INSTRUCTION VIII
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Qui a été crucifié.
Notre-Seigneur voulant mourir pour notre salut, pouvait choisir le genre de mort qu'il eût voulu: mais il choisit celui de la croix, qui était le plus infâme et le plus honteux de tous ; il était estimé tel non seulement parmi les Gentils, mais encore parmi les Juifs; et un homme était censé frappé de la dernière malédiction dont il était capable en ce monde, lorsqu'il était condamné à ce supplice, comme témoigne saint Paul (Galat.3. 13.) : " Jésus-Christ nous a rachetés de la malédiction de la loi, s'étant *^ fait pour nous la malédiction même, car il est écrit (Deut. 21. " 23.) : Maudit celui qui est attaché au bois de la croix." C'est pourquoi les Gentils estimaient une folie, que l'on voulût faire passer pour un Dieu qui doit être dans le souverain degré de l'honneur et de la gloire, un crucifié qui par son supplice était dans la dernière infamie. ]Mais, comme dit le niême apôtre (I. Cor. 1. 18.), " la prédication de la croix est une folie à ceux qui " sont destinés à la perdition : mais à nous qui sommes destinés ** au salut, c'est notre forcée et notre vertu ; car il est écrit (Isaïe. " 29. 14.) : Je perdrai ht sdtjeHsc des sages, et je réprouverai lapru-
" dence des prudents. Ce qui pa?se pour folie en Dieu, o-^t plus " sage que la sagesse même de tous les hommes."
Non seulement Notre-Seigneur a choisi ce supplice comme le plus infâme et le plus humilianf, mais encore parce qu'il était le plus propre et le plus convenable à notre salut: car le serpent ayant perdu l'homme dans un arbre, notre Réparateur l'a voulu sauver dans un autre arbre, savoir dans l'arbre de la croix.
Ce genre de mort était même nécessaire pour accomplir les prophéties et les figures <le l'ancienne loi. Le prophète Jérémie lui fait dire ces paroles (11. 18.) : " Vous m'avez fait voir, ô mon " Dieu, les desseins que mes ennemis ont sur moi, je suis comme " un agneau doux et innocent que l'on porte pour être immolé. " Ils ont dit : Préparons-lui une croix pour le faire mourir ; *' ôtons-le de ce monde comme un homme de néant, afin qu'on *' ne pense plus à lui.'
Le bûcher sur lequel Isaac devait être consunié (Gen. 22. 9.) était la figure de celui de la croix où Notre-Seigneur acheva son sacrifice. Le serpent d'airain que Moïse éleva dans le désert (Num. 2L 8.), était encore l'image de l'élévation de Notre-Seigneur sur la croix, ainsi qu'il le dit lui-même (Joan. 3. 14.) : *' Comme '* Moïse a élevé le serpent dans le désert, de même il faut que le '^ Fils de l'homme soit élevé." La figure exprimait fort bien la chose figurée: car coinme le serpent fut ainsi élevé pour guérir les maladies corporelles de ceux qui le regarderaient, ainsi Notre-Seigneur fut attaché à la croix pour guérir les péchés qui sont les tnaladies de l'âme. Enfin le prophète David dit (Ps. 95. 10.) : " Que Notre-Seigneur a commencé à régner quami il a et».' " attaché au bois de la croix.' Et ce divin Sauveur le <lit luimême (Joan. 12. 32.) : '* Quand je serai élevé de tcire, j'attirerai " tout le monde à moi."
Qui est mort.
