EXPLICATION DU DEUXIÈME ARTICLE
El en Jésus'Chriat son fils unique Notre-Seigneur.
Les fruits qui reviennent de la foi de ce mystère sont grands : Car, comme dit saint Jean (I. Joan. 4. 15.), " tout homme qui " confessera que Jésus-Christ est le. Fils de Dieu, demeurera en " Dieu et Dieu en lui." Et Notre-Seigneur déclara saint Pierre bienheureux, parce qu'il avait cette créance (Matth. 16. 17.) : " Vous êtes bienheureux. Simon fils de Jonas, parce que ce " n'est point la chair ni le sang qui vous a révélé ces choses, " mais mon Père qui est dans le ciel."
Dès qu'Adam voulut secouer le joug de l'obéissance qu'il devait à Dieu, il tomba dans une extrême calamité. Dieu lui avait dit (Gen. 2. 16.) : " Vous mangerez du fruit de tous les " arbres du jardin ; mais vous ne mangerez point de l'arbre dti " la science du bien et du mal ; car dans le même jour que " vous en aurez mangé, vous serez sujet à la mort," Il viola un commandement si facile, et aussitôt il i)erdit la sainteté et la justice originelle, dans laquelle il avait été créé; et outre qu'il encourut la disgrâce de Dieu, il tomba dans les maux dont le saint Concile de Trente fait mention iSess. 5.).
Son péché n'est pas demeuré dans lui seul, mais il s'est communiqué avec son sang à. toute sa postérité. Et parce «m'. tant ainsi déchu et dégradé, rien ne le pouvait relever, ni riHMuiue,
ni l'ange, ni aucune créature; il n'y avait que la vertu infinie du Fils de Dieu qui le pût faire. Il l'a fait en prenant notre chair, par les travaux et les souffrances de laquelle il a effacé le péché d'Adam et les nôtres, et nous a réconciliés à son Père, ainsi que nous dirons.
En Jésus.
Le nom de Jésus est le nom propre de l'Homme-Dieu: "Voici, " dit l'ange à la Vierge (Luc. 1. 31.), que vous concevrez un fils " en votre sein, vous l'enfanterez, et vous lui donnerez le nom *' de Jésus." Ce nom signifie Sauveur selon l'explication du même ange (Matth. 1. 20.) : *' Joseph fils de David, ne craignez " point de prendre Marie pour votre épouse : le fruit qu'elle " porte en son sein, est conçu par l'opération du Saint-Esprit. " Elle enfantera un fils et vous l'appellerez Jésus, parce qu'il ** sauvera son peuple de la peine de ses péchés."
Quand l'ange dit qu'il sauvera son peuple, il ne veut pas dire que l'Homme-Dieu soit seulement envoyé pour sauver le peuple juif; son peuple, ce sont tous les hommes et toutes les nations du monde qui devaient croire en lui. 11 les a affranchis des chaînes de leurs péchés et de la servitude du diable, et leur a acquis le droit au royaume du ciel, les réconciliant à Dieu par V effusion de son sang (Rom. 5, 9 et 10.).
Christ.
Avec le nom de Jésus, on lui a donné le surnom de Christ, qui est un titre d'honneur et d'office, non pour un seul état, mais pour plusieurs ; car les écrivains sacrés donnent le nom de Christ aux prophètes, aux prêtres et aux rois, qui, par* le commandement de Dieu, étaient oints pour la dignité de leurs charges et de leurs emplois (Exod. 29. 7. — I Reg. 10. 1.).
Un prophète (Isaïe. 61. 1.) disait de lui-même : " L'esprit de " Dieu est sur moi, parce que le Seigneur m'a oint pour annon- " cer sa parole à ceux qui seront dociles." Et David dit de tous les autres (Psal. 104. 15.): "Ne touchez point à mes christs, " et ne faites point de mal à mes prophètes."
Les prêtres étaient pareillement consacrés par l'onction. Dieu l'ayant ainsi commandé à Moïse (Exod. 29. 7.) : " Vous répan-
" (Irez l'huile de l'onction sur la tête du prêtre, et par cette " cérémonie il sera consacré."
Il en était de même des rois: " Je vous enverrai demain un ** homme de la terre de Benjamin, et vous lui appliquerez l'onc- *' tion, afin qu'il soit le roi de mon peuple (I Reg. 9. 16.)."
Or, Notre-Seigneur a été tout ensemble prophète, prêtre et roi.
