‹ Œuvres complètes (volume 3)Chapitre 59 sur 64 · VO · texte numérisé non relu

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UNE PAROISSE CANADIENNE AU XVIl' SIÈCLE 491

On ne contestera pas les qualités sociales de M. de La Bouteillerie. Officier du régiment de Carignan, s'il y avait chez lui et chez ses compagnons d'armes quelques défauts qui les rendissent moins aptes à la vie coloniale, c'était l'éclat de leur naissance, les habitudes du grand monde et les raffinements de société qu'ils avaient puisés dans les camps et à la cour de Louis XIV. La magnifique signature du premier seigneur de la Rivière-Ouelle, qu'on rencontre presque à chaque page des registres, jusqu'à sa mort, dénote une éducation parfaite.

Madame de La Bouteillerie partageait naturellement les habitudes sociales, mêlées de qualités et de défauts, de son mari. D'une famille considérable, comme l'attestent ses alliances, entre autres le mariage d'une de ses sœurs avec un des premiers gentilshommes canadiens, M. Charles-Pierre Le Gardeur, sieur d^e Villiers,* elle était née et avait été élevée à Québec, à deux pas du château Saint- Louis, qui était le rendez-vous d'une société bien trop brillante pour les ressources du pays. Aux Ursulines, où elle avait fait son éducation, elle avait reçu les leçons de la mère Marie de l'Incarnation et des autres mères fondatrices. Reléguée à vingt

* A son contrat de mariage, le 16 janvier 1663, à Québec, étaient présents: le baron Dubois d'Avaugour, gouverneur de la Nouvelle-France ; Jérôme Lalemand, jésuite ; Madeleine Cbauvigny de La Peltrie, le chevalier DesCartes, baron d'Euménil, Le Gardeur de Tilly, François Bissot de Vincennes, etc., etc. [Grejfe d'AudouardA

ans dans les bois de la, Rivière-Ouelle, l'esprit encore tout plein des souvenirs de sa joyeuse enfance, pouvait-elle faire autrement que de cherchera en retracer quelque image dans l'intérieur de sa maison, et dans ses rapports avec son mari et avec ses voisins ?

L'un d'eux, M. Joseph Renaud, était dans de> conditions de fortune plus avantageuses que celles du seigneur. Marié à une femme plus jeune que madame de La Bouteillerie, il n'avait pas encore d'enfants. Tous deux pouvaient se reposer sur le travail de leurs troig domestiques, et mener une vie facile et peu occupée. L'existence des autres censitaires était plus modeste et fort laborieuse ; mais ils n'auraient pas échangé leur position pour celle qu'ils avaient quittée en France. Devenus propriétaires de terres considérables, dont la valeur s'augmentait chaque année, et qui n'étaient soumises qu'à de légères redevances, ils voyaient se réaliser les espérances qui les avaient engagés à s'expatrier et à venir vivre sous un ciel étranger.

Ils étaient en contact journalier avec leur seigneur, et les registres de la paroisse fournissent un témoignage irrécusable des relations d'amitié qu'ils entretenaient avec lui. M. de La Bouteillerie y apparaît continuellement, soit comme parrain de leurs enfants, soit comme témoin dans les mariages et les sépultures.

En l'absence du missionnaire, qui alors, comme nous l'avons dit, ne visitait ses ouailles qu'une couple de fois par année, les habitants se rassemblaient, les jours de dimanches et de fêtes, dans une des maisons, ordi-

nairement celle du seigneur, pour réciter des prières. On célébrait le plus souvent ce ([u'on appelle une messe blanche, c'est-à-dire qu'on faisait réciter, par un des anciens, les prières de la messe, qui étaient suivies du chapelet et de lectures de piété, comme cela se pratique encore aujourd'hui sur les confins des établissements où le prêtre ne peut se rendre régulièrement. Ces prières terminées, on se livrait à quelque délassement, surtout à de longues conversations sur les nouvelles du jour, sur les affaires, l'avancement de la culture et sur les souvenirs du "vieux pays." Chacun rappelait les coutumes, les traditions, les histoires et les chansons particulières à la province d'où il venait. C'est ainsi que se conservaient et se transmettaient aux enfants les mœurs et l'amour de la France.

