je vous ay attrapé.

Il faut que vous payez l'escot, Ou vous laisserez le surcot. »

De quoy il ne fut pas joyeux,

Cuydant qu'il fust mathelineux.

Quand le varlet se desbanda, La tromperie peut bien congnoistre ; Fut estonné quand regarda, Et vit bien que c'estoit son maistre.

Pensez qu'il en eut belle lettre, Car n parla lors à bas ton.

Et, pour sa peine, sans rien mettre, Il eut quatre coiips de baston.

Ainsi furent, saiis rien payer Les povres gàllails délivrez De la maison du tavemier, Où Hz s'estoyent presque enyvréz Des vins qu'on leur avoit livrez Pour boire à plain gobelet, Que paya le povre varlet.

Et que ce soit vray ou certain, Ainsi que m'ont dit cinq ou six.

ŒUl'RF.S DE FRANÇOIS VILLON 280

Le cas advint au Plat d'estain Près Sainct-Pierre-des-Arsis.

Bien cschéoit ung grant mercis, A tout le moins, pour ce repas.

Et si ne le payèrent pas.

Aussi fut si bien aveuglé, Le povre varlet malheureux.

Qui fut de tout l'escot sanglé, Et fallust qu'il payast pour eulx; Et s'en allèrent tous joyeux Les mignons, torchant leur visaige.

Qui avoyent disné d'advantaige.

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