AIRVAULT
EN roiTor. * A mon neveu.
Ab iino disce omnes.
Tu veux savoir, enfant, pourquoi notre domaine
Porte le nom d'Airvault. Ta demande ramùue
Soudain en mon esprit un souvenir lointain
Qui m'arrive de France où je fus pèlerin.
A Poitiers en Poitou qu'illustra saint Hilaire,
M'avait conduit le nours de mon itinéraire.
Près de la vieille ville est un petit hameau
Qui n'eut jam lis d'histoire et qui s'appelle Airvault.
Ce nom indifférent ne laisse aucune trace
Dans l'esprit ou le cœur du voyageur qui pas-^e.
Pourtant je fus ému quand il frappa mes yeux.
Ah ! c'est que là jadis ont vécu mes aïeux.
C'est de là qu'est parti mon ancêtre de France
Pour venir sur nos bords finir son existence.
C'était par un beau soir de la fin de juillet
Que j'aperçus de loin ce village propret.
Un groupe de maisons avec ses toits de tuile
Se penche au bord d'un val onduleux et fertile,
Parmi des champs de vigne, où le pampre vermeil,
Pour la vendange mûr, rougissait au soleil,
* L'auteur a essayé de peindre et de personnifier dans les vers qui suivent chacun de ces colons français qui ont quittt^ jadis la France pour venir s'établir au Canada, et qui sont devenus les i'ondateurs de nos l'auiilles canadiennes.
1S6 poi'siis
Au milieu de taillis, couronnant les collines Ou verdissant au fond de profondes ravines. Un orage, mêlé de tonnerre et d'éclairs, Fuyait à l'horizon ; et les cieux bleus et clairs Inondaient de lumière et de joie et de vie Les prés et les bosquets tout ruisselants de pluie.
Je traversai, pensif, le bourg silencieux ;
Et sans m'inquiéter des regards curieux
De quelques paysans, d'une femme surprise,
J'allai me prosterner au parvis de l'église,
L'âme joleine d'ivresse et les yeux pleins de pleurs.
Le chrétien seul comprend les intimes bonheurs
D'une heure de prière, en la sainte présence,
A de pareils instants. Au milieu du eileuce
De ce vieux sanctuaire usé par les genoux
De mes aïeux de France ; en ce lieux même où tous
Ils s'étaient prosternés ; sous ces mêmes portiques
Où leurs voix se mêlaient au chant des saints cantiques,
Je rendis grâce à Dieu pour ce peuple d'enfants
Qui sont nés de leurs flls sur d'autres continents ;
Et j'adorai, Seigneur, de votre providence
Les desseins merveilleux sur ce pauvre inconnu
Qui, n'ayant pour tout bien que sa forte croyance
Et ses deux fortes mains, vint ici, le front nu,
Avant de tout quitter pour la terre étrangère,
INIurmurer à vos pieds sa suprême prière.
Et levant en esprit le voile du passé,
Je vis cet ^n connu par votre main poussf'.
Après s'être nourri du pain eucharistique,
Descendre cette nef, et franchir ce portique.