‹ Œuvres complètesChapitre 12 sur 66 · CHAPITRE PRP:MIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PRP:MIER

Noviciat— Tribulations de la part de son fils— Le mystère de la sainte Trinité — Prise d'habit.

Les éminentes vertus de la nouvelle postulante, la firent admettre au noviciat en qualité de sœur de chœur. Cette distinction fut pour elle un grand sujet d'étonnement et de confusion ; car elle s'était toujours attendue à n'être admise qu'à titre de sœur converse. Son humilité du reste la faisait incliiler de préférence vers cet état d'infériorité, quoiqu'elle n'eût jamais fait la moindre allusion à ce sujet dans ses entretiens avec son amie, la Mère Saint-Bernard. Elle avait voulu se soumettre en tout, avec le plus entier abandon, à la volonté de Dieu.

La première épreuve qu'on imposa à son obéissance, dès son entrée, fut de l'obliger à abandonner toutes ses pratiques de mortification, sa tunique de serge,

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ses chaînes, ses instruments de diFcipline, etc., pour suivre la règle commune à toutes les novices. Rien ne fit éclater davantage l'esprit de Dieu qui l'animait que la conduite qu'elle tint en cette circonstance. Elle se soumit à tout avec la candeur d'un enfant, sans éprouver le moindre mouvement de contrariété.

N'ayant jamais recherché que Dieu seul dans toutes ces austérités, et ayant toujours agi avec une parfaite pureté d'intention, elle comprit immédiatement qu'aucune de ces pénitences ne valait, aux yeux de Dieu, l'entière soumission de son esprit et l'immolation de sa volonté. Elle les abandonna donc avec le même empressement et la même allégresse qu'elle avait ressentie en les embrassant.

Sa conduite à l'égard des novices, ses nouvelles compagnes, n'excita pas moins l'admiration que son obéissance. Oubliant son âge, son esprit, ses lumières, ses talents, sa rare habileté pour les affaires, les communications extraordinaires qu'elle avait avec Dieu, et son expérience dans les choses spirituelles, elle parut au milieu d'elles comme une simple et naïve enfant, ignorante de tout et prête à recevoir les leçons de chacune d'elles. Souvent elle prenait plaisir à se faire instruire par les plus jeunes, des pratiques de la vie religieuse, afin de trouver occasion d'exercer cette simplicité évangélique recommandée par le divin Maître : Si vous ne devenez petits et simples comme deà enfantSy vous n^entrerez pas dans le royaume des deux. Ses compagnes étaient dans le ravissement à la vue

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de tant de perfection, et l'entouraient de tout le respect et de toute la vénération que l'on doit à une sainte.

Son humble soumission envers la maîtresse des novices, était encore un autre sujet d'édification non moins précieux pour ces jeunes personnes, et pour toute la communauté. Le moindre signe de sa part lui paraissait un ordre descendu du ciel ; car elle la regardait omme l'ange du Seigneur chargé de la conduire dans la terre promise. Cette excellente religieuse ne se lassait point d'admirer son exactitude et sa fidélité aux moindres règles de la vie monastique, et ne pouvait retenir certaines marques de respect que lui arrachait la profonde estime qu'elle ressentait pour sa sublime élève. Mais rien ne contristait celle-ci et ne l'humiliait autant que ces distinctions, qui lui faisaient craindre de perdre une partie du mérite de ses actions.

Du reste, les pratiques les plus pénibles de la vie claustrale n'étaient que des roses, comparées à la vie d'austérité qu'elle avait menée jusqu'alors. Rien ne saurait peindre le charme et les délices qu'elle trouvait dans cette existence paisible et retirée, après laquelle elle avait soupiré pendant tant d'années. Elle ne trouve aucun terme pour exprimer combien le joug du Seigneur lui paraissait léger, et avec quelle ivresse de bonheur elle se pliait à ce doux fardeau. Cette exis- 1 ence était pour elle un véritable paradis terrestre et un ciel anticipé.

