‹ Œuvres complètesChapitre 69 sur 74 · SCÈNE III · texte numérisé non relu

SCÈNE III

Le passage secret, GABOR seul.

J'ai compté quatre, — cinq, — six heures, comme la sentinelle d'avant-poste, — au triste son de la cloche, cette voix lugubre du Temps; car lors même qu'elle sonne pour le bonheur, chacun de ses tintements enlève quelque chose à la jouissance. C'est toujours un glas de mort, même quand c'est un hymen qu'elle annonce; alors chacun de ses sons emporte une espérance; on dirait qu'elle sonne les funérailles de l'Amour descendu dans la tombe de la possession pour ne plus ressusciter; mais lorsqu'elle tinte pour le trépas d'un parent chargé d'années, c'est un écho de bonheur qui résonne à l'oreille avide d'un héritier. J'ai froid, — je suis dans les ténèbres; — j'ai soufflé dans mes doigts, — j'ai compté et recompté mes pas, — j'ai heurté ma tête contre je ne sais combien de solives poudreuses; — j'ai excité parmi les rats et les chauves-souris une insurrection générale, si bien que le trépignement de leurs pattes et le bruissement de leurs ailes empêchent tout autre bruit d'arriver jusqu'à moi. J'aperçois une lumière : autant que j'en puis juger dans les ténèbres, elle est à quelque distance; mais elle scintille comme a travers une fente ou le trou d'une serrure dans la direction de la partie habitée : approchons-nous-en par curiosité. La clarté lointaine d'une lampe est un événement dans un pareil repaire. Fasse le ciel qu'elle ne me conduise à aucune tentation! sinon, le ciel me vienne en aide pour que j'échappe sain et sauf, ou que j'obtienne l'objet convoité ! Elle brille encore ! quand ce serait l'étoile de Lucifer, ou Lucifer lui-même couronné des rayons de celte clarté, je ne puis me contenir plus longtemps. Doucement! voilà qui est à merveille! j'ai franchi un détour. — Comme cela; — non. — Fort bien! la lumière se rapproche. Voici un coin ténébreux; — bon, — le voilà passé. Arrêtons-nous. Si ce passage allait me conduire à un danger plus grand que celui auquel je me suis dérobé? — N'importe, — il a le mérite de la nouveauté, et les nouveaux périls sont comme les nou-

WERNER. ACTE III, SCÈNE IV, t)03

velles maîtresses : ils ont quelque chose de pins allrayant. — Avançons, coûte que coûte; — si je me trouve dans un mauvais pas, j'ai ma dague pour me défendre. — Continue à luire, petite lumière! tu es mon ignis fatuus! mon feu follet stationnaire! — Bien! bien! il a entendu mon invocation : il m'exauce. {l^a scène se termine.)

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