‹ Œuvres complètes (volume 4)Chapitre 7 sur 44 · CHAPITRE CINQUIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME

Hôpital toinporaire établi dans la maison des Cont-Associt's — Proiuipr hiver — Ija petite vérole parmi les sauvages — Kavaires aflVeux — La maison dr mort — Maladie de la mère de Saint-ljiiiiu;e — Son rétablissement — Les Hospitalières se décident d'aller résider à Sillery.

La maison que les Cent-Associés avaient prêtt'o aux Hospitalières pour leur servir d'hô[)ital provisoire en attendant la construction de leur monastère, ('tait située en face de la place d'Armes, vers l'angle de la rue du Trésor. C'était, comme nous l'avons vu, un corps de logis assez spacieux, à double étage, et renfermant six chambres, qu'elles firent subdiviser, afin de les adapter aux besoins de la communauté. Au rez-de-chaussée une grande salle fut destinée aux malades, une autre pour les offices et un cabinet pour la, supérieure. Au second étage furent placés la chajx-llc et le chœur, un dortoir, un parloir et une salle (le communauté. Les PP. Jésuites leur prêtèrent un tabernacle où elles eurent la consolation de garder le saint Sacrement. En attendant l'arrivée du navire

qui portait leurs effets et leurs i)rovisions et qui n'entra dans le port de Québec que le 15 d'août. Tagent de la compagnie leur fournit quelques provisions, et les PP. Jésuites, les meubles les plus indispensables et des matelas pour servir de lits.

Le lendemain de leur installation, pendant qu'elles ctaient occupées à ces premiers arrangements, le P. i^ejeune vint frapper à leur porte, accompagné de M. Le bueur, ancien curé en Normandie, cet excellent ecclésiastique dont elles avaient réclamé l'assistance le ^^remier soir de leur arrivée. *

Après leur avoir désigné pour confesseur le P. Vi- .uunt, le P. Lejeune leur présenta M. Le JSueur comme chapelain et économe de la communauté. " C'était, diluent les chroniques, un homme fort entendu ; il s'était déjà mêlé de nos affaires, ayant fait défricher nos terres de Sainte-Marie. Nous allâmes les visiter ce jour-là avec lui; il y avait quelques arpents de bois abattus où Ton avait semé du blé qui nous parut assez beau. Nous visitâmes aussi notre emplacement de Québec, qui était encore couvert de bois et en fort mauvais état. L'abord en était difficile, ce n'était que

* M. l'alilx' .loaii Le Sueur do 8ai ut-Sauveur est le premier |)rêtre séculier qui soit veuu au Canada. Arrivé le <S août 1634, avec son ami Jean Bourdon, il mourut à l'Hôtel-Dieu le 29 novembre 1068, après avoir édifié la colonie par le.s exemples de son zèle, de f-a charité et de ses vertus ecclésiasticiuc-. Il a laiP8<^ son surnom an tief sur lequel s'élève aujourd'hui lo faubourpde Saint-Sauveur.

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montagnes et vallées; le bâtiment que Madame la duchesse d'Aiguillon y avait fait commencer était fort mal distribué pour une communauté. Il n'y avait point d'eau dans tout le terrain ; la rivière, il est vrai, passe devant, mais la côte était si escarpée, qu'on ne pouvait l'aller puiser sans une très grande peine. Nous prîmes donc le parti d'alxnndonner le lieu et tous les travaux qu'on y avait commencés."

Dès que les Hospitalières furent installées dan-; leur maison, elles se mirent avec ardeur à l'étude des langues sauvages, qui leur étaient indispensables pour remplir leurs nouvelles fonctions. Le P. Lejcunc leiufut donné pour professeur et leur enseigna d'abord la grammaire algonquine. Ce religieux, dont la science égalait les vertus et le zèle apostolique, digne d'être le précurseur des Jogues, des Brébeuf, des Lalemant. et qui a laissé des traces si lumineuses de sa belle intelligence dans les Eclations * qu'il a écrites, venait tous les jours, avec une patience admirable, les initier aux difficultés de cet idiome barbare et leur apprendre à bien prononcer chaque mot. " Il nous donna les prières et le catéchisme à apprendre par cœur, ce qui fut bientôt fait, tant le désir que nous avions d'instruire ces pauvres peuples nous donnait delà facilité."