Il ne euflfit pa^^^ de croii'e que Jésus a été crucifié, la foi nou.^ oblige encore de croire qu'il est mort, pour ne point tomber dan.» l'erreur de ceux qui ont pensé que c'est Simon le Cyrénéen qui a été crucifié, et non p.is lui, et qui ont cru pareillement qu'il n'est pas mort. INIais les évungélistes (Matth. 27. 50., Luc. 28. 46., Joan. 19.30.) disent clairement qu'il a expir- en croix, qu'il a rendu l'esprit, qu'il a remis son ân>e entre les mains de son
Père. Tout cela veut dire qu'il est mort, car un homme meurt véritablement quand il rend l'esprit, et que son âme se sépare de eon corps. S'il n'était pas mort, il faudrait pareillement dire qu'il n'est pas ressuscité, et que sa résurrection n'est qu'imaginaire et fantastique, parce que la résurrection est une réunion de l'âme au corps, et l'on ne pourrait dire que l'âme serait réunie au corps, d'où elle n'aurait pas été séparée. Tout cela serait d'une pernicieuse conséquence pour la religion chrétienne, et ce serait en renverser les fondements.
II faut donc croire que *' Jésus-Christ est mort, comme dit ^* saint Paul (Hœbr. 2. 14.), afin de détruire par sa mort celui ^' qui avait l'empire de la mort, savoir le diable ; et par ce moyen ** délivrer de la crainte de la mort ceux qui lui étaient sujets." Notre-Seigneur le dit bien clairement en parlant à la mort même par la bouche d'un prophète (Ozée. 13. 14.) : " O mort, je serai ta mort."
Quand l'on entend dire que Jésus-Christ est mort, et que son âme a été séparée de son corps, il ne faut pas s'imaginer qu'il ait cessé d'être Dieu, et que la divinité qui durant sa vie avait été unie à son âme et à son corps, ait quitté l'un ou l'autre ou tous les deux après que la mort les a séparés. Elle a été toujours Qnie au corps dans le sépulcre, et à l'âme dans les enfers durant même leur séparation. C'est la doctrine de l'Eglise et des saints Pères, et tout chrétien est obligé de le croire.
Ce qui est singulier dans la mort du Sauveur est, comme j'ai déjà touché, qu'il s'y est oflFert de lui-même, et parce qu'il l'a voulu. Il avait dit avant qu'elle arrivât (Joan. 10. 17.) : "Je " donne mon âme, et je la reprends : nul ne me l'a ravie par " force, mais je la donne de moi-même : j'ai le pouvoir de la ** laisser, et j'ai le pouvoir de la reprendre." Pour marque de cette vérité, ses ennemis le cherchant pour le faire mourir, il passait au milieu d'eux sans qu'aucun lui touchât, parce que son heure n'était pas venue; mais le temps ordonné par son Père étant arrivé, il alla au-devant d'eux et leur dit: C'est moi que vous cherchez (Joan. 18. 5.). Et encore pour montrer qu'il eût bien pu sortir de leurs mains s'il eût voulu, à ces paroles, ils tombèrent tous à la renverse.
Le Fils de Dieu ayant donc souffert la mort de la croix par la seule inclination de sa volonté, et par le pur désir de notre salut,
pouvons-nous avoir un plus puK-^sant motif de reconnaissance, d'amour, do dévotion, de service, aux dépens même de notre vie, de notre honneur, de nos commodités et de tout ce qui nous appartient?
Qui a été enseveli.
Voici encore un point <ie cet article que tout chrétien doit croire, savoir que Jésus-Christ ayant été détaché de la croix fut enseveh et enfermé dans le sépulcre. Sur quoi il faut croire que si Jésus-Christ comme Dieu n'a pu souffrir ni mourir, il n'a pu non plus comme Dieu être enseveli ni enfermé dans le sépulcre. Secondement, qu'il est pourtant vrai de dire que comme Dieu est mort, il a aussi été enseveli ; d'autant que par cette façon de parler nous confessons que Dieu n'a jamais été séparé <le l'homme en Jésus-Christ, et par conséquent que Dieu a véritahlement été enseveli avec l'homme, encore qu'il n'ait pas été enseveli comme Dieu.
