‹ Œuvres complètesChapitre 37 sur 66 · EXPLICATION DU PREMIER ARTICLE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU PREMIER ARTICLE

Je crois en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre.

Le sens de ces paroles est tel : Je crois pour certain et véritable, et je confesse avec sincérité et sans aucun doute, que Dieu le Père est la première personne delà très sainte Trinité, et que par sa puissance infinie et incompréhensible, il a créé, c'est-àdire, formé de rien le ciel et la terre et tout ce qui y est compris; car il est évident que ce symbole nous impose l'obligation de croire distinctement le mystère de la Trinité. Ce premier article nous propose la première personne qui est celle du Père, par ces paroles : Je crois en Dieu le Père. Le second article fait mention de la seconde qui est le Fils, quand il dit : Et en Jésus- Ohrist son Fils unique. Et le huitième article parle de la troisième, en disant: Je crois au Saint-Esprit.

Je crois en Dieu.

Nous croyons qu'il y a un Dieu, et c'est le premier article de

la profession du chrétien. Ce Dieu est un être dont la grandeur

immense, infinie, incompréhensible, comme dit Jérémie

(32. 19.): "Seigneur, vous êtes grand, puissant, fort, invincible, " grand dans tous vos desseins, et incompréhensible à nos " esprits." Et saint Paul dit: " Il habite une lumière inacc;es- " sible dans laquelle aucun homme ne l'a jamais vu, et ne le " peut voir (I Tim. 6. 16.)."

Les infidèles mêmes n'ont jamais eu que de hautes idées de Dieu, et tout aveugles qu'ils étaient, ils ont avoué que tout ce qui se peut concevoir de bas, de terrestre, de limité, de déréglé, est indigne de lui. Ils ont dit que Dieu est une chose si grande, qu'on ne peut rien s'imaginer ni concevoir de plus grand, de meilleur ni de plus parfait, parce que si l'on pouvait concevoir ([Uelquo chose de plus parfait, ce serait cette choso-là qui serait Dieu, et ce Dieu qui serait conçu moins parfait ne le serait plus

Mais cela se prouve beaucoup mieux par les passages de l'Ecriture qui suivent : " Dieu est esprit, et ceux qui le veulent " véritablement adorer, le doivent adorer en esprit (S. Jean, 4. ** 24.). Soyez parfaits comme votre Père céleste est parfait " (Matth. 5. 4.S.). Toutes choses sont nues et à découvert devant " ses yeux (Hjcbr. 4. 13.). 0 profondeur des richesses de la '• sagesse et de la science de Dieu (Rom. 11. 33.) ! " Notre-Sei- " gneur dit lui-même : Je suis la vie, la voie, et la vérité (S.Jean. " 14. 6.)" " N'est-ce pas moi, dit le Seigneur, qui remplis le ciel " et la terre (Jérém. 23. 24.) ? " Le prophète David dit dans le même esprit : " Où. irai-je pour ne point paraître devant vos " veux? Si je monte au ciel, vous y êtes; si je descends dans " les enfers, vous y êtes présent; si je m'envole en esprit aux " extrémités de la mer, je vous y trouve, et même c'est votre •' main qui m'y conduit (Ps. 133. 7.)- Votre main est pleine de " justice : vous l'ouvrez et remplissez de bénédiction jusqu'aux " animaux (Ps. 144. 16.). Vous êtes infiniment élevé au-dessus '' de tous les dieux (Ps. 96. 9.)." Et enfin Dieu dit lui-même à Moïse pour faire connaître qui il est : " Je suis celui qui suis " (Exod. 3. 14.)." Tous ces passages montrent la grandeur incompréhensible de Dieu, sa bonté, sa sagesse, sa justice, sa providence, sa miséricorde, sa puissance, son infinité, son immensité, son éternité, son incompréhensi])ilité.

Nous disons je crois en Dieu, et non, je crois aux dieuXy confi«8ant par là qu'il n'y a qu'un Dieu et non plusieurs. C'est pourquoi le symbole de Nicée ajoute à celui des Apôtres le mot