L'occasion d'utiliser ces premières notions ne se fît pas attendre: les Hospitalières avaient à peine eu le

* Les écrits du P. Lejeune sont, san-s contredit, la partie la plu?; icinai(]Uablo des Rclulions dts Jésuites.

temps de dresser les lits qu'elles avaient apportés, qu'on leur amena des malades atteints de la petite vérole, qui s'était déclarée parmi les sauvages. Ce fléau de la race indienne, qui a décimé tant de fois leurs tribus et qui a été une des grandes causes de leur anéantissement, fit parmi eux d'affreux ravages durant l'automne et au commencement de riiivcr de 1640. Ils apportèrent leurs malades en si grand nombre à l'hôpital qu'en peu de jours la salle fut envahie. On fit élever à la hâte un enclos de pieux autour de la maison et construire de grandes cabanes d'écorcepour les abriter. Elles furent comblées en quelques semaines, et il fallut convertir la cuisine en salle de malades, malgré les graves embarras qu'entraînait la gêne extrême où se trouvèrent les religieuses. Le caractère de malignité que prenait la maladie en attaquant les sauvages, augmenté par l'état de malpropreté continuelle où ils vivaient, aggravait encore la triste position des Hospitalières. Les sauvages n'ayant point de linge, et n'usant pour vêtement que de peaux de bêtes qu'ils n'abandonnaient que lorsqu'elles tombaient en lambeaux, les religieuses épuisèrent tout leur linge el jusqu'à leurs guimpes et leurs bandeaux pour les vêtir et les panser.

Malgré cet excès de charité, les remèdes et les soins étaient insuffisants. Le corps des malades se couvrait d'ulcères et de chancres "en si grande quantité, disent les fondatrices, qu'on ne savait par où les prendre," et ils exhalaient une telle infection que les

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salles où ils étaient entassés devinrent des lieux d'horreur, chargés de miasmes suffocants, où il était presque impossible de respirer. C'est au milieu de cette atmosphère empoisonnée que vécurent pendant six mois nos trois infirmières, déployant toujours le môme courage, la même sérénité, le même dévouement. Après ces journées de travail et de fatigue sans relâche, elles étaient obligées de passer la plus grande partie des nuits à laver leur linge que personne ne voulait se charger de nettoyer dans la crainte de contracter la maladie. Pour surcroît de misère, elles ne pouvaient se procurer de l'eau qu'avec beaucoup de difficulté, n'ayant point de voiture pour la faire transporter de la rivière dont elles étaient séparées par une côte escarpée. Enfin elles firent creuser " à très grands frais," dans leur cave, un puits qui leur fournit de l'eau en quantité suffisante.

Presque tous les malades succombaient au fléau, et comme elles n'avaient ni linceuls, ni couvertures, elles ensevelissaient les morts dans des robes de peaux de castor, restes des vêtements des malheureuses victimes.

Quels étaient le soutien et la consolation de nos héroïnes au milieu de cette terrible épreuve, parmi ces travaux accablants et ces répugnants services dont la seule pensée fait frémir? C'était la joie ineffable de faire descendre un rayon de lumière céleste dans Icg âmes de ces infortunés qui mouraient entre leurs bras, (le les voir naître éternellement à la vie de la grâce

en leur fermant les yeux à la lumière d'ici-bas. Alors ces cadavres infects, couverts de plaies hideuses, se transfiguraient à leurs yeux en devenant les membres sacrés de Jésus-Christ. Quelque chose de la gloire dont jouissaient ces âmes à qui elles avaient ouvert le ciel rejaillissait sur ces dépouilles et faisait oublier à celles qui les ensevelissaient, les répugnances de la nature.

