DES CINQ ACTES DE MARINO FALIERO
* Un biographe de l'abbé conteste l'exactitude de cette assertion. « Quelques écrivains,» dit-il, «qui trouvaient sans doute piquant d'attribuer de grands effets à de petites causes, ont prétendu que l'abbé avait insisté dans le conseil pour faire déclarer la guerre à la Prusse, par ressentiment contre Frédéric, et pour venger sa vanité poétique, humiliée par le vers du monarque bel esprit et poète —
Eritez de Berais la stérile abondanco.
«Je ne m'amuserai pas à réfuter cette opinion ridicule : elle tombe par le fait si l'abbé, comme ditDuclos, se déclara au contraire, dans le conseil, constamment pour l'alliance avec la Prusse, contre le sentiment même de Louis XV et de madame de Pompadour. » Bibl. univ^
s En février <817, lord Byron écrivait à M. Murray : «Consultez pour moi le Coup d'œil sur l'Italie, du docteur Moore. Dans l'un des volumes, vous trouverez un chapitre sur le doge Valiero (ce doit être Faliero), sur sa conspiration et les motifs qui ont déterminé sa conduite. Faites-moi copier ce passage et envoyez-le-moi tout de suite par la poste. Je ne puis trouver ici d'aussi bons renseignements, quoique l'on vous montre encore aujourd'hui le portrait recouvert d'un voile noir, le lieu où il fut couronné et celui où il fut décapité. J'ai fouillé tous les historiens ; mais la censure de la vieille aristocratie n'a pas permis aux écrivains de publier les motifs, qui étaient probablement l'affront qu'il avait reçu d'un jeune patricien. Je veux écrire une tragédie sur ce sujet, qui me paraît éminemment dramatique, un vieillard jaloux, et conspirant contre l'État dont il est le chef suprême. Cette dernière circonstance est très remarquable et peut-être unique dans l'histoire. »
8 John Wilson, du collège de la Madeleine, à Oxford, aujourd'hui professeur de philosophie morale à l'Université d'Edimbourg, est l'auteur bien connu de Marguerite Lindsay , de Ombres et lumières de la vie écossaise, et le principal critique du lilackwood's Magazine. M.
♦ Horace Walpole était doué de facultés qui lui auraient assuré le rang
MARINO FALIEhO. — NOTES. 14o
e plus élevé dans la littérature. La Mère mystérieuse, quelque repoussante que soit l'idée principale, restera comme un magnifique monument. 11 est vrai, pour nous servir d'une de ses expressions, que lorsqu'il choisit un sujet aussi terrible, la mélancolie avait blasé son guùt au point de l'obliger à rêver quelque chose d'horrible; mais les bons vieux vers blancs, l'énergie du caractère de cette misérable mère et quelques autres personnages prouvent une force de conception et une vigueur de style propres à enfanter de grandes choses, et nous ramènent à la première période du théâtre anglais, — « lorsque la terre était habitée par des géants. .. »
Crorer.
8 Lord Byron acheva cette tragédie \e i7 juillet ^820; il avait l'intention de la garder six ans en portefeuille avant de la livrer à l'impression ; mais de pareilles résolutions, dans un siècle tel que le nôtre, sont rarement mises à exécution. Marina Faliero fut publié à la fin de la même année, et représenté sur le théâtre de Drury-Lane, au grand désespoir du poëto et malgré ses réclamations réitérées.
* Les Avogadori étaient au nombre de trois; ils jugeaient les criminels de complot contre l'État, et aucune délibération des conseils n'était valide si elle n'avait été sanctionnée par la présence de l'un d'eux.
"^ Marina Faliero, dalla hella moglie altri la gade, ed egli la mantiene. Sanl'to.
8 Historique. Voyez Marino Sanulo. 11 dit que — «le ciel permit que Faliero perdit la raison. —Perà fu permisso che il Faliero perdette l'intel' letto. n B.
9 Cet ofiBcier était le chef des ouvriers de l'arsenal et capitaine do Bucentaure, dont il répondait sur sa tête; l'excuse d'une tempête n'était point admise. 11 montait la garde au palais ducal pendant l'interrègne, et portait l'étendard rouge devant le nouveau doge lors de son inauguration. On lui donnait pour indemnité le manteau ducal et les deux bassins qui contenaient les distributions que le doge faisait au peuple.
Amelot de la Houssaye, 79.