UN: Je crois en un seul Dieu. NouslisonsaiiDeutéronome (6 4.) : " Ecoute, Ipraël, notre Dieu est un, il est seul Dieu." Et Dieu nous défend d'en reconnaître plusieurs: "Je suis le Seigneur " ton Dieu ; les dieux étrangers ne te seront rien en ma pré- '* sence (Exod. 20. 3.). Voyez, dit-il ailleurs, que je suis le seul " Dien, et qu'il n'y en a point d'autre que moi (Deuter. 32. 39.). " Je suis le premier et le dernier, et après moi il n'y a point de '' Dieu (Isaïe. 44. 6.)." Et saint Paul déclare hautement cette vérité,quand il dit : '^ Un Dieu, une foi, un baptême (Ephes.4.5.)." Je croù en Dieu. Nous ajoutons cette particule en, qui marque un certain mouvement de l'entendement qui croit. Ainsi quand nous disons : Je crois en Dieu, c'est comme si nous disions : Je ne crois pas seulement qu'il y a un Dieu, mais je le crois de telle sorte, que je tâche de toute l'affection de mon cœur et do tout mon pouvoir, de parvenir à lui comme au souverain bien, et à la fin pour laquelle j'ai été créé. De la sorte l'espérance chrétienne est en quelque façon enfermée dans la foi que nous professons.

Enfin quand nous disons : Je crois en Dieu, nous distinguons la connaissance que nous avons de Dieu par la foi, de celle que l'on en peut avoir, et que les infidèles en ont eue en effet par la vue des créatures. '* Car, comme dit saint Paul, ce qui peutêtri^ " connu de Dieu, leur a été manifesté. Dieu leur en a donné la " connaissance, parce que les choses qui sont invisibles en Dieu, " sa puissance même éternelle et sa divinité, peuvent être con- " nues par les créatures qu'il a faites (Rom. 1. 19.)." Ces infidèles ont cru qu'il y avait un Dieu, parce que les créatures leur faisaient connaître leur Auteur, en leur disant qu'elles n'avaient pu se faire elles-mêmes. Mais les chrétiens le croient, parce que. Dieu même le leur a révélé ; et c'est cet acquiescement de l'esprit à la parole de Dieu que l'on appelle foi, c'est-à-dire que l'on a une véritable et sincère foi, quand l'on croit ce que Dieu a dit, purement parce qu'il l'a dit.

Que si les mystères que la foi nous oblige de croire ne nous paraissent pas clairs ni évidents, ils n'en sont pas moins certains et véritables; mais plutôt ils le sont beaucoup davantage, parce qu'ils sont fondés sur l'autorité de Dieu, qui est la vérité même ; au lieu que nos sens et notre raison étant sujets à l'erreur, nous peuvent facilement tromper. Et il ne faut pas croire que ces

mystères sacrés soient contre la raison, parce qu'il semble qu'ils ne s'accordent pas avec elle; ce serait un grand sujet de tentation contre la foi. Mais il faut dire qu'ils sont au-dessus de la raison, qui, par sa faiblesse naturelle, ne peut atteindre à la sublimité des choses de Dieu. C'est en cela que consiste l'excellence de notre foi, qu'elle ne contient rien que de grand et qui ne nous passe, comme au contraire ce serait bien peu de chose, si ce qu'elle nous propose, n'était pas plus grand que nous, ni élevé au-dessus de la portée de notre esprit.

CONTINUATION DU PREMIER ARTICLE

Dieu le Ph'e.

Par le nom de Père, nous ne croyons pas seulement que la première personnede la Trinitéest Dieu, nous confessons encore (le la façon qu'elle est énoncée, qu'elle est distincte des deux autres.

La personne du Père n'est point engendrée : celle du Fils est engendrée du Père avant tous les siècles: et celle du Saint- Esprit procède de toute éternité du Père et du Fils comme d'un seul principe; ainsi nous confessons trois personnes distinctes lians une seule et simple essence. Le Père est la première personne, parce qu'il est le principe sans principe, c'est-à-dire sans commencement, d'où procèdent les doux autres. Il n'est pas nécessaire de pénétrer plus avant dans les secrets de ce mystère: Dieu ne nous oblige pas d'en savoir davantage, mais plutôt il le défend quand il dit que "celui qui examine avec trop " de curiosité la grandeur de sa majesté, sera accablé sous le '' poids de sa gloire (Prov. 25. 27.)."

La première personne de la Trinité est encore le principe et le père de toutes choses, mais diversement. Dans lui-même il est le Père de son Verbe, qui est son Fils, comme nous verrons au second article de ce symbole. Et hors de lui, il est le Père de toutes les créatures, comme dit un prophète : " N'ost-il pas seul

" le Père de nous tous ? N'est-ce pas lui seul qui nous a créés '' (Malac. 2. 10.)?"

Il n'est pourtant, à proprement parler, que le Père des hommes qu'il a créés à son image et ressemblance, au lieu que les autres créatures ne sont que comme des ombres, ou comme des vestiges informes de sou être (Gen. 1. 26).

