‹ Œuvres complètesChapitre 39 sur 66 · EXPLICATION DU TROÏBIÈME ARTICLE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU TROÏBIÈME ARTICLE

Qui a été conçu du Sa hii- Esprit, et est mê de la Vierge Marie.

Le sens de ces paroles est que nous devons croire et confesser que Jésus-Christ Notre-Seigneur, Fils unique de Dieu, a pris chair humaine dans le sein de la Vierge pour l'amour de nous; quoique pour lors nous fussions pécheurs et hors de sa grâce, ce qui rend son amour infiniment recommandable.

Conçu du Saint-Esprit.

La merveille du mystère est qu'il a été conçu non par l'opération d'un homme, comme le sont tous les autres hommes, mais contre tout ordre et toute nature, par l'opération ineffable du Saint-Esprit. Ainsi la même jK^rsonno demeurant Dieu, a été faite homme ; et ce qui était de toute éternité, a commencé d'être ce qu'il n'était pas auparavant. C'est ainsi que le concile de Nicée explique ce mystère dans son symbole : '* Il est des- " cendu des cieux pour l'amour de nous autres hommes, et pour " le désir qu'il avait de notre salut, et il a été incarné par le

" Saint-Esprit de la Vierge Marie ; et ainsi il a été fait homme." Saint Jean qui s'est reposé sur la poitrine de ce Verbe incarna, et qui y a puisé l'intelligence de cet ineffable mystère, l'explique de la même manière, et autant qu'il se peut expliquer (Joan. 1. 1.): "Au commencement était le Verbe, et le Verbe " était en Dieu, et Dieu était le Verbe ; " et il conclut enfin : " Et le Verbe a été fait chair, et il a conversé parmi nous.'" Ainsi la substance divine et la substance humaine ont été uniee^ dans une même personne que nous appelons le Verbe incarné.

Il faut remarquer que quand nous disons que le Fils de Dieu s'est incarné, et qu'il a été conçu du Saint-Esprit, nous ne voulons pas entendre que lui seul, ou que le Saint-Esprit seul ait opéré le mystère de l'Incarnation ; car encore que le Fils seul ait été conçu, et qu'il ait pris seul notre chair ; quant à l'opération, néanmoins, les trois personnes divines en ont été la cause indi visiblement, selon la règle de la religion chrétienne, que tout ce que Dieu fait hors de soi dans les créatures est commun aux trois personnes. Mais quant aux processions divine?, elles ne peuvent être communes. La génération, qui est la procession du Fils, n'est point commune au Saint-Esprit, et la spiration passive, qui est la procession du Saint-Esprit, n'est point commune au Fils : et c'est cette propriété de procession qui fait que les personnes sont réellement distinctes.

Il y a dans ce mystère des choses qui sont naturelles, et d'autres qui sont surnaturelles. Ce qui est naturel est ce que nous croyons, que le corps de Jésus-Christ a été formé du sang très pur de la sainte Vierge; car c'est l'ordinaire de tous les corps des hommes qu'ils soient formés du sang de leur mère. Mais ce qui est surnaturel et qui surpasse toute intelligence, est premièrement que le corps de Jésus-Christ a été formé du sang seul et sans mélange de la Vierge ; au lieu que les corps des autres hommes sont formés tout ensemble du sang du père et de la mère.

Secondement, dès le moment que la très sainte Vierge eut donné son consentement à la parole de l'ange, en disant (Luc. 1. 38.): *' Voici la servante du Seigneur, qu'il me soit fait selon votre parole," le corps de Jésus-Christ fut formé, et l'âme raisonnable lui fut unie, au lieu que dans tous les autres hommes, après que le corps est formé il faut qu'il prenne de l'accroisse-

ment durant plusieurs jours avant qu'il soit propre pour recevoir l'âme. D'où vient que les hommes ne sont hommes qu'après un certain espace de temps ; mais Jésus-Christ a été un homme parfait dès le moment de sa conception.