" Parmi tant de travaux et de misères qui durèrent, disent-elles, jusqu'à la fin de février 1640, nous eûmes la consolation que dans la quantité de sauvages que nous assistâmes, aucun ne mourut sans baptême, quoique la petite vérole par où le mal avait commencé, se fût changée dans une autre maladie qui prenait À la gorge et qui les enlevait en moins de vingt-quatre heures, cependant on les instruisait suffisamment l>our pouvoir être baptisés.

De si longues et si excessives fatigues ne pouvaient manquer d'épuiser les forces des Hospitalières ; aussi toutes trois succombèrent-elles à la fois. Les Jésuites, toujours prêts aux heures de dévouement, les remplacèrent auprès du lit des malades. Telle fut la fin et le dénouement de cette première croisade de la charité.

Les sauvages avaient été si affreusement décimés ([ue, frappés d'épouvante, ils se retirèrent au fond des bois, espérant échapper par la fuite au terrible fléau. L'hôpital qui avait été le tombeau d'un si grand nombre d'entre eux, leur parut un lieu fraj^péde malédiction. Sa vue seule leur inspirait de l'horreur, et il n€

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l'appelèrent plus que la maison de mort. Cependant la cruelle épidémie s'attacha à leurs pas, et immola encore tant de victimes, qu'on aurait pu suivre, à la trace des tombes, leur course errante et désespérée dans les forêts. Voyant que les autres tribus n'avaient pas été plus épargnées, que le terrible ennemi avait promené ses ravages depuis les sources du Saguenay jusqu'aux rives des grands lacs, parmi les Betsiamites, les Outaouais, les Hurons, les Iroquois, anéantissant des tribus entières, ils revinrent de leurs préventions et reparurent au bord du fleuve. Ils se groupèrent en village à Sillery. De là ils envoyaient leurs malades à l'hôpital ; mais la difiiculté de transporter ces infortunés, dont plusieurs mouraient en chemin, leur inspira le désir d'avoir les sœurs auprès d'eux, et ils députèrent leurs chefs vers les Filles Vierges pour les supplier de venir s'établir à Sillery.

" Nous leur dîmes que cela ne pouvait pas se faire pour lors, parce que nous étions en hiver, et qu'il n'était pas possible de bâtir une maison dans cette saison ; mais que s'ils voulaient venir dans les cabanes que nous avions fait construire pour eux pendant qu'ils étaient malades, ils seraient les très bien venus et que nous les assisterions de tout notre pouvoir. Ils acceptèrent notre offre et nous amenèrent des familles entières dont nous eûmes soin fort longtemps. Nous les nourrissions de ce que l'on nous prêtait du magasin de messieurs de la Compagnie. Quand le temps de la chasse à l'orignal fut venu, ils nous quittèrent

pour y aller, et nous laissèrent seulement les enfants, les vieillards et les infirmes. Ils étaient fort contents d'être ainsi déchargés, et de n'être plus obligés de tuer ceux qui ne pouvaient pas les suivre dans leurs voyages, comme ils faisaient autrefois. "

Cependant la santé toujours délabrée de la mère lie Saint-Ignace avait été gravement atteinte par la maladie qu'elle avait contractée au service des pauvres sauvages. Elle ne s'était relevée de son lit de soufifrance que pour languir faible et chancelante, oppressée d'une toux douloureuse et d'un crachement de sang qui menaçait d'emporter cette précieuse supérieure au lendemain de la fondation. Ses compagnes lui prodiguaient tous les soins que peut inspirer la tendresse filiale unie à une charité surnaturelle ; mais leur pauvreté était si grande, qu'elles n'avaient à lui donner pour tout© nourriture qu'un peu de pois et de riz cuits à l'eau. La charité du gouverneur vint à leur secours dans cette extrémité ; ayant appris par le médecin * qui visitait chaque jour la malade, rétat de dénûment où se trouvait la communauté, il se hâta d'envoyer " quelques volailles gelées qu'il réservait pour sa table. Ce présent fut reçu avec d'autant plus de reconnaissance qu'il était rare et qu'elles n'en avaient pas encore vu en ce pays." Au retour de leur chasse, les sauvages leur apportèrent

• Probableiueut M. Giffard, do Bcauport.