Voilà en quelques mots, mais exactement, ce qu'étaient nos ancêtres, et particulièrement les gens delà Rivière- Quelle. Maintenant qu'on connaît, d'après des renseignements authentiques, irrécusables, les chefs de famille, leurs noms, leur âge, leur origine, leurs conditions de fortune et de société, voyons ce qu'en dit M.Parkman,et n'oublions pas qu'il parle des mêmes habitants, de la même paroisse et delà même époque.

Après avoir raconté le voyage de l'abbé Morel le long de la côte, et son arrivée dans la clairière dont M.Parkman décrit l'aspect, et où, ajoute-t-il, " croît entre les souches d'arbres, un peu de blé et de maïs, la maigre moisson des colons," il continue ainsi : " Des femmes à l'aspect sauvage, aux visages brûlés par le

soleil, aux cheveux négligés, abandonnent leur ouvrage pour courir à la rencontre du curé ; un ou deux hommes les suivent d'un pas plus posé et avec un zèle moins exubérant, tandis que des enfants à moitié sauvages, les futurs coureurs de bois, nu-tête, nu-pieds, et à demi-vêtus, accourent et regardent avec étonnement et curiosité " (page 342).

M. Parkman aurait-il pu décrire autrement un campement d'Iroquois entouré de sa récolte de blé d'Inde, avec ses sauvagesses basanées à la chevelure en broussaille, avec son troupeau d'enfants, nu-pieds, nu-tête, et à peine couverts de peaux ou de vêtements en guenilles ? Si c'est là de l'histoire véridique et impartiale; hâtons-nous de fermer le livre et de chercher justice ailleurs.

Le lecteur esta même déjuger qu'entre cette fantaisie d'imagination et la réalité, il y a autant de différence qu'entre le jour et la nuit. Et pourtant,il faut bien remarquer que la paroisse que nous avons prise poui exemple formait alors Textrême limite de la colonisation de ce côté du fleuve : il n'y avait au delà qu'une seule habitation,vis-à-vis les îles du Kamouraska. Par conséquent, la Rivière-Ouelle était dans des conditions bien moins favorables que les établissements plus anciens et plus rapprochés de Québec, où les paroisses étaient régulièrement organisées avec église et curé résidant, avec des voies de communication plus faciles, et avec tous les autres avantages qui accompagnent une société plus nombreuse et mieux assise.

Bi nous voulions user de représailles, nous n'aurions

pas besoin de recourir à de pareils efforts dlmagination.

Il nous suffirait d'ouvrir les histoires américaines.

Voulez-vous savoir de quoi se composait une portion considérable de l'émigration anglaise aux Etats-Unis ? Ecoutez ce que dit M. Bancroft : " L'enlèvement d'êtres humains était devenu chose ordinaire à Bristol, et on transportait au delà de l'Atlantique non seulement les criminels, mais des jeunes gens ou autres, afin de les vendre pour de l'argent. Le maire et les magistrats de Bristol voulaient intimider les petits escrocs et les petits filous, qui, de crainte d'être pendus, imploraient la déportation comme leur seule chance de salut: ces enfants étaient alors partagés entre les membres de la Cour. Ce commerce était excessivement lucratif, bien plus lucratif même que la traite des esclaves, et il existait depuis des années." (Volume 3, p. 76.) C'est ce qui fait dire au même historien cette effroyable vérité : " L'histoire de la colonisation de notre paj's est l'histoire des crimes de l'Europe." (Volume 3, p. 75.)