10 A ceci, l'amiral répondit : —«Monseigneur duc, si vous désirez vous faire roi et mettre en pièces toute cette lâche noblesse, comptez sur moi. J'ai du cœur ; je vous ferai roi de tout le pays, et alors vous pourrez les punir tous.» — Entendant ceci, le duc dit; — «Comment peut-on s'y prendre ? » — Et ils se mirent à discourir. Tel est le récit de Sanuto, et il n'existe pas d'autre version. On ne peut dire de qui il tenait ces détails. Si cette conversation a eu lieu réellement, elle a dû se tenir sans témoins, et n'a pu être révélée que par l'un des deux interlocuteurs.il est plus probable que le chroniqueur a supposé ce qui était vraisemblable; et, comme il est certain que ce fut après une entrevue avec l'amiral que le
* Sur le fflanaserit original envoyé de Ravenne, lord Byron a écrit : •< Commencé le 4 avril 1820, achevé Je 16 juiUet 1820, copié le 16 août 1820 : la copie m'a coilté dix foii plus de temps que la composition, à came de la ehalettr (le thermomètre marquait 90O à l'ombre) et de mes oecupationi domeitiques.
doge se trouva mêlé à la conspiration, il n'y a aucun inconvénient à supposer cette conversation. Résumé de l'Histoire de Venise, t. XX et XXI de la Bibliothèque de tamille.
*» Les cloches de Saint-Marc ne pouvaient être mises en braille que par l'ordre du doge. Un des prétextes que l'on eût donnés pour sonner cette alarme était l'approche d'une flotte génoise dans les lagunes.
1* « J'aurais pardonné un coup de poignard ou le poison, tout enfin, excepté cette désolation calculée que l'on a entassée sur moi; je suis seul près de mon foyer avec mes pénates, jonchant le sol autour de moi. Pouvez-vous supposer que j'oublie ou que je pardonne jamais cela ? Tout autre sentiment a été tué en moi, je ne suis plus sur la terre qu'un spectateur indiflFérent. « Lettre de lord Byron. ^819.
»3 Le palais de la famille du Doge.
1* Dans les notes de Marino Faliero, il serait bon de dire que Benintende ne faisait pas réellement partie du Conseil des Dix, mais était grand chancelier, office séparé, quoique fort important. C'est moi qui ai fait ce changement. B.
*5 Giovedi grasso, —jeudi gras. C'était le jour du jugement. Je n'ai pu transporter littéralement cette date dans la pièce. B.
1* Le sénat vénitien prenait, comme le sénat romain, le titre de pères conscrits.
i' Cette réponse fut aussi celle de Bailly, maire de Paris, aux bourreaux qui lui faisaient le même reproche. J'ai trouvé, depuis que cette tragédie est achevée, et en lisant pour la première fois Venise sauvée, la même réponse faite par Renault dans une occasion différente. Il y a encore d'autres ressemblances entre les deux pièces, mais elles sont purement accidentelles, car on n'aurait pas de peine à découvrir le plagiaire quand il s'agit d'une pièce aussi répandue que celle d'Otway. B.
•* Si cette malédiction dramatique paraît exagérée, que le lecteur se rappelle les circonstances historiques de la période que prophétise le doge, ou plutôt le peu d'années qui la précèdent. Voltaire calculait les nostre bene meretrici de Venise à douze mille patentés, sans compter les volontaires et la milice locale. J'ignore quelle était son autorité, mais c'est peut-être la seule partie de la population qui n'ait pas diminué. Venise contenait autrefois deux cent mille habitants, et maintenant elle n'en a pas quatre-vingt-dix mille, et quels sont-ils? On peut à peine concevoir, et nul ne saurait décrire, à quel degré d'avilissement les a réduits l'infernale tyrannie de l'Autriche. Depuis la décadence actuelle de Venise, sous les Barbares, il y a cependant quelques honorables exceptions. B.
*9 Les principaux palais de la Brenta appartiennent maintenant aux juifs qui, dans les premiers temps de la république, ne pouvaient habiter que le Mestri, et n'avaient pas le droit d'entrée dans la ville de Venise, Tout le commerce est dans les mains des juifs, des Grecs, et des Huns de la garnison.
*o Si la prophétie du doge étonne, que l'on lise celle faite par Alamani deiu cent soixante-dix ans plus tard. «Il existe une singulière prophétie