Dieu, qui avait résolu de ne la conduire à lui qu'à

travers les croix et les épines, ne lui permit pas de jouir longtemps de la plénitude de cette paix qui embellissait sa chère solitude. Les murmures qui s'étaient élevés contre elle dans le monde, n'avaient pas cessé après son entrée en religion ; et son fils, qui d'abord avait si généreusement consenti à se séparer d'elle» entendant tous les jours blâmer sa conduite, commença à regretter amèrement la parole qu'il avait donnée. Les mauvais conseils qu'on ne cessait de faire retentir à ses oreilles, envenimèrent la plaie encore saignante au fond de son cœur. Une tristesse plus noire que celle qui lui avait naguère fait prendre la fuite, s'empara de lui.

On lui dit que s'il cherchait toutes les occasions de pénétrer dans le monastère, et de tourmenter les religieuses pour faire sortir sa mère, il ne manquerait pas de réussir.

A cette époque, le monastère des Ursulines n'était pas encore terminé ; et l'on était obligé de laisser souvent les portes ouvertes pour la circulation des ouvriers. L'enfant profitait de cette circonstance pour pénétrer dans le couvent et se glisser partout où il trouvait une issue. Tantôt il apparaissait soudainement dans le jardin au milieu des religieuses, tantôt dans les cours les plus retirées du cloître. Souvent il se rendait au parloir, et pressait la tourière d'aller dire à la supérieure de faire sortir sa mère, ou de lui permettre de venir demeurer avec elle dans le monastère. On envoyait alors la nouvelle novice au parloir pour le consoler, et lui faire de petits présents, afin de le calmer.

Il essuyait d'abord ses larmes et promettait d'être plus raisonnable à l'avenir; mais à peine lui avait-elle dit adieu, qu'il oubliait toutes ses promesses.

Les tourières remarquèrent plusieurs fois que lorsqu'il s'en retournait, il marchait toujours à reculons en tenant les yeux fixés sur les fenêtres du dortoir, dans l'espérance d'y apercevoir sa mère, parce qu'il l'y avait entrevue une fois au moment où elle y passait par hasard.

Souvent aussi, à l'heure de la messe, il entrait dans l'église, et tâchait d'avancer aussi près que possible de la grille, afin de pouvoir jeter la vue dans le chœur des religieuses.

Ayant un jour trouvé entr'ouverte la grille de la communion, il passa la tête au travers, et se mit à crier en pleurant: '' Rendez-moi ma mère ! rendez-moi ma mère I " Les bonnes religieuses no purent retenir leurs larmes en entendant ces cris déchirants. La vue d'une douleur si amère, et des tortures morales que devait souffrir l'infortunée novice, les navrait de tristesse.

De tels scandales lui firent craindre sérieusement que son séjour dans la communauté ne devînt impossible. Déjà, on répandait le bruit que la supérieure allait bientôt lui signifier de se retirer ; quelques-unes de ses amies même, croyant ces rapports fondés, lui conseillèrent de sortir avant de prendre le voile, afin de ne pas s'exposer à subir cette confusion après l'avoir

reçu.

Un autre jour, le jeune enfant, après avoir %it mille

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détours dans le monastère sans savoir où il allait, entra tout à coup dans le réfectoire, où toute la communauté était réunie et au moment de se mettre à table. Il est facile d'imaginer quelle fut la surprise des religieuses, et quelle impression pénible fit éprouver à la pauvre mère l'apparition inopinée de son fils. Toute sa tendresse maternelle se réveilla aussitôt. Mais lorsqu'elle le vit se précipiter dans ses bras en fondant en larmes, elle se sentit percée au cœur d'un glaive de douleur et de compassion inexprimables. Elle demeura en même temps anéantie de confusion, en se voyant la cause innocente de tant de trouble, dans une communauté qui l'avait accueillie avec une si grande bienveillance.