Nous ne parlons pas de cette détestable colonisation africaine qui a jeté la dépravation avec l'esclavage dans une si grande partie des Etats-Unis, et dont ils subissent aujourd'hui le châtiment. Quel contraste avec la pureté de nos origines historiques ! Autant on prenait de soin, ici, à créer une colonie morale, autant on jetait, là-bas, d'éléments de corruption. Mais, même en mettant de côté ces monstruosités et en n'envisageant que l'émigration puritaine, qui peut être compa-

rée à la nôtre par les motifs élevés qui l'ont inspirée, nous allons voir laquelle des deux mérite davantage l'épithète de demi- civilisée. Voici, d'après le mêmeBancroft, ce qui se passait huit ou neuf ans après l'époque dont nous venons de parler, chez les gens de Boston, qui avaient alors de bons chapeaux, de bonnes bottes, de bons habits, et parmi lesquels même commençait à poindre la codfish ari4ocracy. Après avoir parlé des nombreux procès pour sorcellerie intentés contre les anabaptistes, l'historien ajoute : " Les prisons étaient pleines. On pouvait remarquer que... pas un de ceux qui avaient fait des aveux et qui ensuite s'étaient rétractés, n'avait échappé, soit à la potence, soit à un emprisonnement, pour être jugé de nouveau. Le 9 d'août (1692), six femmes furent condamnées ; d'autres déclarations de culpabilité se succédèrent... Le 22 septembre, huit per.«onnes furentconduites à la potence. Parmi elles se trouvait Samuel Wardwell, qui avoua et fut pardonné ; mais, saisi de honte et de repei.tir, il rétracta ses aveux et proclama hardiment la vérité ; sur quoi, on le pendit, non pour sorcellerie, mais pour refus de reconnaître la aorcellerie. Marthe Cory fut visitée dans sa prison, avant son exécution, par Parris, accompagné de deux diacres et d'un autre membre de son église. Les archives de cette église rapportent que Marthe, puisant sa force en elle-même, repoussa " avec arrogance " ses persécuteurs, " qui prononcèrent contre elle la redoutable sentence d'excommunication." Marie Eusty, exposant avec calme l'imposture de ceux

qui avaient choisi tant de victimes au sein de sa famille, sut allier le plus noble courage à la douceur de caractère, à la dignité et à la résignation. Mais le grand juge était convaincu que tout ce qui s'était fait l'avait été justement, et "il se montra très impatient d'entendre parler dans un sens tout différent." — " Huit suppôts de Tenfer sont pendus," dit Noyés, le ministre de Salem, en désignant les huit corps qui se balançaient sur le gibet. Vingt personnes avaient été mises à mort du chef de sorcellerie; on en avait amené cinquantecinq, par la torture ou la terreur, à faire des aveux et à se repentir. A mesure que les accusations se multipliaient, les aveux se multipliaient aussi; et à la suite des aveux venaient de nouvelles accusations. " La génération des enfants de Dieu " elle-même se voyait menacée de " devenir victime de cette réprobation..." Giles Cory, vieillard octogénaire, voyant que tous les accusés étaient déclarés coupables, refusa de se défendre, et se vit condamner à être pressé jusqu'à ce que la mort s'ensuivît. Cette horrible sentence, usage barbare de la loi anglaise, reçut immédiatement son exécution." *

En lisant cette page, ne croiriez- vous pas assister à un autodafé de l'inquisition espagnole? Si de pareils faits s'étaient produits au Canada, je vous laisse à penser ce qu'en auraient dit nos adversaires: vous enten-

* Histoire des EtaU-Vins par Bancroft, traduction de Mlle Gatti de Gammond, volume iv, pp. 84, Se,

driez d'ici leur superbes cris d'indignation. Nous pourrions Eflultiplier les citations, mais c'en est assez pour faire juger de quel côté était la population demi-civilisée, sur le rivage de l'Atlantique ou sur les bords du Saint- Laurent. A cette rectification, nous pourrions en ajouter d'autres ; mais, outre que cela nous entraînerait hors de notre sujet, il nous est pénible d'avoir à combattre un écrivain dont nous serions heureux de pouvoir toujours approuver les opinions en matière d'histoire.

