‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 34 sur 64 · LE MANOIR · texte numérisé non relu

LE MANOIR

Des zéphyrs, des oiseaux cachés parmi les roses

Ou dans les lis, Me disiez-vous alors les merveilleuses choses

Du paradis ?

Lâ-haut, sur la montagne où le soleil pouiiroie,

Mes pas rêveurs Recherchent les sentiers où la mousse verdoie

Parmi les fleurs.

Le silence des bois, de la mer qui sommeille

Le grand soupir, Tout ce qui m'environne en mon âme réveille

Un souvenir.

Voici la croix sainte où s'agenouillait mon père ;

A son côté Pressant du chapelet les grains bénits, ma mère

Disait VAve ; Et d'enfantines voix, poursuivant le cantique

De Gabriel, Livraient au vent du soir leur prière angélique

A l'Eternel.

Quand l'hiver déployait sa robe virginale,

Qu'étincelait Dans ses splendides nuits l'aurore boréale,

On me disait :

" Enfant, vois-tu tomber les étoiles filantes,

" Du ciel si beau ?

" De tes illusions en ton âme expirantes,

" C'est le tombeau."

Dispersés par le vent de celte amère vie,

Chaque printemps Ramène au vieux manoir une troupe ravie

De ses enfants.

Frères, sœurs, pui-sions-nous, autour de notre mère

Encor longtemps Réunis, couronner d'une main tendre et fière

Ses cheveux blancs.

Mais d'où vient qu'un nuage assombrit ma paupière.

Noire vapeur?

Hélas ! je vois là-bas la croix du cimetière,

Et j'ai frayeur.

Quand j'entendrai la voix du ministre suprême

Me dire : Adieu !

Faites-moi retrouver tous ceux que mon cœur aime

Au ciel, mon Dieu ! . ..

Airvault, 1er juin 1S69.

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