Il a été prophète; et le peuple l'a proclamé tel, lorsque, avec des acclamations de joie, il dit (Luc. 7. 16.): " Voilà qu'un " grand prophète paraît au milieu de nous, et que Dieu a dai- " gné visiter son peuple." Et deux disciples qui allaient en Emmaûs disaient à Jésus-Christ même (Ibid. 24 19.) : " N'avez- " vous point entendu parler de ce qui s'est passé ces derniers " jours dans Jérusalem de Jésus de Nazareth, qui était un ** homme prophète, puissant en œuvres et en paroles?" Et il en a aussi fait l'office, car il a prophétisé sa mort avec ses circonstances, la ruine de Jérusalem, la chute de saint Pierre, le progrès de son Eglise, ce qui devait arriver à ses disciples en la prédication de l'Evangile, et enfin tout ce qui doit arriver au jugement dernier. TjO principal office des prophètes était de faire savoir aux peuples les volontés de Dieu, et de s'opposer à la corruption des mœurs et de la religion. C'est ce qu'a fait Notre- Seigneur tout le temps qu'il a vécu parmi les hommes.
Il a pareillement été prêtre ; non point comme ceux de l'ancienne loi qui ne l'étaient que pour un temps et selon l'ordre d'Aaron : " Mais il est le prêtre éternel selon l'ordre de Melchi- *' sédech (Psal 109. 4.) : " Non seulement parce qu'il est le véritable Médiateur entre Dieu et les hommes, comme l'étaient les prêtres de l'ancienne loi, qui offraient à Dieu les vœux du peuple, et attiraient sur lui les miséricordes de Dieu; mais encore parce qu'il s'est offert lui-même en sacrifice, et qu'il s'offre encore tous les jours par les mains des prêtres de la loi nouvelle (Hœbr. 7. 27. et 9. 14.).
Enfin il a été roi selon la promesse que l'ange fit à la sainte Vierge, quand il lui dit : " Il sera grand ; on l'appellera le Fila " du Très-Haut, et il régnera éternellement, parce que Dieu lui " donnera le royaume de son père David, et que son royaume " n'aura point de fin (Luc. 1. 32.)." Et saint Jean dit en son Apocalypse (19. 12.) qu'il vit plusieurs diadèmes sur sa tête; voulant dire qu'il n'était pas roi d'un seul royaume comme les
rois de la terre, mais qu'il était le souverain de tous les royaumes du monde. Ce qu'il explique plus clairement quand il dit qu'il est le Seigneur des seigneurs et le Roi des rois, et qu'il porte ces titres écrits sur sa cuisse et sur son habit (Ibid. 17 14 et 19. 16.) : comme en effet nous voyons qu'il règne spirituellement par toute la terre, et que les rois le reconnaissent et l'adorent selon la prophétie de David (Psal. 71. 10.) : " Les rois de Tarse et de " l'Isle lui apporteront des présents, les rois de l'Arabie et de ** Saba lui feront des dons : tous les rois de la terre l'adoreront, " et toutes les nations tiendront à honneur de le servir."
Toute l'onction de la prophétie, du sacerdoce et de la royauté étant donc réunie dans l'Homme-Dieu, en sorte même que les prophètes, les prêtres, et les rois de l'ancienne loi n'étaient que les ombres et les figures de ce souverain Seigneur, c'est avec beaucoup de raison qu'outre le nom de Jésus qu'on lui donne, il est encore surnommé l'Oint et le Christ. Aussi est-il l'Oint des oints, et le Saint des saints, comme dit le prophète Daniel (9. 24.) : c'est-à-dire l'Oint et le Christ par excellence. Les autres n'ont été oints que par l'application extérieure d'une huile sacrée ; mais Notre-Seigneur l'a été par le Saint-Esprit même, dont il a été rempli intérieurement, comme témoignait saint Pierre prêchant au peuple (Act. 10. 38.): "Vous savez, " disait-il, ce qui s'est passé touchant Jésus de Nazareth, et " comme Dieu l'a oint du Saint-Esprit." C'est aussi ce que lui disait David par un esprit prophétique (Ps.44.8.) : " Vous avez " eu de l'amour pour la justice, et de l'aversion pour l'iniquité , '* c'est pourquoi Dieu votre Seigneur vous a oint de l'huile de la ** joie, c'est-à-dire, de la grâce, par-dessus tous vos compa- " gnons." Il est vrai qu'il surpasse en onction tous ceux qui le doivent accompagner dans la gloire; car nous n'avons aucune onction ni aucun mouvement de grâce, comme dit saint Jean, que nous ne le recevions de sa plénitude (Joan. 1. 16.).
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Son Fils unique.
Nous avons à expliquer dans ces paroles des mystères bien plus hauts et plus sublimes de la personne de Jésus-Christ, savoir qu'il est Fils de Dieu, et vrai Dieu, comme l'expHque le concile de Nicée dans son symbole. " 11 est né du Père avant " tous les siècles ; Dieu de Dieu, lumière de lumière, vrai Dieu " du vrai Dieu ; engendré et non fait, de la même substance " que le Père, et par lui toutes choses ont été faites."
