‹ Œuvres complètesChapitre 47 sur 66 · EXPLICATION DU HUITIEME ARTICLE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DU HUITIEME ARTICLE

Je crois au Saint-Esprit.

Il est d'une extrême conséquence aux fidèles de ne pas ignorer ce que c'est que le Saint-Esprit; et s'ils ne l'ignorent pas, de n'en avoir que des sentiments légitimes tels qu'ils nous sont marqués dans les saintes Ecritures : car ignorer le Saint-Esprit, c'est ignorer le mystère de la Trinité ; et ne pas connaître ce mystère, c'est ne pas connaître son baptême, qui ne se peut administrer qu'au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit. C'est pourquoi saint Paul (Act. 19. 2.) ne put souffrir cette ignorance dans quelques chrétiens de l'Eglise d'Ephèse; car leur ayant demandé s'ils avaient reçu le Saint-Esprit, et eux ayant répondu qu'ils n'avaient pas seulement entendu dire qu'il y eût

\in Saint-Esprit, il leur dit avec quelque sorte d'étounement . «iuel baptême avez-vous donc reçu?

Il nous faut donc expliquer cet article, dont l'intelligence nous est d'autant plus nécessaire, que tout ce que nous avons de charité et d'amour nous est donné par la grâce de cet Esprit divin. " La charité de Dieu, dit saint Paul (Rom. 5. 5.), est répandue " dans nos cœurs par le Saint-Esprit qui nous a été donné. Et '* il dit ailleurs (Ibid. 8. 26.) : Le Saint-Esprit prie pour nous '■ avec des gémissements ineffables."

Saint Esprit.

Nous commençons par la propre signification de ces mots, Saint-Esprit, qu'il est nécessaire de bien entendre, pour ne rien confondre dans le mystère de la très sainte Trinité: car ces termes conviennent à la première et à la seconde Personne aussi l)ien qu'à la troisième, et il est vrai de dire que le Père est un Esprit saint, et que le Fils est un Esprit saint, comme il est vrai le dire que la troisième Personne est un Esprit saint, ou un Saint-Esprit; la raison est que la sainteté et la spiritualité sont (les perfections communes aux trois Personnes. Les anges mêmes, et les âmes qui jouissent de Dieu dans le ciel, sont aussi -les esprits saints. Ils sont esprits, parce qu'ils sont dégagés de la matière, et ils sont saints, parce qu'ils possèdent Dieu dans le lieu de la sainteté.

Ce nom néanmoins est particulièrement attribué à la troisième Personne de la très sainte Trinité, comme nous l'apprenons des saintes Lettres, tant de l'Ancien que du Nouveau Testament. David faisait ainsi sa prière à Dieu (Ps. 50. 11.): "Mon Dieu, '• donnez-moi un cœur net, et renouvelez dans le fond de mes '• entrailles l'esprit de droiture et de justice. Ne iiio rejetez point " de devant votre face, et ne retirez point de moi votre Saint- '• Esprit. Rendez-moi la joie de votre salut, et fortifiez-moi de " votre Esprit principal."

Nous lisons aussi dans le livre de la Sagesse (9. 17.) : "Qoi " pourra, Seigneur, pénétrer dans vos pensées, si vous ne lui '* donnez votre sagesse, et si vous ne lui envoyez du ciel votre " Saint-Esprit? Et le sage dit ailleurs: Dieu a créé la sagesse " par le Saint-Esprit."

Et dans le Nouveau Testament, Jésus-Christ a ordonné que nous soyons baptisés au nom du Père, du Fils, et du Saint-Esprit. Nous trouvons pareillement que la très sainte Vierge a conçu par l'opération du Saint-Esprit. Et saint Jean-Baptiste nous renvoie à Jésus-Christ (Joan. 1. 33.), " afin que nous soyons bap- ** tisés, non d'un baptême d'eau tel qu'était le sien, mais d'un " baptême de feu et du Saint-Esprit."