En troisième lieu dès que l'âme fut unie au corps, la divinité fut unie à l'un et à l'autre, et dans ce même moment Jésus- Christ fut un Dieu parfait et un homme parfait ; et la Vierge sacrée fut véritablement et proprement Mère d'un Dieu et Mère d'un homme, parce que n'y ayant point eu de moment auquel l'humanité ait été sans la divinité, elle n'a pu être Mère de l'homme qu'elle n'ait été Mère de Dieu.

Voici comme saint Athanase explique l'union parfaite des deux natures en Jésus-Christ: *' Il est Dieu parfait et homme; " Dieu de la substance du Père avant tous les siècles, et homme " de la substance de sa Mère dans le temps. Egal au Père selon " la divinité; moindre que le Père selon l'humanité. Et quoi- " qu'il soit Dieu et homme, nous ne disons pas qu'il y ait deux " Jésus-Christ, c'est-à-dire deux natures unies dans un même " suppôt et une même personne."

Dès que le corps de Jésus-Christ fut conçu, son âme reçut l'abondance de l'esprit et des grâces de Dieu, car son Père ne lui donna pas la grâce par mesure comme il fait aux autres hommes, mais il lui en donna la plénitude, comme dit saint Jean (1. 16.): " Le Verbe a été fait chair, et il a habité parmi '' nous, et nous avons vu sa gloire, gloire comme du Fils unique " du Père, plein de grâce et de vérité."

Quand nous disons qu'il a été rempli de la grâce et de l'esprit de Dieu, il ne faut pas le mettre au nombre des enfants adoptifs où entrent tous les justes qui reçoivent ce même Esprit. Mais il est le Fils naturel et propre de Dieu; et en cette quaHté, il est infiniment élevé au-dessus des enfants d'adoption.

APPENDICE 4i)i^

CONTINUATION DU TROISIEME ARTICLE

Né de la Vierge Marie.

Le chrétien doit croire d'un cœur simple et sincère que non seulement Jésus-Christ a été conçu du Saint-Esprit, mais encore, qu'il est né de la Vierge Marie, l'ange en a apporté la nouvelle du ciel, et tout ensemble il a rempli le monde de joie, disant (Luc. 2. 10.): '* Voici que je vous annonce une heureuse nou- " velle qui donnera de la joie à tout le peuple." Le Ciel même voulut prendre part à cette joie, comme nous apprenons du cantique que les anges chantèrent en cette rencontre (Ib. 14.^ : " Que la gloire soit cà Dieu dans le ciel, et la paix aux hommes " de bonne volonté sur la terre."

Ce fut ici l'accomplissement des promesses que Dieu avait faites à Abraham, en lui disant (Gen. 12. 18.) : Que le temps viendrait auquel toutes les nations de la terre seraient bénies en sa semence.

Ce qui est merveilleux en cette naissance de Jésus-Christ, c'est qu'en sortant du sein de sa Mère, il n'a causé aucune diminution ni flétrissure à sa virginité, de sorte que par un prodige qui surpasse toute intelligence et qui étonne toute la nature, elle est demeurée et demeurera éternellement Vierge et Mère tout ensemble. Tl est arrivé au sein de Marie ce qui ost arrivé depuis au sépulcre clos et scellé, d'où le même Sauveur est .«^orti, san^ rompre le sceau, et sans faire aucune ouverture à la pierre sou^ laquelle il était pos,\ 11 en fut do même quand il entra dans la salle où ses disciples étaient enfermés ; car il se trouva présent au milieu d'eux sans faire aucune rupture ni aux portes ni aux murs (Joan. 20. 19. 2(5. ).

Telle fut la nais.samre du Sauveur, et elle est encore 1 eaucouj) p'us merveilleuse, parce (pie le Saint-Esi)rit qui a fait tant de prodiges dans sa concention. n'en fit pas moins dans sa naissance. Dan.s sa conception, il avait fait un Homme-Dieu, et dans sa nais'janco, il a fait une Mère Vierge.

Cette maternité de la Vierge était figurée dans l'ancien Testament par la porte fermée que vit le prophète Ezéchiel

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(Ezech. 44. 2.) : par la pierre qui fut détachée de la montagne sans le ministère d'aucune créature, qui devint une grande montagne, et qui enfin remplit toute la terre, comme l'on voit dans le prophète Daniel (2. 3 et 4.): par la verge d'Aaron, qui reverdit et porta des fleuris, celles des princes du peuple d'Israël demeurant toujours sèches : et enfin par le buisson ardent qui brûlait sans se consumer (Exotl. 3. 2.).

