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EXPLICATION DU CINQUIÈME ARTICLE

Il est descendu aux enfers , et le troisième jour, il est ressuscité

d'entre les morts.

Cet article contient deux parties. La première propose la descente de l'âme de Jésus-Christ aux enfers ; et la seconde, la résurrection de son corps, qui sortit du sépulcre.

Il est descendu.

Par la première, nous sommes obligés de croire que Jésus- Chrst étant mort, ''son âme s'abaissa jusqu'aux plus basses parties de la terre," comme dit saint Paul (Ephes. 4. 9.), et (ju'elle y demeura autant de temps que son corps fut enfermé dans le sépulcre.

Par cette confession nous soutenons que, durant ce temps, la j)ersonne de Jésus-Christ demeura toujours unie 'à son corps dans le sépulcre, et à son âme dans les enfers : car, comme nous avons déjà remarqué, la divinité et la personne qui étaient unies à son corps et à son âme lorsqu'ils étaient joints ensemble, n'en ont point été séparées, quoique la mort les eût déifcvinis.

Aux enfers.

Pour bien entendre ce que Notre-Seigneur fit dans les enfers, et le dessein pour lequel il y desceiulit, il faut savoir qu'il y a trois sortes d'enfers où les âmes qui sortaient de ce monde avant la mort du Fils de Dieu étaient envoyées.

Le premier est celui où les damnés sont punis pour les péchés qu'ils ont conmiis durant leur vie, et dont ils n'ont pas fait pénitence. C'est de cette inison obscure et eftVoyable que parle l'E" glise, quand elle dit qu'/7 n'y a nulle rédemption dans Venfer, c'est-à-dire que la peine en est éternelle, et que ceux qui y sont n'en seront jamais rachetés ; mais au contraire " qu'il y a des " ténèbres continuelles, qu'il n'y a que désordre et confusion, et '< qu'il n'y aura jamais qu'une horreur épouvantable (Job. 10. « 22.)".

Co lieu est encore souvent appelé l'abîme, dans l'Ecriture. Saint Jean (Apoc. 20. 1.) vit "un ange qui descendait du ciel, et " qui avait en sa main la clef de l'abîme. Il avait aussi une " grande chaîne avec laquelle il arrêta le dragon et le vieux " serpent, qui est le diable et satan, et le jeta dans l'abîme." On donne encore à ce lieu le nom de gêne, parce que les damnés y sont tourmentés ; et c'est ainsi que Notre-Seigneur l'appelait ] tour l'ordinaire. 11 dit particulièrement (Matth. 18. 9.) "qu'il " vaut mieux aller au ciel avec un seul œil et avec une seule '' jambe, que d'aller dans la gêne avec deux yeux et avec deux " jambes." Et ailleurs (tbid. 5. 22.), " que celui qui appelle son " frère fou est coupable de la gêne du feu." Mais le nom le plus propre et le plus ordinaire est celui d'enfer; et quand l'on profère ce mot, enfer, l'on entend ce cachot effroyable de feux et de peines où les démons et les damnés seront éternellement tourmentés. C'est cet enfer où Notre-Seigneur dit (Luc. l-G. 22.) que le mauvais riche fut enseveli, et où le prophète ajoute (Ps. 9. 18.) que tous les pécheurs seront envoyés.

Le second lieu à qui on donne le nom d'enfer est le purgatoire, où les âmes des élus sont retenues pour un certain temps, jusqu'à ce qu'elles soient entièrement purifiées des fautes qu'elles ont commises durant leur vie, et pour lesquelles elles n'ont pas entièrement satisfait. " Rien de souillé, ni qui ressente l'abomi- •• nation ou le mensonge, n'entrera dans le ciel, dit saint Jean '• (Apoc. 21. 27.)." Il faut donc que ceux qui sortent de ce monde avec quelque reste de péché soient purifiés avant que d'entrer dans le séjour de la pureté et de la gloire. Les hérétiques d'aujourd'hui nient la vérité du purgatoire, mais elle nous est propost'e et attestée par les Conciles, par les saints Pères et par la tradition.