Encore dis-je que ce nom soit commun aux trois Personnes, il est néanmoins attribué à la troisième, comme nous avons remarqué, avec beaucoup de raison ; parce que c'est cet Esprit .•^aint qui nous donne la vie spirituelle, et que sans la grâce de ses inspirations, nous serions morts spirituellement, et ne pourrions rien faire qui fût digne de la vie éternelle. Et de plus, il n'en est pas de la troisième Personne comme de la seconde. Cette seconde est justement appelée Fils, parce qu'elle procède par la voie de l'entendement, qui est une véritable génération. Mais la troisième procède par la voie d'amour : et d'autant qu'il n'y a point de nom propre pour exprimer cette sorte de procès^ sion, on lui donne le nom de spiration, et à celui qui procède le nom d'Esprit; et de la sorte le nom de Saint-Esprit qui était commun aux trois Personnes, est demeuré propre à la troisième.

Cette Personne sainte et adorable procède des deux autres, comme je viens de renmrquer. Et l'Eglise le chante dans le symbole de saint Athanase. " Le Saint-Esprit est du Père et du " Fils, non fait, non créé, non engendré, mais procédant." Celui " de Nicée dit la même chose : Je crois au Saint-Esprit, Seigneur, " vivifiant, qui procède du Père et du Fils; qui est adoré et glo- " rifié conjointement avec le Père et le Fils; et qui a parlé par " les prophètes." C'est pourquoi cet Esprit saint est appelé dans l'Ecriture tantôt l'Esprit du Père, et tantôt l'Esprit du Fils, pour nous apprendre qu'il procède de tous les deux.

Il est appelé l'Esprit du Père dans saint Matthieu (10. 20.), où Notre-Seigneur dit à ses Apôtres : '' Ce n'est pas vous qui " parlez, mais c'est l'Esprit de votre Père qui parle en vous." Et dans le fameux sermon de la cène le même Sauveur dit (Joan. 15. 26.) : " Le consolateur que je vous enverrai de la part de " mon Père, cet Esprit de vérité, qui procède du Père, donnera " témoignage de moi." Et plus bas : " Le Saint-Esprit que mon * Père vous enverra on mon nom, vous enseignera toutes choses."

Cet Esprit adorable est aussi appelé l'Esprit du Fils dans l'épître aux Romains (8. 9.), où saint Paul dit: " Celui qui n'a '* pas l'Esprit de Jésus-Christ, n'est pas du nombre des siens.'' Et aux Galates (4. 6.) : " Dieu a envoyé dans vos cœurs l'Esprit " de son Fils qui vous fait crier Abba, Père."

De ces passages où le Saint-Esprit est quelquefois appslé l'Esprit du Père, et quelquefois l'Esprit du Fils, nous devons inférer (ju'il procède de l'un et de l'autre. Dans cette procession néanmoins, il ne faut pas compter les personnes d'où il procède qui sont deux, mais le principe qui est unique. Le Saint-Esprit est jimour, et par conséquent il procède de la volonté, et comme il n'y a qu'une seule volonté dans le Père et dans le Fils, il s'ensuit qu'il procède du Père et du Fils, non comme de deux principes, mais comme d'un seul principe.

Le Saint-Esprit procédant du Père et du Fils, est Dieu comme le Père et le Fils; il est comme eux immense, infini, incompréhensible; tout bon, tout siiire, tout puissant, de même nature, de même gloire, de même majesté. Eternel, Créateur, Seigneur tle toutes choses.

Saint Pierre prouve la divinité du Saint-Esprit aux Actes des Apôtres (5. 3.), où il parle ainsi à un chrétien nommé Ananias : '• Pourquoi, Ananias, votre cœur a-t-il consenti à la tentation de '* Satan, mentant au Saint-Esprit et retenant une partie du prix '* de la terre que vous ave/, vendue? ce n'est pas aux hommes " que vous avez menti, mais à Dieu." Nous voyons dans ce pas- .sage, que saint Pierre appelle Dieu celui qu'il avait un peu auparavant appelé Saint-lOsprit.