S'il vous est arrivé quelquefois de franchir la lisière de nos forêts pour visiter les établissements naissant?, et d'interroger les colons sur leur genre de vie, leurs travaux, leurs misères, etc., vous avez dû remarquer que de toutes les privations qu'ils ont à endurer, celle qui leur est la plus sensible est l'éloignement de l'église et l'absence du prêtre. C'est que, pour nos Canadiens, la religion est une atmosphère aussi indispensable que l'air qu'ils respirent. Les femmes surtout, chez qui la dévotion est innée, dont le sentiment religieux est sinon plus profond, du moins plus expansif, et, parmi elles, les mères de famille, en particulier, qui sont confinées tout le jour dans leur maison, avec leurs enfants, tandis que leurs maris travaillent au dehors, souffrent de cet isolement et de la peine de ne pouvoir satisfaire leur piété. Quand arrivent les dimanches et les fêtes, et

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qu'elles se voient privées du bonheur d'entendre la sainte messe, Dieu seul peut dire combien elles trouvent la journée longue et triste. Les jours où le prêtre qui visite ces familles, vient faire les offices du dimanche dans une de leurs maisons, qu'il transforme pour quelques heures en chapelle, ne font qu'accroître, leur désir de voir une église s'élever auprès d'elles, et de participer de nouveau aux belles cérémonies qu'elles ont connues en des temps meilleurs.

S'il en est ainsi pour nos pauvres habitants, qui n'ont vu ordinairement que la modeste église de leur village natal, on peut juger des regrets et des ennuis que durent éprouver les familles françaises qui sont venues jadis ouvrir nos paroisses. Ces familles, en qui l'esprit de foi était plus développé encore qu'il ne l'est parmi leurs descendants, et qui avaient été élevées auprès des .grands centres de civilisation, avaient vu les cérémonies religieuses des magnifiques églises de France, des cathédrales de Chartres, de Rouen, de Paris même. Quels serrements de cœur ne durent-elles pas ressentir en se voyant reléguées presque seules, sans église, et presque toujours sans pasteur et sans culte religieux, au milieu des austères solitudes du Canada, si loin de leur cher et beau pays 1 Avec quelle hâte et quelle ardeur elles devaient soupirer après le jour où elles auraient au moins une petite église, et un prêtre résidant auprès d'elles pour leur donner les secours et les exercices delà religion! Quand, au jour de dimanche, elles lisaient en famille l'office des vêpres, elles pou-

valent dire avec autant de vérité que le saint roi David, ces paroles du psaume Mémento, que l'Eglise chante à certaines fêtes de l'année : Je n'accorderai pas de sommeil à mes yeux, ni d'assoupissement à mes paupières ; je ne donnerai pas de repios à mes tempes, tant que je n'aurai pas trouvé une demeure au Seigneur, un tabernacle au Dieu de Jacob.

Ce fut pour mettre à exécution ce vœu si souvent exprimé par lui-même et par ses censitaires, que M. de La Bouteillerie fit don à Mgr de Laval, alors évêque de Québec (15 avril 1684}, de quatre arpents de terre vis-à-vis le portage de la Rivière-Ouelle, pour servir d'emplacement à une église, à un presbytère et à ses dépendances. Ce terrain n'ayant pas été trouvé convenable, M. de La Bouteillerie l'échangea (1er octobre 1684) pour celui sur lequel s'élève actuellement l'église de la paroisse. Peu de temps après, il }' ajouta le don de quatre autres arpents de terre, contigus au même emplacement.

La construction d'une chapelle en bois, la première qui ait été bâtie à la Rivière-Ouelle, fut commencée aussitôt et poursuivie activement. L'inauguration de cette chapelle, qu'on dédia à Notre-Dame de Liesse, co'incide avec l'ouverture des registres de la paroisse, qui date du 1er janvier 1685.

En tête du premier cahier, paraphé par René-Louis Chartier, écuyer, seigneur de Lotbinière, conseiller du roi, etc., il est spécifié que ce cahier servira '" pour l'enregistrement des baptêmes, mariages et sépultures

qui se feront pendant cette année dans les paroisses qui sont depuis la Grande- Anse (Sainte- Anne de Lapocatière) jusques à la Rivière-du-Sud, y compris les îles aux Oies et aux Grues."

La première inscription est l'acte de baptême de Thérèse-Louise Grondin, fille de Jean Grondin et de Xaintes Mignaud, de la Grande- Anse, née le 17 octobre 1684, et baptisée le 3 janvier 1685. L'acte est signé par i'abbé Pelmelnaud *.

