EXPLICATION DU NEUVIÈME ARTICLE
La sainte Eglise cathelique.
Cet article renferme la grâce de notre vocation, parce que Dieu ne nous a ap{:)elés que pour nous incorporer à son Eglise et nous faire membres du corps mystique de son Fils. Afin donc de bien comprendre l'excellence de cet incomparable bienfait, il est nécessaire de bien savoir tous les points que cet article nous oblige de croire.
VÉglise.
Le mot d'Eglise en général signifie assemblée, soit qu'on le prenne en mauvaise part, comme le prenait le Prophète quand il disait (Psal. 25. 5.) *• "J'ai en aversion l'Eglise, c'est-à-dire " l'assemblée des méchants; " soit qu'on le prenne dans un sens contraire, comme on le prend en cet article. L'Eglise donc, comme on l'entend ici, est une assemblée, une congrégation, une convocation de fidèles, appelés à la lumière de la vérité et à la connaissance du vrai Dieu, afin qu'étant délivrés des ténèbres de l'ignorance et de l'erreur, ils l'aiment de tout leur cœur, et le servent avec fidélité. Saint Augustin (Aug. in Ps. 149.) dit en peu de mots que VEglise est lepeuple chrétien dispersépar tout le monde, mais uni par la, foi.
Cette explication nous apprend la bonté inefiable de Dieu en notre endroit, de nous avoir si amoureusement appelés, et la difiérence qu'il y a entre l'Eglise et les autres assemblées du monde. Il nous a appelés intérieurement par l'inspiration secrète de son Saint-Esprit, et extérieurement par la voix et par le travail des prédicateurs. Et au lieu que les assemblées du monde sont gouvernées par la raison et par la prudence humaine qui est souvent sujette à l'erreur et à la malice, celle de l'Eglise est conduite par la sagesse de Dieu qui ne se peut tromper dans ses conseils, et qui est saint en toutes ses voies.
Ce qui fait voir l'excellence et la dignité de l'Eglise, est que ce ne sont point les anges ni les hommes qui en sont les auteurs, mais Dieu seul tout-puissant et immortel, qui l'a fondée sur la
pierre ferme, comme le Prophète l'avait prédit dans 1a figure du temple ancien, ou de l'ancienne Sion : '* Ses fondements sont ** posés sur les montagnes saintes (Ps. 86. 1.)- L'on dira de voua " des choses glorieuses, ô sainte cité, c'est le Seigneur même qui " l'a fondée." C'est pour cela aussi que cette Eglise sainte est appelée l'héritage de Dieu, parce qu'elle est l'ouvrage de sa puissance, et que les fidèles qui la composent, sont son peuple particulier: "Heureuse la nation, <lit le même Prophète (Ps.32. 12.1, " qui a le Seigneur pour son Dieu ; heureux le peuple qu'il a ** choisi pour son héritage. Le Seigneur le regarde du ciel; il " regarde tous les enfants des hommes du haut de la demeure '* qu'il leur a préparée."
De là vient aussi que la puissance de l'Eglise est toute divine, et surpasse toutes les puissances humaines, et même celles des anges, comme est le pouvoir qu'elle a d'ouvrir et de fermer le ciel, de remettre les péchés aux pénitents, d'excommunier les rebelles, de consacrer le corps et le sang de Jésus-Christ.
Cette Eglise sainte a deux chefs, l'un invisible qui est Jésus- Christ; l'autre visible qui est le Pontife romain, légitime successeur de saint Pierre.
Jésus-Christ est tellement Chef de l'Eglise, qu'il en est aussi le corps, le Pontife et le Seigneur.
II en est le chef, comme dit saint Paul (Ephes. 1. 20.): ** Dieu " l'a fait asseoir à sa droite au-dessus de toutes les principautés, " de toutes les puissances, de toutes les vertus, de toutes les " dominations. Il a mis toutes choses à ses pieds, et il l'a donné '* pour chef à toute son Eglise." Le même dit encore au même lieu, "qu'il est le corps de son Eglise. L'Eglise est le corps de " Jésus-Christ, dans laquelle celui qui fait tout en tous trouve " l'accomplissement et l'intégrité de tous ses membres, qui sont " les fidèles." Et ailleurs parlant aux fidèles (I. Cor. 12. 27.), il dit : " Vous êtes le corps de Jésus-Christ, et chacun de vous " est un de ses membres." Et encore au même lieu : " Comme " notre corps n'étant qu'un, est composé de plusieurs membres; " et qu'encore qu'il y ait plusieurs membres, ils ne sont néan- " moins qu'un même corps; il en est de même de Jésus-Christ."
Ce divin chef de l'Eglise en est aussi le souverain Pontife: " Nulle créature, dit saint Paul (Haîbr. 4. 13.), ne lui est cachée, " tout est à nu et à découvert devant les yeux de Celui à qui
" nous parlons. Ayons donc Jésus pour grand Pontife, demeu- *' rons fermes dans la foi." Je ne rapporterai pas plus au long les paroles de ce saint Apôtre, qui emploie plusieurs chapitres à prouver le sacerdoce de Jésus-Christ.