11 faut faire le même raisonnement de ces paroles, que saint Paul écrit aux Corinthiens (L Cor. 12. 5.): "Il y a diversité de "dons, mais il n'y a qu'un même Esprit; il y a diversité de " ministères, mais il n'y a qu'un même Seigneur ; il y a diver- " site d'opérations, mais il n'y a qu'un même Dieu qui opère " tout en tous." Et ce saint Apôtre, après avoir rapporté par le monu quels sont ces dons, ces ministères, ces opérations que Dieu fait dans les hommes, il conclut en cette sorte : '* Or, c'est " un seul et même Esprit qui opère toutes ces choses, distribuant " à chacun ses dons selon qu'il lui plaît." Nous voyons dans ce passage que tantôt le Saint-E«prit est appelé Dieu, et tantôt i est appelé Saint-Esprit.

Il lie faut donc point douter que le Saint-Esprit ne soit Dieu comme le Père et le Fils, mais plutôt nous sommes obligés de croire et de confesser cette vérité. Saint Jean dit (I. Joan. 5. 7.) : *' Il y en a trois qui donnent témoignage dans le ciel, le Père, le '* Verbe, et le Saint-Esprit; et ces trois ne sont qu'un." Par où l'on voit que ce saint Evangéliste met ces trois divines Personnes dans un même degré d'honneur. Notre-Seigneur les y avait mises avant lui, commandant à ses apôtres de baptiser les hommes au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit (Matth.28. 19.). Saint Paul et les autres apôtres ont parlé de la même manière, ne les distinguant jamais dans leur nature, ni dans leur majesté, mais seulement dans leurs personnes.

De plus, l'Ecriture sainte attribue au Saint-E-prit des choses qui ne conviennent qu'à la divinité, comme sont l'honneur de>^ temples et la grâce de la sanctification: car il n'y a que Dieu à qui l'on puisse ériger de.s' temples et des autels, et lui seul aie pouvoir de nous sanctifier. Pour l'honneur des temples, saint Paul dit (I. Cor. 6. 19.): " Ne savez-vous pas que votre corps *• est le temple du Saint-Esprit qui réside en vous et que Dieu " vous a donné, en sorte que vous n'êtes plus à vous-mêmes? " Et pour marquer encore plus expressément que cet Esprit saint, dont nous sommes les temples, est Dieu, l'Apôtre conclut en (totte manière: " Glorifiez donc et portez Dieu dans votre corps." Ce saint Apôtre dit le même encore plus clairement dans un autre endroit (I. Cor 6.15.): "Ne savez-vous pas que vous " êtes le temple de Dieu, et que l'esprit de Dieu habite en vous? " Si quelqu'un profa^ie le temple de Dieu, Dieu le détruira : car " le temple de Dieu est saint, et ce temple, c'est vous-mêmes."

Quant à la justification, ce saint Apôtre dit (T. Cor. 6. 11.) : " Vous avez été lavés, vous avez été sanctifiés, vous avez été ''justifiés au nom de Notro-Seijzneur Jésus-Christ, et par l'Es- " prit de nt)tre Dieu. Et dans la seconde épître aux chrétiens de " Thessalonique (2.12.), il dit: Pour nous, mes frères bien- " aimés en Notre-Seigneur, nous nous croyons obligés de rendre " à Dieu des actions de grâces continuelles pour vous, de ce qu'il " vous a choisis dès le commencement pour vous sauver par la " sanctification de l'Esprit, et par la foi de la vérité."

Or, le Saint-Esprit est tellement Dieu, qu'il est néanmoins une personne réellement distincte des deux autres. Los passages

que nous avons apportés pour montrer qu'il procède du Père eà du Fils prouvent cette vérité: car ce qui procède et ce qui est produit, est nécessairement distinct <iu principe d'où il procède, et qui le produit. Et de plus saint Jean que nous avons déjà cité, dit (I. Joan. 5. 7.): " Qu'il y en a trois qui rendent témoi- " gnage dans le ciel, le Père, le Verbo, et le Saint-Esprit; et " que ces trois ne sont qu'une ?eule cho=e.'' Quand il dit que les trois personnes sont une même chose, il entend qu'elles sont un même Dieu; et quand il «lit qu'il y a tiols personnes, il montre qu'elles sont distinctes ; car le nombre les multiplie, et où il y a multiplication, il y a aussi distinction.

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