Le premier baptême d'enfant né à la Rivière- Quelle, dont l'acte est inscrit dans le registre, a été fait également par l'abbé Pelmelnaud. Ce baptême est celui de Joseph Lévesque, enfant de Robert Lévesque et de Jeanne Le Chevalier, né le 11 décembre 1684^ et baptisé le 6 janvier 1685.

L'abbé Pelmelnaud qui a écrit les premiers actes dans les registres, avait fait la mission de la Côte-du-Sud, à la place de l'abbé Morel, au commencement de l'année 1685; il était, comme ce dernier, prêtre des Missions étrangères au séminaire de Québec. A la fin de cette même année, l'abbé Morel visita pour la dernière fois la Rivière-Ouelle. La bénédiction que ce saint missionnaire donna à ses paroissiens en faisant ses adieux, leur porta bonheur ; car, peu de temps après, ils avaient la consolation de voir parmi eux un prêtre résidant.

Si vous étiez entré dans la petite chapelle de Notre-

* La famille de ce Jean Grondin apparaît peu de temps après conaaie faisant partie de la paroisse de la Rivière-Ouello.

Dame-de-Liesse, au mois d'octobre de Tannée 16S6, vous auriez pu apercevoir un vénérable moine agC' nouille, en prière, au pied du tabernacle, où il passait une partie de ses jours. Sa tête largement tonsurée, son froc et sa robe de bure rattachée autour de ses reins avec une courroie,son ample capuchon retombant sur ses épaules, indiquaient un religieux récollet de l'ordre de Saint- François ; c'était le Père Nicolas Cadart, premier missionnaire résident à La Bouteillerie. Parti de France peu de temps auparavant, il était venu, dans ce coin retiré du monde, couronner dignement une vie d'austérité et d'oraison, en consacrant à quelques ouailles le peu de jours qu'il lui restait à vivre. Fidèle au conseil de V Imitation de Jésus- Christ, " il avait aimé pendant sa vie à être ignoré et à ne passer pour rien ;" et il achevait sa carrière comme il l'avait commencée. Ce bon Père, qui possédait une éducation classique, n'a laissé d'autre trace de son séjour ici que les actes rédigés en latin qu'il a écrits dans le registre. Mais si ses actions ne sont pas consignées aux livres des hom« mes, elles sont écrites au livre de Dieu. Au reste, l'histoire de cet humble religieux est celle de presque tous les missionnaires séculiers et réguliers qui ont évangélisé nos campagnes. Doués, la plupart, de belles intelligences, instruits, quelques-uns même savants, ils ensevelissaient dans l'obscurité des bois des existences qui auraient été l'ornement des meilleures sociétés. Ils vivaient en contact journalier avec le peuple, et le rendaient non seulement accessible aux choses élevées.

mais même familier avec ce qu'il y a de plus délicat dans l'humanité : les pensées et les vertus chrétiennes. Et pourtant, c'est ce peuple qu'on méconnaît au point de lui jeter à la figure l'épithète de demi-civilisé ! Comment ceux qui l'instruisaient l'auraient-ils laissé déchoir, quand ils étaient parvenus à apprivoiser les sauvages eux-mêmes, et jusqu'aux Iroquois, les plus mortels ennemis des Français?

A ce propos, puisque l'occasion s'en rencontre, il n'est pas inutile de dire que les colons américains ne se souciaient guère d'évangéliser ; et que leur législature avait même porté un arrêt de mort contre tout missionnaire catholique qui oserait se montrer dans les villages des Cinq-Cantons. Les missionnaires, il est vrai, n'en tinrent aucun compte, mais l'acte n'en est pas moins odieux. On aurait peine à le croire s'il n'était relaté en toutes lettres dans les documents publics. "La législature de New-York, dit Bancroft, adopta, en 1700, une loi ordonnant de pendre tous les prêtres papistes qui entreraient volontairement dans la province."— "Cette loi doit être toujours maintenue en vigueur, dit, en commentaire, un historien qui n'a pas du tout conscience de la portée véritable de son observation." (Vol. IV, p. 193.)

Le premier acte de sépulture inscrit dans le registre de la Rivière-Ouelle est de la main du Père Cadart ; c'est celui de Jacques Miville, dont il est dit : "7?i covimunione Sanctce Matris Ecclesise. animam Deo rcddidit, cujus corpus sepultum est in Sacello de La Bouteillerie.^^

Il était décédé le 25 janvier 1688, et fut inhumé le 21 du même mois.