Rien n'eût été plus facile que de vaincre l'obstination et l'ennui de cet enfant, s'il avait été laissé à luimême ; mais tous ceux qui l'entouraient semblaient conspirer ensemble pour aigrir son chagrin, et nourrir son espoir de revoir à ses côtés celle qu'il pleurait.

Il présenta un jour à sa mère un papier qu'on lui avait donné à ce dessein. C'était une longue pièce de vers composée par un de ses oncles, qui avait un talent très remarquable pour la poésie. Il y peignait, sous les couleurs les plus vives, le malheur de cet enfant, arraché des bras de sa mère dans un âge si tendre, et lui mettait dans la bouche les reproches les plus affectueux, pour réveiller en elle toutes les voix de la nature et ébranler sa constance. Elle lut cette pièce sans laisser paraître la moindre émotion ; mais il est aisé

de comprendre quelle lutte terrible se livra dans son âme, entre les sentiments de la nature et ceux de la grâce, à la lecture de ces pages si propres à exciter l'exquise sensibilité de l'amour maternel.

Cependant tous ces assauts que lui suscitait le tentateur, n'étaient que le prélude d'une attaque bien autrement violente. Le jeune Martin avait hérité des heureuses qualités de sa mère, et jouissait naturellement d'un caractère doux et aimable, qui le rendait l'idole de ses compagnons d'enfance. Lorsqu'ils le virent en proie à cette tristesse inconsolable, ils s'empressèrent autour de lui, et tâchèrent de le consoler. Mais voyant que leurs efforts étaient inutiles, ils tramèrent entre eux une petite conspiration pour lui restituer celle qui était la cause de tant de larmes. " Ne pleure pas, s'écrièrent-ils tous ensemble, nous te rendrons bien ta mère ; nous allons tous aller au monastère, et nous ferons tant de bruit qu'on sera bien obligé de la faire sortir."

En un clin d'œil, le quartier fut en émoi. Une immense clameur s'éleva autour des murs du monastère, et les pierres volèrent de toutes parts. Les religieuses ne comprirent pas d'abord l'origine de ce tumulte étrange ; mais la novice désolée qui en était la cause involontaire, eut bientôt tout deviné ; car, au milieu de ces cris, une voix bien connue frappa douloureusement son oreille. C'était celle de son fils qui, transporté hors de lui-même par cette singulière démonstration, pleurait et sanglotait avec plus de violence

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que jamais, et ne cessait de crier d'une voix capable d'attendrir les cœurs les plus durs: " Rendez-moi ma mère ! Rendez-moi ma mère ! " Chacune de ces paroles pénétrait dans l'âme de l'infortunée mère, comme autant de coups de poignard qui lui déchiraient les entrailles. Elle crut alors que c'en était fait, et que les religieuses, lassées de tant de tumulte et d'importunités, allaient lui dire de se retirer. "Jamais, dit-elle, je ne fus tant combattue ; j'en traitais humblement et amoureusement avec Notre-Seigneur pour l'amour duquel j'avais abandonné cet enfant, afin de suivre ses divins conseils ; et par ce moyen mon cœur demeurait en paix."

En effet, sa grande âme ne faiblit pas un seul instant au plus fort de l'orage ; tous ceux qui furent témoins de tant de courage et de fermeté, en étaient dans l'admiration.

Enfin cette tempête s'apaisa insensiblement. "Peu de temps après, dit-elle, le Seigneur daigna me consoler ; car un jour que je montais les degrés du noviciat, il rne donna une certitude intérieure que je serais religieuse en cette maison ; il m'assura en même temps qu'il aurait soin de mon fils, et qu'il serait un jour destiné à son service."