En troisième lieu, il faut croire que le corps de Jésus-Christ dans le sépulcre ne fut point sujet à la pourriture ni à la corruption, ainsi que David l'avait prophétisé (Ps. 15. 10.), disant : " Vous ne permettrez pas. Soigneur, que votre saint, que votre " Christ voie la corruption." Saint Pierre le confirme aux actes des Apôtres (2. 31.), où il prouve que ce passage ne se doit pas entendre de David, mais de Jésus-Christ: " Car, dit-il. nous '* avons devant nos yeux le sépulcre de David ; il y a été mis, et " il a vu la corruption ; mais le Christ n'est point demeuré dans " le sépulcre et il n'y a point vu la corruption."
De tous les points de cet article, nous devons inférer l'amour excessif que le Fils de Dieu nous a porté, s'exposant volontairement et de son plein gré, lors même que nous étions ses ennemis, à des injures si atroces, à des tourments si cruels, à une mort si infâme, sans rien modérer ni adoucir des rigueurs de ses peines comme il eût pu faire par sa puissance, s'il eût voulu. Au reste, les fruits que nous recevons de la passion de Notre- Seigneur, que nous faisons profession de croire en cet article, sont admirables et infinis ; et ce sont encore autant dépeints de notre foi que nous sommes obligés de croire.
1. La passion de Notre-Seigneur nous a délivrés de nos péchés : " Car, comme dit saint Jean (Apec. 1. 5.), il nous a aimés et
" lavés de tous nos péchés dans son sang." Et l'Apôtre dit (Col. 2. 13.): "Il vous a fait revivre avec lui, vous remettant tous " vos péchés, et effaçant l'obligation du décret qui était contre " nous et qui nous était contraire ; il l'a pris et l'a attaché à la " croix."
2. La passion du Fils de Dieu est si efficace et si abondante, qu'elle suffit pour effacer les péchés de tous les hommes qui sont au monde, qui ont été et qui seront jusqu'à la consommation des siècles. "Si nous péchons, dit saint Jean (T. Jean. 2. 1.), nous " avons pour avocat auprès de Dieu Jésus-Christ, qui est le juste '' et la propitiation de nos péchés, et non seulement de nos *' péchés, mais encore des péchés de tout le monde."
3. Il nous a affranchis de la tyrannie du diable, comme il nous l'apprend lui-même (Joan. 12. 31.) : " C'est maintenant que " le monde va être jugé, c'est maintenant que le prince du n)oi)de " va être chassé du royaume qu'il avait usurpé : et moi si je suis " une fois élevé de terre, j'attirerai tout le monde à moi."
4. 11 nous a ouvert le royaume du ciel qu'Adam nous avait fermé par son péché, sans quoi nous devions être éternellement privés de Dieu. C'est ce que saint Paul nous enseigne, disant (Hsebr. 10. 19.): "Nous avons maintenant l'espérance que nous '' aurons entrée dans le séjour des saints par la vertu du sang •' de Jésus-Christ." Nous avons une figure de cette vérité dans l'ancienne loi, où il n'était pas permis aux criminels de retourner en leur pays avant la mort d u souverain prêtre, mais le prêtre mourant, ils y pouvaient aller, et ils y étaient reçus. De même nul ne pouvait entrer dans le ciel, qui est notre véritable patrie, avant la mort de Jésus-Christ qui est notre grand prêtre et notre souverain pontife; mais ce grand prêtre étant mort, notre patrie nous est ouverte, et il ne tient qu'à nous, moyennant la grâce du Sauveur, d'y retourner.
Cet article contient plusieurs points de notre foi. 1. Que le Fils de Dieu a véritablement souffert, et non seulement en apparence. 2. Qu'il n'a pourtant souffert que comme hommejetnon comme Dieu. 3. Qu'il a souffert sous le président Pilate, pour accomplir ce qu'il avait prédit, qu'il serait livré aux Gentils. 4. Qu'il a été crucifié et qu'il est mort pour notre salut. 5. Qu'il a été enseveli et mis dans le sépulcre.