(Sigaé)

Fr. Nicolaus Cadart,

ReccUectus miss.

A la fin de l'année 1688, le bon religieux, se sentant mourir, se fit transporter à Québec, où il expira entre les bras de ses frères, dans le couvent de Notre-Damedes-Anges. C'est là qu'il repose, dans le sanctuaire de ce vieux temple devenu l'église conventuelle de l'Hôpital-Général.

Le successeur du Père Cadart fut le Père Emmanuel Jumeau, religieux mendiant comme lui, et comme lui vieilli dans le service de Dieu. De même que ses trois prédécesseurs, il était natif de France, où il alla mourir ainsi que l'abbé Pelmelnaud. Le Père Emmanuel séjourna peu de temps à la Rivière-Ouelle, et fut remplacé par un prêtre canadien de naissance, Tabbé Pierre de Francheville, dont on connaît déjà le nom et l'esprit martial. * Issu d'une des meilleures familles de la Nouvelle-France, les Repentigny, l'abbé de Francheville était un curé qui n'avait pas froid aux yeux, comme disent encore aujourd'hui nos Canadiens, qui

* Voir à la fin du volume les fac-similé des signatures du Père Cadart, du Père Jumeau et de l'abbé de Francheville, copiés sur les registres de la Eivière-Ouelle.

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n'ont pas perdu la tradition de son aventure au bout de la Pointe. Le recensement de 1681 nous a fait connaître une partie des braves qui marchaient sou? ses ordres dans cette expédition ; les registres vont nous dire les noms des autres, à peu d'exceptions.

Le premier en date est le sieur Guillaume Lissot, fils de Robert Lissot et de Catherine Jeanne^ de Saint- Pierre-la-GravelIe, diocèse de Lisieux. En arrivant de France, il avait d'abord demeuré aux environs de Québec, où il avait épousé Anne Pelletier, fille de Jean Pelletier, et petite-fille de Guillaume Pelletier, originaire de Brescle, au Perche. Dès Tannée 1681, on trouve Guillaume Lissot établi à la Grande- Anse de Sainte- Anne, où Tabbé Thomas Morel baptise un de ses enfants, dont il consigne Tacte, ainsi que plusieurs autres, dans le registre de l'Islet, celui de la Rivière-Ouelle n'étant pas encore ouvert. Soit que ce colon ait acquis peu après une propriété à la Rivière-Ouelle, soit que sa terre fût sur les confins de l'Anse et qu'elle ait été ensuite renfermée dans les limites de la paroisse de la Rivière-Ouelle, il est continuellement désigné comme habitant du lieu. La signature remarquable de Guillaume Lissot, qu'on rencontre plusieurs fois dans les registres, semble indiquer qu'il avait reçu une bonne éducation. Sa descendance s'est perpétuée dans la paroisse, ainsi que la famille de René Ouellet, qui le suivit de près à la Rivière-Ouelle, et qui paraît avoir été également instruit. On a d'autant plus droit de le croire, qu'outre sa signature, qui est un bon exemple

de calligraphie française, il était né et avait passé sa jeunesse dans un centre où l'éducation était à la portée de tout le monde, et où l'atmosphère intellectuelle que l'on respirait était un aliment quotidien d'instruction. René Ouellet était un Parisien né dans la paroisse de Saint-Jacques du Haut-Pas.

Après avoir quitté les bords de la Seine pour les bords du Saint-Laurent, il se maria à Québec, le 8 mars 1666, à Anne Rivet, native de Saint-Gervais, au diocèse de Séez, Fixé d'abord à la Sainte- Famille, dans l'île d'Orléans, il était assez âgé quand il se décida à établir ses enfants à la Rivière-Ouelle, pour aller luimême mourir, quelque temps après, à Sainte-Anne de la Pocatière, où sa lignée est aujourd'hui plus nombreuse que dans notre paroisse.

Le tableau suivant est un relevé, fait d'après le? registres, des nouvelles familles arrivées de 1681 à 1690:

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