L'effet suivit de près la promesse, et Dieu lui-même voulut en faire naître l'occasion. L'archevêque de Tours et Dom Raymond de Saint-Bernard, conversant un jour avec le Père Dinet, directeur du collège des Jésuites de Rennes, qui,se trouvait alors à Tours, eurent

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l'inspiration de lui raconter Thistoire de notre héroïne. Le Père en fut émerveillé ; et sur la proposition qu'ils lui firent de se charger de l'éducation de son fils, il accepta avec empressement. Ce secours providentiel arrivait à temps; car le chagrin et les mauvais conseils avaient tellement altéré le caractère de l'enfant, qu'il refusait obstinément d'étudier, et qu'il menaçait même de se livrer au vice et à la dissipation. Sa conduite fut encore pendant quelque temps un sujet d'angoisses pour sa mère, qui ne lui avait jamais souhaité d'autre trésor que celui de l'innocence et de la piété.

Comme autrefois la mère de saint Augustin, elle s'offrit en holocauste pour son fils. " 0 mon Dieu I lui dit-elle, faites-moi souffrir toutes les croix qu'il vous plaira, pourvu que cet enfant ne vous ojBfense point ; car j 'aimerais mieux mille fois le voir mourir que de le voir tomber dans un seul péché. Oui, je consens à être martyrisée en toutes manières, pourvu que vous en preniez soin."

Dieu accepta ce pacte sa^ré, et la suite de cette histoire fera voir quelle influence eut cette oblation volontaire sur l'avenir de son fils.

La sérénité avait à peine reparu pendant quelques instants dans sa solitude, qu'un nouvel orage vint éclater sur sa tête. Son père, courbé par l'âge et les infirmités, était toujours resté inconsolable de sa perte. Quoiqu'elle ne fût demeurée auprès de lui qu'une année depuis son veuvage, et qu'elle eût laissé trois

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de ses sœurs pour veiller sur ses vieux jours, il ne cessait de pleurer celle qu'il appelait son ange et la joie de sa vieillesse. Après avoir langui quelque temps, il tomba dangereusement malade, et mourut six mois après l'entrée de sa fille au noviciat.

Cette croix lui fut d'autant plus cruelle, que le monde y trouva un nouveau prétexte pour se récrier contre sa retraite. Mais telle fut toujours sa constance et la sublimité de sa vertu, qu'elle le força enfin de s'avouer vaincu, et que ceux même qui avaient lancé contre elle les plus amers sarcasmes, finirent par confesser que sa vocation ne pouvait venir que d'en haut.

Ces grandes épreuves étaient le gage assuré de nouvelles et précieuses initiations ; car chacune d'elles était comme une fournaise ardente, d'où notre pieuse novice sortait toujours plus pure, et plus sensible aux impressions de la grâce. Le mystère de la sainte Trinité lui apparut pour la troisième fois, mais d'une manière plus parfaite et plus intime que dans les visions précédentes.

" Le jour de la fête de l'Ange Gardien, raconte-t-elle, étant dans ma cellule, il me vint en pensée que les cellules sont comme les cieux, ainsi que dit saint Bernard, et que les anges y habitent.

" Au même instant, je me sentis fortement élevée en «sprit par le Maître des Anges, qui m'unissait à lui d'une manière admirable, mais avec une grande souffrance.

" Ce mystère s'opérait sans que j'eusse aucune vue

particulière, sinon que je me voyais comme une substance que l'on prépare à quelque chose de fort rare. Cette opération refluait jusque sur l'extérieur; et j'en éprouvais une douleur très sensible. Je fus trois ou quatre heures dans cet état violent, jusqu'à ce qu'il fallût aller au chœur pour l'oraison.