Enfin le troisième lieu à qui l'on donne le nom d'enfer, est celui où les âmes des saints patriarches et de ceux qui mouraient en la grâce de Dieu avant la mort de Notre-Seigneur, étaient retenues. C'est de cet enfer que parlait le Prophète dans l'espérance d'en être délivré un jour (Ps. 15. 10.) : " Vous ne laisserez '' pas, Seigneur, l'âme de votre serviteur dans l'enfer." Et saint Pierre (Act. 2. 24 et 31.) applique ce même passage à Notre- Seigneur, voulant montrer qu'il est entré dans cet enfer, et qu'il en est sorti. Ce lieu était autrefois appelé le sein d'Abrahani ;

parce que ceux qui suivaient la foi de ce patriarche, et qui espéraient comme lui l'accomplissement des promesses de la résurrection, s'y retiraient auprès de lui; et sans y souffrir aucune peine ni douleur, vivaient d'espérance en attendant en paix la venue de leur libérateur. Notre-Seigneur même a usé de cette façon de parler, voulant expliquer l'état de bonheur où était Lazare autrefois méprisé par le mauvais riche : " Le mauvais " riche, dit-il (Luc. 16. 22.), a été envoyé dans l'enfer, et Lazare ** a été reçu dans le sein d'Abraham."

Or, c'est dans cet enfer que l'âme de Notre-Seigneur est descendue, afin que ce que dit saini Paul (Philip. 2. 10.) fût véritablement accompli : "Que tout genou noit fléchi quand on pro- " nonce le nom de Jésus, soit dans le ciel, soit sur la terre, soit " dans les enfers."

Elle y est encore descendue pour une autre raison ; savoir, pour délivrer les âmes des justes de l'obscurité où elles étaient, et leur donner la gloire qu'il venait de leur acquérir par le mérite de sa passion et de sa mort. C'est-à-dire qu'il les rendit bienheureuses, et leur donna la claire vision de Dieu, dans ce lieu ob^^cur et ténébreux : car, comme l'on dit qu'où est le roi, là est la cour, de même où est Jé^us-Christ glorieux, là est le paradis. Ceci se prouve par l'exemple du bon larron, à qui Notre-Seigneur dit (Luc. 23. 43.), lorsqu'ils étaient en croix: "Vous serez " aujourd'hui avec moi dans le paradis," c'est-à-dire dans un état où je vous ferai part de ma gloire, la communiquant aux justes qui m'y attendent. Le prophète Ozée (13. 14.) avait aussi prédit ces merveilles longtemps avant qu'elles arrivassent, en disant : " O mort, je serai ta mort : 0 enfer, je serai ta morsure :" c'est-à-dire, j'enlèverai ta proie, et s'il faut ainsi parler, jo te mordrai, et par cette morsure, j'emporterai une partie des âmes que tu retiens dans ton sein. C'est aussi en ce sens qu'il faut entendre les paroles du prophète Zacharie (9. 11.): " Vous avez " mis en liberté vos captifs par le sang de votre testament, et " les avez fait sortir de la fosse et du lac où il n'y a point d'eau." Enfin saint Paul déclare cette vérité, disant (Coloss. 2. 15) : " Il a enlevé les dépouilles des principautés et des puissances, " les menant hautement en trioinphe à la vue de tout le monde."

Il ne faut pas s'imaginer que Notre-Seigneur descendant dans ces lieux obscurs et ténébreux, souffrit aucime diminution de sa

gloire, <le sa grandeur, de sa splendeur, de sa puissance, de sa sainteté. Les autres y descendaient comme captifs, et il y est descendu comme libérateur ; les autres y demeuraient par nécessité, et il y demeurait libre et sans contrainte, comme il dit par son Prophète (Ps. 87. 5.) : " Je suis demeuré libre entre les morts, '* sans avoir besoin du secours de personne ; " les autres étaient dans l'obscurité, mais il y porta la lumière, sans pouvoir être sujet à la privation, tout ainsi que le soleil se levant ne peut entrer dans les ténèbres de la nuit, parce qu'il porte la lumière avec soi.

CONTINUATION DU MÊME ARTICLE

Il est ressuscité.

Cest ici la seconde partie de l'article, savoir que Notre-Seigneur Jésus-Clirist est ressuscité, c'est-à-dire que son âme s'est réunie à son corps, pour commencer une nouvelle vie, comme témoigne saint Paul écrivant à Timothée (II. Tim. 2. 8.) : " Souvenez-vous toujours que Notre-Seigneur Jésus-Christ est ** ressuscité d'entre les morts."

La foi de ce mystère est singulièrement propre aux chrétiens. Tout le monde a facilement cru qu'il est mort. Les Juifs l'ont cru, les infidèles l'ont cru ; mais il n'y a que les véritables chrétiens qui croient qu'il soit ressuscité : d'où vient que saint Paul prêchant dans l'Aréopage (Act. 17. 31.), et disant que Dieu l'avait ressuscité d'entre les morts, les infidèles se moquèrent de lui, et le firent passer pour un extravagant.