Dans l'ancien Testament il était le Père des Israélites beaucoup plus parfaitement qu'il ne l'était des infidèles ; parce qu'ils avaient la connaissance de son nom, et qu'ils l'adoraient comme leur Créateur.

Et Dieu de son côté les gouvernait en Père par le soin paternel qu'il prenait de leur conduite. C'est pourquoi Moïse leur disait : " N'est-ce pas lui qui est votre Père, qui vous a possédés, qui vous '' a faits, qui vous a créés (Deut. 32. 6.) ? " Et ce divin Père leur reprochant leur ingratitude, disait : " Je me retirerai d'eux, et " je verrai ce qu'ils deviendront: car c'est une génération ingrate " et des enfants infidèles (Deut. 32. 20.)" Moïse leur reprochait la même chose : " Vous avez quitté le Dieu qui vous a engen- " drés (Ibid. 32. 6.)."

Mais dans la loi de grâce, il est le Père des fidèles d'une manière bien plus noble et plus divine ; car outre l'image naturelle de leur Créateur qu'ils portent gravée dans leur âme, comme témoigne le prophète (Psal. 4. 7.) : '' La lumière de votre " visage, Seigneur, est imprimée sur nous comme un cachet sur " de la cire," il les adopte pour être les frères de son l'ils unique et naturel, afin de les faire ses cohéritiers dans l'héritage de la gloire. C'est ce que dit saint Paul (Rom. 8. 17.) : '' Si nous " sommes enfants de Dieu, nous sommes par conséquent ses " héritiers ; héritiers, dis-je, de Dieu, et les cohéritiers de Jésus- " Christ, qui est le premier né entre plusieurs frères." Et le même dit ailleurs (Hœbr. 2. IL): "Tout L' qu'il est, il n'a " pas honte de nous appeler ses frères." " Voyez, dit le disciple " bien-aimé (I. Joan. 3. L), voyez quelle est la charité du Père " céleste envers nous, de vouloir que nous soyons appelés les '* enfants de Dieu, et que nous le soyons en effet." Et il dit dans son Evangile (Joan. 1. 12.) : " Il a donné à tous ceux qui l'ont " reçu, le pouvoir d'être les enfants de Dieu." Le Sauveur même, qui est le Fils naturel nous enseignant comme il faut prier, veut que nous app.Mions Dieu notre Père, et il nous défend d'en

reconnaître un autre que le sien : " Quand vous priez, dit-il, " dites : Notre Père qui êtes dans les cieux. N'appelez personne " sur la terre votre père, car vous n'avez qu'un Père qui est dans •* le ciel (Matth. 6. 9. — 23. 9.)." Et ce qui est remarquable, quand il parle de Dieu dans l'Evangile, il l'apjielle presque toujours son Père ou le nôtre.

Il y a autant à dire entre cette filiation et celle des anciens Israélites, qu'il y a de différence entre le serviteur et le fils d'un père de famille. C'est ainsi qu'en parle saint Paul (Roni. 8. .15.) : " Vous n'avez pas reçu une seconde fois l'esprit de ser- '* vitude qui est dans la crainte : mais vous avez reçu l'esprit ** des enfants d'adoption par laquelle nous crions à Dieu : Abha, " Père."

Quand nous disons que le Père éternel est notre Père, te n'est pas que le Fils et le Saint-Esprit ne le soient aussi, parce que tout ce que Dieu fait au dehors est commun aux trois personnes. Nous lui attribuons néanmoins plus particulièrement la qualité de Père des Enfants d'adoption, parce qu'il est Père éternellement et par la condition de sa personne, co (jui ne convient pas au Fils, ni au Saint-Plspi it.

Tout-puissant.

Ce Père est tout-puissant, car il dit lui-même (Gen. 17. 1.) : " Je suis le Seigneur tout-puissant." Quand le patriarche Jacob envoya ses enfant^' en Egypte, il leur dit ((ien. 40. 14.): " Allez " trouver Joseph, et que mon Dieu qui est tout-puissant vous " le rende favorable." Et il est écrit dans 1' \pocalyp?e (l. 8.) : " Dieu le Soigneur qui est, qui a été, et qui sera il l'avenir, est '' le tout-puissant." " Il n'y a point de Dieu, dit Tobic (13. 4.), " qui soit tout-puissant comme le nôtre." En un mot cette toute-puis."^ance est tellement propre à Dieu, qu'il n'y a point de titre qui lui soit plus souvent donné dans l'Ecriture cjue celui-là.