" Dès que je fus devant le saint Sacrement, cette grande violence cessa; et, avec une douceur que je ne puis dire, j e me sentis toute changée intérieurement. Je fus obligée de m'asseoir, parce que mes sens se retirèrent peu à peu, et que je ne pouvais plus me soutenir sur mes genoux. En un moment, mon entendement fut illustré de la vue de la très sainte Trinité, avec l'impression de ces paroles du suradorable Verbe incarné: Si quelqu^un m^aime, mon Père V aimera ; nous viendrons à lui et nous ferons notre demeure en lui. * Cette impression portait l'effet de la promesse faite dans ces paroles ; et les opérations des trois personnes divines en moi furent plus éminentes que dans toutes les autres visions. Elles me les donnaient à connaître et à expérimenter par une pénétration d'elles en moi ; et la très sainte Trinité en son unité s'emparait de mon âme comme d'une chose qui lui était propre, et qu'elle avait rendue capable de sa divine impression. Dans ce grand abîme, il m'était signifié que je recevais alors la plus haute gracie que j'eusse jamais reçue dans

* S. Jean, XIV, 23.

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les communications des trois divines personnes. Il me fut révélé que la première fois que j'avais reçu une semblable faveur, c'était pour instruire mon âme du plus auguste et du plus incompréhensible de nos mystères ; la seconde, afin que le Verbe me prît pour son épouse; mais, qu'à cette troisième fois, le Père, le Fils et le Saint-Esprit se donnaient et se communiquaient à moi pour posséder entièrement mon âme. Alors l'effet s'en suivit; et comme les trois divines personnes me possédaient, jeles possédais aussi dans l'amplitude de la participation des trésors de la magnificence divine. Le Père éternel était mon père, le Verbe suradorable mon époux, et le Saint Esprit celui qui, par son opération, disposait mon âme et lui faisait recevoir les divines impressions. J'avais la vue très vive de mon néant; et je ne cessais de le confesser dans les moments où je pouvais m'écrier. Je me voyais perdue dans le tout, et dans cette perte, je jouissais d'un plaisir indicible. Je crois que cette jouissance a quelque chose de semblable à celle des bienheureux. La Majesté divine, dans laquelle j'étais abîmée, me prodiguait des caresses qui ne sauraient tomber sous les sens, ni sous les paroles des hommes mortels Cette faveur donnait un nouvel accroissement à mon âme, pour lui témoigner son amour avec une familiarité qui semblait lui rendre tout permis. Aussi le? actes qu'elle faisait n'étaient pas d'elle-même; mais elle sentait qu'ils étaient produits en elle par celui dans lequel elle était tout abîmée. Ah ! qui pourrait

dire avec quel honneur Dieu traite l'âme, lorsqu'il lui plaît de l'élever à ses divins embrassements. C'est une chose si étonnante que je crois qu'elle rentrerait dans le néant, sans la douceur dont il a la bonté de tempérer son opération. Ce ravissement dura une demi-heure ; et lorsque je revins à moi, je me trouvai appuyée sur ma chaise. J'eus assez de liberté pour dire compiles au chœur, nonobstant les restes des impressions divines dont mon âme avait été inondée, et dont elle était encore toute liquéfiée, semblable à un vase qui demeure tout humecté même après qu'on a versé la liqueur dont il était rempli.

" Je m'aperçus, au sortir de l'église, que j'étais comme une personne ivre, et qui ne peut comprendre les choses qui se présentent à ses sens ; et je demeurai longtemps renfermée en moi-même, sans pouvoir être attentive à aucune chose. "

Ce fut peu de jours après cette extase que Marie reçut le voile et l'habit de novice. Son âme était encore tout imprégnée de l'onction des grâces divines ; et elle y apporta une ferveur et une piété angéliques. Les assistants remarquèrent même, avec une surprise mêlée d'étonnement, que, pendant la cérémonie, quelque chose de surnaturel et de céleste parut rayonner autour d'elle.

En souvenir de l'union étroite qu'elle avait contractée avec le Verbe incarné, qui l'avait choisie pour son épouse, elle voulut ajouter à son nom celui de son bien-aimé, et prit le nom de Marie de l'Incarnation, qu'elle a toujours porté depuis.

On avait eu le soin, la veille de sa prise d'habit, d'envoyer son fils, qui n'était pas encore parti pour le collège de Rennes, passer quelques jours à la campngne, dans la crainte que la vue de cette cérémonie . fît une trop vive impression sur son esprit.

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