Par cette résurrection, il ne faut pas simplement entendre que Notre-Seigneur est ressuscité, car nous lisons dans l'Ecriture, que plusieurs sont aussi ressuscites : mais ce qui est singulier en Jésus-Christ, est qu'il s'est ressuscité lui-même par sa propre puissance, ce que nul autre n'a pu faire. C'est ce que témoigne saint Paul (II. Cor. 13. 4.) : " S'il est mort, c'est par infirmité : " s'il est ressuscité, c'est par la puissance et la vertu de Dieu, " qui était en lui," et qui ne fut point séparée de son corps dans le sépulcre, ni de son âme dans les enfers, comme nous l'avons

déjà marqué. David l'avait aussi prédit, disant (Psal. 97. 2.): " Il s'est acquis le salut par la force de sa droite et de son bras ■■' saint." Mais nul n'a expliqué si clairement cotte vérité que lui-même (Joan. 10. 17.) : " Je mets, dit-il, mon âme, afin de la " reprendre ; j'ai la puissance de la laisser, et j'ai la puissance '' de la reprendre une seconde fois." Et ailleurs il dit aux Juifs (Joan. 2. 19) : " Détruisez ce temple, et je le rétablirai en trois '* jours." Et le saint Eviin;;éliste ajoute, qu'il voulait parler du temple de son corps. Que si l'on trouve quelquefois dans l'Ecritiire, que son Père l'a ressuscité, ce n'est pas qu'il ne se soit aussi lossusi'ité lui-même, parce que la puissance de son Père et la .-ienne est la même puissance.

Je viens de dire que l'Ecriture fait mention de p1u>^ieurs qui ont été ressuscites ; niais Notre-Seigneur est le premier de tous : c'est pourquoi il est appelé le premier-né cV entre les morts (Coloss. 1. 18.). Et saint Paul dit (I. Cor. lô. 20.): "Jésus-Christ est '' ressuscité d'entre les «norts, et il est devenu les préniices de " ceux qui meurent pour ressusciter : parce que si la mort est " venue par un homme, la résurrection des morts est aussi venue " par un homme : car, comme tous meurent en Adam, tous "aussi revivront en Jésus-Christ: mais cliacuji en son rang; " Jésus-Christ, le premier, comme prémice8,et ensuite tous ceux '• qui lui ai)partiennent."

Il faut entendre tous ces passages de la parfaite et véritable résurrection, c'est-à-dire, de celle par laquelle les morts revivent pour re plus mourir : car avant la résurection de Xotre-Seigneur et encore depuis, plusieurs sont ressuscites pou'' mourir une seconde fois, comme en effet ils sont morts. " Mais Jésus-Christ, '* comme dit saint Paul (Kom. G. 9.), et il faut dire le même de '' ceux qui lui appartiennent, ressuscitant d'entre les morts, ne " mourra plus; la mort n'aura plus de pouvoir sur lui: car " étant mort une fois, il est mort pour le péché; mais vivant " maintenant, il vit pour Dieu."

Le troisième jour.

Notre-Seigneur est ressuscité trois jours après sa mort: car il fut dans le sépulcre une partie du vendredi, le samedi tout ( ntier, et une partie du jour suivant, auquel il ressuscita, et qui pour mémoire éternelle a été depuis appelé dimanche, c'est-àdire le jour du Seigneur.

Il avait prédit ce terme en disant aux Juifs qui lui deman daient un miracle (Matth. 12. 39-) : " Cette nation corrompue et *' adultère demande un miracle, et on ne lui donnera point " d'autre miracle que celui du prophète Jonas : car corn me " Jonas fut trois jours et trois nuits dans le ventre de la baleine. '* ainsi le Fils de l'homme sera trois jours et trois nuits dans lo '* sein de la terre." Et il dit dans une autre rencontre (Joan. 2 19.) : " Détruisez ce temple (il parlait de son corps), et je le réta- ** blirai en trois jours." Il dit encore une autre fois à ses disciples (Matth. 20. 18.) : " Nous allons à Jérusalem, où le Fils de " l'homme sera attaché à la croix ; il sera mis à mort ; mais il " ressuscitera le troisième jour."