Il est la seconde personne de la Trinité, et parfaitement égale aux deux autres : parce qu'il n'y a point d'inégalité ni de dissemblance entre les personnes divines, }»uisque nous confessons qu'il n'y a qu'une essence, qu'une volonté, qu'une puissance commune au Père, au Fils et au Saint-Esprit. Nous en avons une suffisante preuve dans l'évangile de saint Jean, où il est dit : " Au commencement était le Verbe, et le Verbe était avec Dieu, " et Dieu était le Verbe (Joan. 1. 1.)."
Or, nous devons révérer en silence et adorer avec foi cette naissance éternelle du Fils de Dieu; disant avec admiration ces paroles du prophète (Isaïe. 53.) : Qui pourra expliquer sa génération f
Unique.
Si l'on a égard à la génération éternelle du Verbe, il est unique, et il ne peut avoir de frères ni de cohéritiers au royaume de la gloire: parce que le Père éternel, l'engendrant dans la vue de S3n essence, épuise toute la fécondité de son entendement. Mais si l'on considère sa génération temporelle, il en i)eut avoir plusieurs, et il en a en effet à qui il daigne bien donner ce nom, et qu'il veut faire cohéritiers de son héritage. Ce sont ceux dont parle saint Paul, quand il dit que Jésus-Christ est l'aîné entre plusieurs frères iliom. 8. 29.).
Notre- Seigneur.
Il y a beaucoup de termes et de façons de parler dans l'Ecriture qui se peuvent appliquer à Jésus-Christ; les uns comme à Jésus-Christ Dieu, les autres comme à Jésus-Christ homme.
Si on le considère comme Dieu, nous "disons qu'il est toutpuissant, éternel, intini : et si on le regarde comme homme, nous disons qu'il est passible, mortel, et qu'en effet il a souffert et qu'il est mort.
Il est notre Seigneur et coramie Dieu et comme homme. Comme Dieu, il a les mêmes perfections que son Père : et comme son Père est Seigneur, il l'est aussi avec le Saint-Esprit C'est ainsi que parle saint Athanase dans son symbole : " Le Père " est Seigneur, le Fils est Seigneur, le Saint-Esprit est Seigneur, " et néanmoins ce ne sont point trois Seigneurs." Et nous lisons très souvent d^ns l'ancien Testament que Dieu, voulant se faire obéir, disait: Je suis le Seigneur, je suis le Seigneur.
Comme homme, il est encore notre Seigneur : car, comme nous avons dit, " il porte ce titre écrit sur sa cuisse et sur sa "robe: Le Sejdgnbur des seigneurs." Et il disait lui-même à ses apôtres (Joan. 13. 13.) : " Vous m'appelez votre Seigneur " et votre Maître, et vous dites bien, car je le suis. Si donc je '' suis votre Maître et votre Seigneur, vous devez vous laver les " pieds les uns aux autres comme vous m'avez vu faire."
Et c'est ajuste titre qu'il est notre Seigneur, parce qu'il nous •A rach 'té"' ; et par ce droit de rédemption nous lui sommes légitimement sujets, et nous lui devons l'honneur, l'obéissance et le service: "Il s'fst abaissé lui-même en se rendant obéissant "jusqu'à la mort, et (pii {)lus est, jusqu'à la mort de la croix. '• Et c'est aussi pour cela que Dieu l'a souverainement élevé, et '• qu'il lui a donu^ un nom qui surpasse tout autre nom; afin '' qu'au nom de .Ji'sus tous fléchissent le genou, ceux qui sont •• dans le ciel, ceux qui sont sur la terre et ceux qui sont dans " les enfers ; et que toute langue confesse que Notre-Seigneur " Jésus-Christ est à la droite de Dieu le Père (Philip. 2. 8.)." El lui-même disait après sa résurrection (Matth. 28. 18.): '' Toute puissance m'est donnée au ciel et sur la terre." Il n'y a donc point de nom sous le ciel que celui de Jésus notre Seigneur.
Qui est donc celui dont le cœur ne soit tout échaufté d'amour,
entendant parler de la bonté ineffable d'un Seigneur si puissant? Car encore que nous soyons ses véritables esclaves, et qu'il soit notre Seigneur légitime, il ne nous tient pas néanmoins comme esclaves, ni comme serviteurs: " Je ne vous ai)pellerai point, *' dit-il, mes serviteurs, mais mes amis, parce que je vous ai " communiqué tous les secrets que mon Père m'a confiés (Joan. " 15. 14 )."
Jjes points de notre croyance qui sont enfermés dans cet article sont: 1. Que Dieu le Père tout-puissant dont nous avons parlé, a un Fils. 2. Que ce Fils lui est unique et égal en toutes choses. 3. Que ce même Fils en sa génération éternelle s'appelle Verbe ; et dans son incarnation Jésus, c'est-à-dire Sauveur, et Christ, c'est-à-dire, oint et plein de grâce. 4. Qu'il est notre Seigneur légitime, non seulement parce qu'il est Dieu, mais encore parce qu'il nous a raclietés.