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INSTRUCTION XIV

CONTINUATION DU MÊME ARTICLE

Les vivants et les morts.

Il y a deux temp=5 auxquels tous les hommes doivent comparaître devant Jésus-Christ comme juge. Le premier est celui de la mort: car au moment que l'âme sort du corps elle est présentée devant son tribunal pour rendre compte de toutes les pensées, de toutes les actions, et de toutes les paroles de sa vie, et pour être ensuite jugée selon le bien ou selon le mal qu'elle aura fait. C'est ce que l'on appelle jugement particulier, parce que la discussion ne s'en fait qu'entre le juge et l'âme particulière qui est jugée.

Le second sera à la consommation des siècles, lorsque tous les

Ihommes seront assemblés en un même jour et en un même lieu

devant ce Juge redoutable, pour rendre compte de leur vie

devant tout le monde, et pour recevoir l'arrêt qui sera prononcé,

iït qui ne sera que comme une confirmation et une déclaration

publique de celui qui aura été prononcé au jugement particulier.

Ce jugement est appelé général et universel, parce qu'il se fera

m présence des anges et des hommes, et que le livre des cons-

îiences sera ouvert, afin que le bien et le mal que l'on y a tenu

;aché durant la vie, soit publié et connu à tout le monde. Ce

lera sans doute une très grande satisfaction aux bons, de se voir

liglorieusementjustifiés,etuneconfusionmortel]eaux méchants,

ie voir tant de témoins de leurs péchés et de leur condamnation.

11 est convenable à la justice de Dieu, qu'outre le jugement

particulier, il y en ait encore un universel et général : car comme il y a des pécheurs qui se couvrent du manteau de l'hypocrisie, afin de paraître saints aux yeux du monde; et au contraire, qu'il y a des saints que l'on persécute, comn)e coupables et criminels, il est juste que la vérité soit manifestée, et que chacun paraisse ce qu'il a été en effet.

il est juste encore que la conduite de la providence de Dieu soit justifiée contre les plaintes que le monde ne fait que trop souvent, et que les saints mêmes ont faites quelquefois, quoique avec respect, et en adorant ses jugements, voyant que les impies prospèrent en toutes choses, et que rien ne leur manque en cette vie; et au contraire que les gens de bien sont quasi continuellement affligés de disgrâces, et de la perte de leurs biens. C'est la plainte que faisait David dans la soumission de son cœur à l'ordre de la divine providence (Ps. 72. 1. 5. 12.) : " Que Dieu " est bon à ceux qui ont le cœur droit! Néanmoins mes pieds ''ont été presque ébranlés, et j'ai été tout prêt de tomber: " parce que j'ai été piqué de jalousie, voyant la paix où vivent *' les pécheurs. Ils ne sentent point les misères humaines, et ils " ne sont point châtiés comme le reste des hommes. C'est pour- " quoi ils en sont plus insolents, et ils sont comme ensevelis dans " l'injustice et dans l'impiété. Voilà comme les pécheurs et " comme les heureux du siècle possèdent les plus grands biens. " Et pour moi, il faut que je dise que c'est en vain que j'ai porté '* mon cœur du côté de la justice, et que je me suis mis du parti " des innocents pour faire de bonnes œuvres : puisque je sui.s " affligé tout le jour, et que mon affliction commence dès le " matin."

Et le prophète Jérémie (12. 1.) dit: " Vous êtes équitable à la " vérité, 8eigneur,si j'ose vous dire mon sentiment: néanmoins, " ce que je vous vais dire, me paraît juste. Pourquoi la vie des "' impies est-elle dans la prospérité, en sorte que tous ceux qui '' contreviennent à votre loi, et qui commettent des injustices, " prospèrent en toutes choses ? Vous les avez mis dans le monde " comme des arbres que l'on plante dans une bonne terre, et ils '• y ont jeté de profondes racines; ils fleurissent et ils font du "• fruit. Votre oreille est proche de leur bouche, pour les écouter " quand ils vous demandent quelque chose, et il senible que vous " vous éloignez de leur dos, pour ne les point châtier quand ils

** font mal. Vous me connaissez, Seigneur, et il semble que vous *' ne me regardiez que pour m'afïliger, et pour mettre mon cœur " à Fépreuve."

C'est ainsi que les saints admirent et adorent la conduite de Dieu ; mais les pécheurs en murmurent. C'est pourquoi il est convenable qu'il y ait un jour auquel Dieu fasse voir à tout le monde qu'il est saint en toutes ses voies, et que ce qui paraît une injustice à la raison humaine, est en Dieu la justice même.

Il viendra juger.