Cette résurrection du Sauveur a été nécessaire, premièrement pour l'affermissement de notre foi et de notre espérance, qui n'auraient guère de solidité si Jésus-Christ n'était pas ressuscité, comme saint Paul ie prouve bien au long, écrivant aux Corinthiens (I. Cor. 15. 12.) : " Puisque l'on vous prêche que " Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts, comment se " trouve-t-il parmi vous des personnes qui osent dire que les " morts ne ressusciteront point ? Si Jésus-Christ n'est point res- " suscité, notre prédication est vaine, et votre foi est vaine aussi. " Nous serons même convaincus d'être faux témoins de la part '' de Dieu : puisque nous porterions témoignage contre Dieu '^ même, en disant qu'il a ressuscité Jésus-Christ, qu'il n'aurait " pourtant pas ressuscité, s'il est vrai que les morts ne doivent " pas ressusciter. Car si les morts ne doivent pas ressusciter, *' Jésus-Christ n'est point aussi ressuscité. Que si Jésus-Christ "n'est point ressuscité, votre foi est vaine; vous êtes encore " dans vos péchés, et par conséquent ceux qui sont morts dans " la foi de Jésus-Christ sont péris. Si nous n'avions espérance " en Jésus-Christ que pour cette vie, nous serions les plus misé- " râbles de tous les honunes. Mais il est certain que Jésus- '' Christ est ressuscité d'entre les morts, et qu'il s'est fait les " prémices de ceux qui meurent pour ressusciter."'

Saint Pierre (I. Pet. 1. 3.) prouve encore fortement que la résurrection de Notre-Seigneur nous fortifie dans l'espérance de la nôtre, et qu'étant membres de Jésus-Christ, nous ne serons point séparés de lui dans la terre des vivants : " Béni soit Dieu, *' dit-il, Père de Notre-Seigneur Jésus-Christ, qui par sa grande

4?6 APPEM>1CE

" miséricorde nous a régénérés par la résurrection de Jésus- •' Christ d'entre les mort*, pour nous donner une vive espérance " que nous arriverons à cet héritage incorruptible qni nous est " réservé dans le ciel." Saint Paul, que Ion peut justement appeler l'Apôtre de la Résurrection, dit encore (I. Cor. 15. 21. j que " comme la mort est entrée au monde par un homme, qui " est Adam, de même la résurrection des morts se fera par un " autre homme, qui est Jésus-Christ. Qu'il faut (jue le corps " corruptible que nous portons, ressuscite un jour, et qu'il soit '" revêtu d'immortalité (Ibid. 53.). Que nous attendons Jésus- " Christ notre Sauveur, qui réparera le corps de notre bassesse, " pour le rendre semblable à son corps glorieux (Philip. 3. 20.)."

Mais cette résurrection des corps nous doit faire ressouvenir qu'il y a une résurrection spirituelle par laquelle les âmes mortes par le péché doivent ressusciter à la vie de la grâce. C'est à quoi saint Paul nous exhorte (Rom. 6. 4.) quand il dit que, " comme Jésus-Christ est ressuscité d'entre les morts par la " gloire de son Père, de même nous devons mener une nouvelle " vie: et qui si nous avons été entés en lui par la ressemblance " de sa mort lorsque nous avons été baptisés et ensevelis dans " l'eau, nous devons aussi être entés en lui, et vivre de sa vie '' par la ressemblance de sa résurrection." C'est cette résurrection spirituelle que l'on appelle conversion do vie.

Mais afin que cette résurrection ou conversion soit })arfaite, elle doit être semblable à celle de Jésus-Christ et à celle de nos «orps que nous espérons un jour. C'est-à-dire que comme Jésus- Christ est ressuscité, et comme nous ressusciterons pour ne plus mourir ; ainsi nous devons tellement ressusciter de la mort du péché à la vie de la grâce, que nous ne mourions plus de cette mort .spirituelle. Voici comment saint Paul explique cotte com- |)araison (Rom. O. 4.) : " Jésus-Christ étant ressuscité d'entre les " morts, ne mourra plus, et la mort n'aura plus de puissance sur " lui : ainsi vous devez vous considérer ronime morts au péché, *' ne vivant plus que pour Uieu en Jésus Christ Notrc-Seigneur." ** C'est pourquoi, dit ailleurs le même apôtre (Coloss. 3. 1.), si " vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, recherchez ce qui est " dans le ciel, où Jésus-Christ est assis à la droite de Dieu: " n'ayez d^^ l'afTiM'tion que jiour les clioifcs du tiol, et non pour " celles (le la terre."

Ce que nous devons donc croire dans cet article, est: 1. Que Jésns-Christ s'étant humilié jus^qu'à la mort de la croix, il s'est encore abaissé après la mort jusque dans les enfers. 2. Qu'encore que son corps fût dans le sépulcre, et son âme dans les limbes, la divinité n'a point cessé d'être unie à l'un et à l'autre. 3. Que son corps et son âme «e sont réunis trois jours après sa mort pour ressusciter. 4. Qu'il est ressuscité par sa propre vertu. 6. Qu'étant ressuscité, il ne mourra plus.

INSTRUCTrON XI.

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