Quand nous disons que Dieu est tout-puissant, nous entendons qu'il n'y a rien, et que l'esprit ne se ixîut rien imaginer que Dieu ne puisse faire ou détruire quand il lui [)laît. Et il le j)eut faire ou détruire avec tant de facilité,que la seule inclinationdesa volonté produit son effet. "Il a dit (Psal. 148. 5.), Fiat, et

" tontes choses ont été faites. Il a commandé, et elles ont été " créées." Encore que Dieu puisse tout, nous ne voulons pas dire qu'il puisse mentir, ou tromper, ou pécher, ou ignorer quelque chose, ou cesser d'être, parce que ce sont là des effets de faiblesse et non pas de puissance, et si Dieu pouvait faire quelqu'une de ces choses-là, il ne serait ni Dieu, ni tout-puissant.

Il n'y a rien qui (îonfirme tant notre foi et qui assure davantage notre e?*pérance, que la persuasion de la toute-puissance de Dieu. Car comme la foi nous propose des mystères que l'esprit humain ne peut naturellement comprendre, et que la raison naturelle estime même impossibles, il n'est point d'homme, pour peu qu'il soit raisonnable, qui ne s'y soumette, quand il se ressouviendra que Dieu est tout-puissant.

Cette foi de la toute-puissance de Dieu rend même le fidèle tout- puissant, et mérite que Dieu lui accorde tout ce (^u'il lui demande. " Si vous avez^de la foi, comme un grain de mou- " tarde (ce sont les paroles de Notre-Seigneur, Matth. 17. 19.), ** vous direz à cette montagne : Passe de ce lieu à un autre ; et '* elle vous obéira, et rien uo vous sera impossible." Il dit encore ailleurs (Marc. 9. 22.) : " Que tout est possible à celui '* qui a la foi."

Et quand nous disons que le Père est tout-puissant, il ne faut pas s'imaginer que le Fils et le Saint- Esprit ne le soient aussi ; car l'Ecriture dit, parlant du Fils (Sap. 18. 15.): "Lorsque ** toutes choses étaient dans le silence et au milieu de la nuit, " votre parole toute-pui«sante, Seigneur, c'esl-à-dire votre Verbe " et votre Fils est descendu du ciel de votre trône royal." Le Père est donc tout-puissant, le Fils est tout-puissant, le Saint- Esprit est tout-puissant ; ce ne sont pas néanmoins trois toutpuissants. Car comme il n'y a en Dieu qu'une seule divinité, il n'y a aussi qu'une seule toute-puissance commune aux trois personnes.

Créateur du ciel et de h, terre.

Supposé que Dieu soit tout-puissant, comme la foi nous l'enseigne, nous n'aurons pas de peine à croire qu'il est Créateur du ciel et de la terre et de tout le reste. Les premières paroles de l'Ecriture sainte prouvent cette vérité (Gen. 1.1.): " Dieu a "créé au commencement le ciel et la terre; et il dit: Que

** la lumière soit faite, et la lumière a été faits." Et nous lisons au livre d'Estber (13. 9.) : " Nul ne peut résister à votre volonté, " car vous avez fait le ciel, la terre, et tout ce qui est compris " dans l'enceinte du ciel, vous êtes le maître de toutes choses."

Ces dernières paroles nous enseignent que Dieu n'est pas seulement le Créateur du ciel et de la terre, mais qu'il l'est encore de tout le reste. Car outre les cieux que le prophète (Psal. 8. 4.) appelle Vouvrage des doigts de Dieu, l'Ecriture dit qu'il y ajouta le soleil, la lune, et les étoiles pour partager le temps, et faire les saisons, les jours et les années. Et, outre la terre qui est appelée l'escabeau de ses pieds, parce qu'elle est le plus bas de tous ses ouvrages, il a encore fait les arbres, les simples, les oiseaux, les animaux, les reptiles tant de la terre que des eaux. Ed enfin le texte conclut, en disant: Toutes choses ont donc été achevées, le ciel, la terre, et tous leurs ornements (Gen.2.1.).