Jésus-Christ sera donc le Juge de tous, non seulement comme Dieu, mais aussi comme homme, ainsi qu'il le déclare lui-même (Joan. 5. 26.), quand il dit : '' Comme le Père a la vie en lui- " même, il a aussi voulu que le Fils eût la vie en lui-même, et " il lui a donné le pouvoir de juger, parce qu'il est Fils de ** l'homme. Et que cela ne vous étonne point; car le temps " viendra, auquel tous ceux qui sont dans les tombeaux enten- " dront sa voix ; et ceux qui auron t fait de bonnes œuvres en sor- " tirent pour ressusciter à la vie, et ceux qui en auront fait de " mauvaises, en sortiront pour ressuscitera leur condamnation." Et il dit au même chapitre : " Le Père ne juge personne, mais " il a donné tout le jugement au Fils." Ce n'est pas que le Père et le Saint-Esprit ne jugent avec le Fils, car comme nous avons dit ailleurs, tout ce qu'une Personne de la Trinité fait au dehors, les deux autres le font indivisiblement avec elle. Notre-Seigneur dit un peu plus haut : " Le Fils ne peut rien faire que ce qu'il '' voit faire au Père, et tout ce que le Père fait, le Fils le fait " avec lui. Comme le Père ressuscite les morts et leur donne la " vie, de même le Fils donne la vie à qui il lui plaît." L'on dit néanmoins que c'est le Fils qui jugera les vivants et les morts, parce qu'il apparaîtra dans sa chair humaine, afin que les hommes étant ressuscites, le puissent voir des yeux corporels, et entendre leur sentence de leurs propres oreilles. Et de plus, il était convenable que celui-là même que les hommes avaient si injustement jugé et condamné, fi\t le Juge des hommes et de ses juges mêmes. Le Prince des Apôtres toucha cette raison, lorsqu'il enseignait au centurien Corneille les principaux articles de notre foi : car après lui avoir déclaré que Jésus-Christ avait été attaché à la croix pour le salut des hommes, qu'il était ressus-

cité le troisième jour, qu'il était monté glorieux et triomphant dans le ciel, il lui dit (Act. 10. 42.) " qu'il était établi de Dieu " pour être le Juge des vivants et des morts, et qu'il avait ordre " de prêcher cette vérité au peuple."

Quant aux signes qui doivent devancer cet effroyable jugement (Matth. 24. 1.), Notre-Seiiineur en rapporte plusieurs, mais les plus considérables sont : Que l'Evangile sera premièrement prêché par tout le monde, qu'il y aura une rébellion et une révolte presque universelle, et que cette révolte se fera par la venuo de l'Antéchrist, comme saint Paul ncuis l'enseigne par ces paroles (II. Thess. 2. 3.) : " Ne vous laissez séduire en aucune " manière, car le jugement ne se fera point que la révolte ne " soit auparavant arrivée, et que l'homme de péché et de per- " dition n'ait paru; cet homme, dis-je, (jui s'opposera au véri- " table Christ, et qui s'élèvera au-dessus de tout ce qui est appelé " Dieu, et de ce qui est adoré; jusqu'à s'asseoir dans le Teniple " de Dieu, voulant lui-même passer pour une divinité."

La sentence finale que le Juge prononcera, sera pleine de consolation pour les justes, et de terreur pour les pécheurs. S'adressant aux premiers qui seront à sa main droite, il leur dira (Matth. 25. M.) : "Venez, les bénis de mon Père, possédez le " royaume qui vous a été préparé dès le commencement du " monde ; car j'ai eu faim, et vous m'avez donné à manger ; " j'ai eu soif, et vous m'avez donné à boire; j'ai été voyageur, " et vous avez exercé envers moi l'hospitalité ; j'ai été nu, et " vous m'avez revêtu; j'ai été malade, et vous m'avez visité; *' j'ai été en prison, et vous m'êtes venu voir.

" Le Juge dira ensuite à ceux qui seront à sa gauche : Reti- " rez-vous de moi, maudits, et allez au feu éternel, qui a été " préparé pour le diable et pour ses anges, car j'ai eu faim, et " vous ne m'avez pas donné à manger; j'ai eu soif et vous ne " m'avez pas donné à boire ; j'étais voyageur, et vous ne m'avez "pas logé; j'étais nu, et vous ne m'avez pas revêtu; j'ai été " malade et en prison, et vous ne m'avez pas visité."

Par ces mots, Allez^ maudits, que le Juge dira aux réprouvés, il faut entendre la peine du dam, qui consiste dans la privation éternelle de la vision de Dieu, sans espérance de la pouvoir jamais posséder : et ce mot, maudits, augmentera infiniment leur douleur, parce qu'il leur apprendra qu'ils ne seront jamais

trouvés dignes de bénédiction. Et par ces paroles, au feu éternel, il faut entendre une autre sorte de peine qu'on appelle du sens ; parce qu'elle affligera l'âme et le corps d'une manière bien plus sensible que tous les tourments imaginables.

Le Juge dira que ce feu est préparé pour le diable et pour ses anges, ce qui sera un surcroît de supplice aux réprouvés de se voir pour jamais en la compagnie des démons.

Il dira enfin que ce feu sera éternel, c'est-à-dire que la peine des damnés n'aura jamais de fin, ce qui leur causera un désespoir enragé et fera la consommation de leur malheur.

Par cet article, nous sommes obligés de croire : 1. Que Jésus- Christ viendra juger tous les hommes. 2. Qu'il les jugera non seulement comme Fils de Dieu, mais encore comme Fils de l'homme. 3. Qu'il y aura deux jugements, l'un particulier à la fin de la vie, l'autre général à la fin des siècles. 4. Que le jour du jugement est assuré, mais inconnu. 6. Que ce jour sera devancé de plusieurs signes effroyables. 6. Que chacun sera jugé selon le bien ou le mal qu'il aura fait durant sa vie. 7. Que l'exécution de la sentence, soit pour le bien, soit pour le mal, n'aura jamais de fin.

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