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quelques morceaux d'orignal et de castor. Grâce aux secours dus à la charité publique et aux ardentes prières de la communauté, la chère malade se rétablit peu à peu. La joie de la voir revenir à la vie fut d'autant plus vive que les anxiétés avaient été plus longues et plus cruelles, et que ses sœurs s'étaient vue^ sur le point de la perdre.

On était arrivé au mois de mai 1640. Il y avait précisément une année que les Hospitalières avaient quitté leur monastère de Dieppe pour venir fonder l'Hôtel-Dieu de Québec.

Cette première année de mission avait été un rude noviciat pour les trois fondatrices. Autant elle avait été féconde en œuvres d'humanité et de salut pour les sauvages, en exemples d'édification pour la colonie, autant elle avait été fertile en épreuves et en sacrifices de toute nature. Chacun de leurs pas avait, pour ainsi dire, été marqué par une fatigue ou par un danger, par une privation ou par une souffrance.

Les années qui allaient suivre de près ce premier séjour ne devaient pas être moins âpres et moins difficiles à traverser.

Au retour du printemps, les sauvages,qui n'aimaient pas la résidence de Québec, à cause de la difficulté qu'ils avaient de transporter leurs canots du bord de la rivière au sommet du cap, levèrent les cabanes qu'ils avaient construites autour de l'hôpital, et allèrent les dresser au pied du promontoire de Sillery. Ils ne tardèrent pas à regretter l'absence des religieuses

Pur qui ils avaient déjà pris l'habitude de se reposer pour le soin de leurs malades et de leurs vieillards. Une députation de leurs chefs fut expédiée à Québec pour solliciter de nouveau la supérieure de transporter sa communauté auprès de leurs cabanes. La mère de Saint-Ignace sourit à ce projet avec d'autant plus d'empressement qu'il rencontrait les intentions de la duchesse d'Aiguillon. Celle-ci avait déjà manifesté ce désir à la supérieure et avait mandé aux Pèros Jésuites d'en presser l'exécution. Elle avait même, dans cette prévision, doublé la fondation qu'elle avait faite à la nouvelle communauté en la portant de vingt mille livres à quarante mille livres tournois, somme très considérable pour cette époque. Un accident imprévu vint tout à coup hâter les préparatifs de cet établissement.

Le 14 juin 1640, à 4 heures du soir, le feu prit, on ne sait par quelle imprudence, à la maison des Pères Jésuites, qui remplissaient alors les fonctions curiales à Québec. En peu d'instants, cette maison qui tenait lieu de presbytère, devint la proie des flammes. L'incendie se communiqua à l'église de Notre-Dame de Recouvrance, qui fut également réduite en cendres.

Pour conii)rnndre l'étendue d'un pareil désastre, il faut bien se figurer ce qu'était la colonie de la Nouvelle-France à cette date primitive de son histoire. Neuf ans ne s'étaient pas encore écoulés depuis que le fort de Québec qui avait été pris ])ar les Anglais sous l'amiral Kertk, en lfi2î), avait été restitué à la France

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par le traité de Saint-Germain-en-Laye (1632). Quatre ou cinq familles, formant une vingtaine de personnes, avaient seules persisté à rester dans le pays pendant l'occupation anglaise.

Durant l'intervalle qui s'était écoulé entre 1632 et 1640, la colonie avait progressé sensiblement ; toutefois ses ressources étaient encore bien limitées. Dano l'isolement où elle se trouvait du monde civilisé, doni elle était séparée par un océan de mil.e lieues, il était difficile de se procurer même les objets indispensables à l'existence.