Ce grand Dieu n'a pas seulement créé le ciel, la terre et tout ce qu'ils contiennent ; il a encore créé les anges qui sont audessus du ciel, et qui sont souvent auprès de nous pour nous défendre de nos ennemis, et nous consoler dans nos aflaictions. Kt quoique nous ne les voyions pas, parce qu'ils sont des créatures spirituelles, nous ne devons pas néanmoins douter qu'il n'y ait de ces nobles et sublimes créatures. Une femme prudente disait à David (II. Reg. 14. 17.): " Vous êtes, ô roi mon " seigneur, semblable à un ange de Dieu qui n'est pas plus ému " des malédi'îtions qu'on lui dit, que des bénédictions qu'on lui -' donne." Et plus bas: "Vous êtes sage comme un ange de " Dieu, pour découvrir ce qui se passe sur la terre." C'est pour- (juoi ces esprits sublimes sont toujours auprès de Dieu, ils voient sans cesse la face du Père (Matth. 18, 10.) ; et à cause de leur nombre innombrable, l'Ecriture les appelle souvent les armées (h Dieu. Et saint Pierre voulant défendre Notre-Seigneur à lorce d'armes, et repousser ceux qui le voulaient prendre au jardin des Oliviers, il lui commanda de se retenir, disant (Ib. 26. 53.) " que s'il voulait, son Père lui enverrait en ce moment plus de douze légions d'anges." Entin ce divin Sauveur nous assure (Matth. 22. 30.) que ceux qui mériteront par leurs bonnes œuvres de parvenir au royaume de la gloire, seront semblables aux anges de Dieu.

Quand Dieu a fait toutes ses ('réatures, il ne les a pas for-

mées de quelque matière, comme font les hommes qui se servent de terre, de pierre, de bois, de cire ou de quelque matière semblable pour faire leurs ouvrages, mais il les a toutes tirées du néant, comme nous lisons au second livre des Machabées (7. 28.) : "Je vous prie, mon fils, de regarder le ciel, la terre, et " tout ce qui y est compris, et de considérer que Dieu a fait tout " cela de rien." Et il est dit dans la Sagesse (2. 2.) : " Nous " sommes tous faits de rien, et en peu de temps nous serons " comme si nous n'avions point été." C'est ce que signifie le mot créer ; et celui de Créateur signifie un ouvrier qui fait quelque cliose de rien, ce qui n'appartient qu'à Dieu.

Et ce divin Ouvrier faisant tant de choses différentes et admirables, n'avait point devant les yeux de modèle comme en ont les architectes et les artisans; mais il était lui-même l'idée et l'exemplaire de tout ce qu'il faisait, de sorte qu'en se regardant soi-même, il a fait le corps universel de tout le monde. Il a créé, dit le prophète (Psal. 135. 5,), les deux dans son entendement, c'est-à-dire, qu'en faisant les cieux il en avait l'exemplaire en son entendement, en lui-même.

Il a encore été lui-même la fin de tout ce qu'il a fait, comme il est écrit dans les Proverbes (16. 4.) : " Le Seigneur a fait *' toutes choses pour lui-même." Il est vrai qu'il a fait toutes choses pour l'homme; mais il a fait l'homme pour lui, l'ayant fait capable de leconnaître, de l'aimer, d'admirer ses grandeurs, et enfin de le posséder dans la gloire; et de la sorte tout se termine à Dieu comme à la dernière fin.

Enfin rien ne l'a porté à faire le monde et toutes les créatures que nous y voyons, que sa pure bonté, qui voulant se communiquer au dehors, ne l'a pu faire qu'en produisant des sujets capables d'en recevoir les effets. Car du côté de la créature il n'y avait point de motif qui le pût obliger à cela, étant en soi infiniment heureux, et ayant la plénitude de tous les biens, en sorte qu'il n'avait besoin de rien, comme téiiioÏL'ne le prophète (Ps. 15. 2.) : " J'ai dit au Seigneur : vous êtes mon Dieu, et vous *' n'avez que faire de mes biens." Dieu en efiet n'avait que faire des biens de David ni de qui que ce fût, parce que David n'avait rien qu'il ne l'eût reçu de sa bonté.

Ainsi Dieu Créateur du ciel et de la terre, est tout ensemble la cause efiîicnente, la cause exemplaire, la cause finale, et la cause mouvante de toutes choses.

Dans cet article comme dans tous les autres du symbole, il y a plusieurs points que nous sommes obligés de croire. 1. Qu'il y a un Dieu. 2. Que ce Dieu est seul et unique, et qu'il ne peut y avoir plusieurs Dieux. 3. Que ce Dieu est tout-puit^sant, infini et incompréhensible. 4. Que c'est lui qui a créé, c'est-à-dire, fait de rien le ciel, la terre et toutes choses. 5. Qu'encore qu'il soit seulement fait mention de la personne du Père, le Fils néanmoins et le Saint-Esprit ont créé le monde indivisiblement avec lui, en sorte que le Père, le Fils, et le Saint-Esprit ne sont qu'un seul créateur.

INSTi;UCTION ITT.

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