LE DETROIT
Connaissez-vous celte riante et fertile contrée, riche en souvenirs historiques, dont les Français nos ancêtres foulèrent les premiers le sol encore vierge? rC!onnaissez-vous ces prairies verdo^aiiies et onduleuses, arrosées de rivières limpides, ombragées d'érableD, de platanes, de figuiers, d'acacias, au milieu desquelles s'élève, brillante de jeunesse et d'avenir, la florissante ville du Détroit?
Si vous voulez jouir pleinement du spectacle enchanteur que présente cette contrée délicieuse, dont le climat n'a rien à envier au soleil d'Italie, remontez la rivière du Détroit par une fraîche matinée de printemps, quand l'aurore a secoué son aile humide sur ces vastes plaines et que le soleil de mai trace un lumineux sillage à travers les vapeurs diaphanes du matin.
l,E.s PIONNIERS CANADIENS ,)49
Nulle part le ciel n'est plus limpide, la nature plus ravissante.
Nulle part les lignes onduleuses de l'horizon ne se dessinent dans le lointain avec un plus pur azur.
Vous rencontrerez des sites agrestes et poétiques, de romantiques paysages, de petites îles boisées semblables à de gracieuses corbeilles de verdure, toutes retentissantes des rires moqueurs d'une multitude d'oiseaux ; de jolis promontoires dont les bras arrondis encadrent des golfes pleins d'ombre et de soleil, où la vague caressée par de tièdes haleines vient déposer sur la rive une frange d'écume argentée.
Vous apercevrez des vallées et des collines couronnées de grappes de verdure, qui semblent se pencher tout exprès pour se mirer à loisir dans l'onde voisine.
De chaque côté, la plage se déploie tour à tour rocailleuse, ou couverte de sable fin et grisâtre, ou bordée d'une dentelle de gazon, ou hérissée de hauts joncs couronnés de petites aigrettes, parmi lesquels se perchent et se balancent de timides martins-pêcheurs que le moindre bruit fait envoler.
Ici de frais ruisseaux coulent eu murmurant sous les ogives fleuries des rameaux entrelacés; là de petits sentiers, bordés de fraises et de marguerites, serpentent sur l'épaule du coteau; plus loin, la brise printanière frissonne sur de verts pâturages et parfume l'air de délicieuses senteurs.
' Les mille bruissements confus des eaux et des feuillages, les gazouillements des oiseaux et des yoix humaines, les mugissements des troupeauxj les volées lointaines et argentines des «loches des bateaux à vapeur qui parcourent la rivière, montent dans l'air par intervalles, et répandent un charme indéfinissable dans Tâme et dans les sens.
De distance en distance, de gracieux villages s'échelonnent le long de la grève, tantôt groupés dans l'échancrure d'une anse, tantôt penchés aux flancs d'une colline, ou la couronnant comme d'un diadème.
Enfin vous arrivez devant Détroit, dont les clochers et les toits étincellent sous les rayons du soleil.
Mille embarcations, que son industrie fait mouvoir, se détachent sans cesse de ses quais et sillonnent le fleuve en tous sens.
Si j'étais poète, je comparerais volontiers la gracieuse cité au superbe cygne de ces contrées qui, s'éveillant le matin au milieu des joncs de la rive, secoue ses blanches ailes en prenant son essor et fait pleuvoir autour de lui les plumes et les gouttelettes de rosée ; ou bien encore au splendide magnolia qui croît sur les bords du fleuve et qui, balancé par le souffle embaumé de la brise matinale, répand sur l'onde où il «e mire la poussière féconde de sa corolle.