Considérons maintenant les vertus admirables que Jésus naissant nous a enseignées par son exemple avant que de nous instruire par ses paroles comme il a fait depuis. 11 est né pauvre et indigent ; non dans son pays, mais dans une terre étrangère ; non dans une hôtellerie, mais dans la crèche d'une étable; non < (ans une saison comm xie, mais dans les rigueurs de l'hiver ; lion dans la lumière du jour, mais dans les incommodités de la nuit. Saint Luc décrit toutes ces circonstances quand il dit (2. G. 7.) : " Il arriva qu'étant en Bethléem, les jours de Marie •• furent accomplis pour enfanter, et elle enfanta son Fils pre- •• mier-né. Elle l'enveloppa de langes, et le coucha dans une " crèche, parce qu'il n'y avait point de place j)our lui dans '' l'hôtellerie." Voilà comme le saint Evangéliste décrit la majesté du Roi du ciel et de la terre, humilié dans sa naissance temporelle. Il n'y avait point, dit-il, de place pour lui dans la maison; c'est-à-dire, pour Celui qui dit par son prophète (Ps. 49. 12.) : " Tout le monde est à moi, et tout ce qui est dans le " monde m'appartient." " Il est venu sur la terre comme dans " son propre domaine, et les siens ne l'ont pas reçu. Si quel. " ques-uns néanmoins l'ont reçu, il leur a donné le pouvoir -' de devenir les enfants de Dieu, parce qu'ils croient en son " nom, et qu'ils sont nés, non du sang, ni par l'inclination de la '' chair, ni par la volonté de l'homme, mais par l'esprit de Dieu, " et le Verbe a été fait chair pour converser parmi nous (Joan. -' 1. 11.)."

Quelle gloire donc a reçue le peuple chrétien, et à quel degré d'honneur a été élevé l'homme par les abaissements du Dieu incarné! Nous nous pouvons glorifier que ce Dieu de gloire s'étant fait homme, est à présent la chair de notre chair, et Toi de nos os, comme au contraire nous sommes par la grâce, l'esprit de son esprit, et la nature do sa nature. Nous lui avons donné ce qu'il a d'humain, et il nous a donné ce que nous

avons de divin. Les anges pour grands et sublimes qu'ils soient en leur nature, n'ont pas cet honneur, et ils ne se peuvent glorifier d'un semblable commerce : " Car, comme dit saint Paul " (Haebr. 2. 16. Ib. 15.), il n'a pas pris la nature des anges, mais *' il a pris la semence d'Abraham. Auquel de tous les anges, " Dieu a-t-il jamais dit: Vous êtes mon iîls, je vous ai engendré '' aujourd'hui ; mais il a dit tout cela à l'homme, savoir à Jésus- " Christ; car le Seigneur a dit au Seigneur (Psal. 109. 1 et 4.) : '' Asseyez-vous à ma droite, en attendant que je fasse de vos " ennemis un escabeau à vos pieds. Voilà qu'avant que la " lumière fût faite, je vous ai aujourd'hui engendré de mon sein '•' dans les splendeurs qui font les Saints (Psal. 2. 7.)." Et ce même Homme-Dieu fait ainsi parler son Père : " Le Seigneur "' m'a dit : Vous êtes mon Fils, je vous ai engendré aujourd'hui ; •' c'est-à-dire dans l'éternité (Psal. 2. 7.)."

Nous croyons donc par cet article: 1. Que le Fils de Dieu que nous appelons Verbe, s'est incarné et fait homme dans le sein d une mère qui se nomme Marie. 2. Que cette incarnation s'est faite sans le concours d'aucun homme, mais par la seule opération du Saint-Esprit. 3. Que ce divin Verbe a laissé sa Mère Vierge, non seulement quand il a été conçu, mais encore quand il est né. 4. Que ce Verbe incarné est tout ensemble vrai Dieu et vrai homme.

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