La côte de Beaupré et les environs immédiats tiu poste des Trois- Rivières étaient les seules pariies d^ Bol qui fussent ouvertes aux défricbements.

Un village peu considérable était groupé à la Dase et au penchant de la montagne de Qu6bec. Sur le sommet du promontoire, qui était eu grande partie ombragé par la forêt, l'œil pouvait discerner à travers les arbres un petit nombre d'habitations disséminées çà et là, tandis que, derrière les palissades et les

•Une carte manuscrite que nous avons retrouvée, en 1867, à la bibliothèque nationale de Paris, fournit de précieux renseignements bur les premiers temps de la colonisation. Les concessions territoriales faites à la côlo de Beaupré y sont indiquée.s avec les iion)s de chaque propriétaire. Cette carte porte la date de 1C41, ei hi signature de Jéliau Bourdon, ingénieur en chef et procureur gôni'ral de la Nouvelle-France. Cotte carte a été reproduite dans le Dirtionnairc Giuéuluijique de M. l'abbé Tanguay. MallK'ureusenicnt le graveur a défiguré les uoms au point qu'un bon nombre en sont illisibles.

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murailles à demi construites du fort Saint-Louis, surgissaient quelques toits irréguliers. C'était là toute la colonie de la Nouvelle- France. A l'exception des Pères Jésuites, aucune des coinn)unautés qui plus tard devaient asseoir sur ce rocher leurs vastes édifices n'avait élevé de résidence. Le cloître des Hospitalières qui était en construction ne s'élevait guère audessus du sol. Le seul édifice public qu'on y remarquait était l'église paroissiale, bâtie en bois, qui venait d'être dévorée par les flammes, et dont les ruines fumantes éclairaient tristement le» ténèbres durant la nuit du 14 juin.

Privés de tout asile, les Pères Jésuites allèrent chercher un refuge sous le toit de l'hôpital. Les religieuses, qui leur étaient redevables de services spirituels et temporels de tout genre, furent heureuses de leur donner l'hospitalité dans leur détresse, malgré l'extrême gêne qu'elles devaient en éprouver. " Nous leur cédâmes, disent les chroniques, la salle des malades que nous mîmes dans les cabanes de la cour. On prit notre chapelle pour servir d'église paroissiale, en sorte qu'il ne nous restait plus que la moitié du bâtiment."

Trois semaines après l'accident que nous venons de raconter, le personnel de la communauté s'accrut par l'arrivée de deux nouvelles religieuses Hospitalières du monastère de Dieppe, la mère Jeanne Suppli de Sainte-Marie, et la sœur Catherine Vironceau de Saint' Nicolas. Cette dernière était une religieuse converse. Elles débarquèrent à Québec le 8 juillet, après une

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longue et périlleuse traversée. Durant une tempête qui avait failli les engloutir, elles avaient vu trois navires avec tous leurs équipages sombrer en mer, sous leurs yeux.

Le bonheur d'être délivrées de tant de fatigues et de tant de dangers, ne fut égalé que par l'allégresse qu'éprouvèrent les fondatrices en revoyant ces compagnes de France. *' Nos larmes de joie, disent-elles, se confondirent ensemble en nous embrassant au moment de notre entrevue : nous les reçûmes comme des anges de Dieu."

Le lendemain de cette heureuse arrivée fut choisi pour la pose de la première pierre du nouveau monastère de Sillery. Ce fut un jour de fête et de réjouissances publiques pour toute la population, pour les sauvages, aussi bien que pour les colons, qui s'y rendirent en foule dans la matinée du 9 juillet.

Mais avant de les accompagner à cette cérémonie, il est nécessairede jeter un coup d'œil sur la bourgade de Sillery et de ses environs, afin de bien se rendre compte du site qui avait été choisi pour le monastère.

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