Il est aussi le Maître et le Seigneur de l'Eglise, parce qu'il se l'est acquise au prix de son sang, tomme témoigna saint Paul lorsqu'il prit congé des prêtres d'Ephèse pour ne les plus revoir : ** Prenez garde à vous-mêmes, et à tout le troupeau sur " lequel le Saint-Esprit vous a établis pour y veiller et pour gou- ** verner l'Eglise de Dieu, qu'il a acquise par son propre sang " (Act. 20. 28.)." C'est pour cela que saint Pierre appelle les fidèles le peuple d^acquisition (I. Pet. 2. 9.).
Notre-Seigneur n'aurait pas, ce semble, assez pourvu à son Eglise, si se retirant d'elle pour la gouverner invisiblement, il ne lui avait donné un chef et un pontife visible pour la gouverner en son nom. Il était convenable que l'Eglise étant un corps visible, elle eût un chef qui fût visible comme elle. Secondement, les fidèles qui sont les membres de l'Eglise étant dispersés par tout le monde, il était nécessaire qu'ils eussent un chef dans lequel ils se pussent unir. En troisième lieu, quand il y a plusieurs personnes indépendantes les unes des autres, il faut qu'elles aient un chef qui les gouverne, et à qui elles obéissent unanimement, autrement chacun fait comme il entend, et ce n'est que confusion, comme nous voyons dans les difië rentes sectes des hérésies, qui croient ce que bon leur semble, et qui ne s'accordent point entre elles, parce qu'elles n'ont point de chef universel qui les gouverne et qui règle leur créance.
Notre-Seigneur donc, quittant le monde, a laissé saint Pierre pour être chef visible de l'Eglise. '*Vous êtes Pierre, lui dit-il " (Matth. 16. 18.), et sur cette pierre j'édifierai mon Eglise; et " les portes de l'enfer ne prévaudront point contre elle. Et je " vous donnerai les clefs du royaume du ciel, et tout ce que vous '* lierez sur la terre, sera lié dans le ciel ; et tout ce que vous " délierez sur la terre, sera délié dans le ciel." Et une autre fois après que ce divin Sauveur fut ressuscité, il dit au même apôtre (Joan. 21. 15.): " Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Pierre lui " répondit : Oui, Seigneur, vous savez que je vous aime. Jésus *' lui dit : Paissez mes agneaux. Il lui demanda une seconde '* fois; Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Pierre lui répondit;
" Oui, Seigneur, vous savez bien que je vous aime. Jésus lui " dit: Paissez mes agneaux. Il lui demanda pour ia troisième '* fois: Simon, fils de Jean, m'aimez-vous? Pierre, attristé de ce " qu'il lui demandait pour la troisième fois, m'aimez- vous? lui " répondit: Seigneur, vous connaissez toutes choses, vous savez " que je vous aime. Jésus lui dit: Paissez mes brebis." Le Fils de Dieu nous donne à entendre par ces paroles qu'il établit saint Pierre le chef et le pasteur de toute son Eglise. D'autant que par les agneaux, il faut entendre le simple peuple qui a besoin de nourriture; et par les brebis, il faut entendre les pasteurs mêmes qui donnent le lait et la nourriture aux peuples.
Le Fils de Dieu donnant saint Pierre à son Eglise pour en être le chef visible, il lui a aussi donné tous ses successeurs légitimes, savoir les pontifes romains, car s'il eût borné cet honneur de chef à saint Pierre, ce saint apôtre étant mort, l'Eglise eût été dépourvue de ce qui lui était nécessaire ; elle aurait été un oorps sans tête, et elle fût tombée dans le même inconvénient que s'il ne lui eût point du tout donné de vicaire pour la gouverner en son absence sensible.
L'Eglise est divisée en deux parties qui sont l'Egliee militante et l'Eglise triomphante, et ces deux parties ne font qu'une seule Eglise de laquelle Jésus-Christ est l'époux et le chef. Il est le chef et l'époux de la militante, savoir de ce corps de fidèles qui sont encore exposés en cette vie aux attaques et aux combats de leurs enneniis, qui sont le monde, le diable, la chair, le péché. Il a lui-même expliqué cette vérité, quand il a dit (Matth. 22. 2.) qu'un certain roi a fait des noces à son fils, car ce Roi, c'est Dieu; ce Fils, c'est Jésus-Christ; l'Epouse, c'est l'Eglise. Il est aussi le chef et l'époux de l'Eglise triomphante, comme témoigne saint Jean dans l'Apocalypse, où il dit (19. 7.): "Réjouissons-nous et soyons ravis de joie, et " rendons-lui la gloire, parce que les noces de l'agneau sont " venues, et que son épouse est préparée à le recevoir. Houreux " ceux qui sont appelés au souper des noces de l'agneau."
Quant à ceux qui sont dans le purgatoire, ils n'appartiennent ni à l'Eglise militante, ni à l'Eglise triomphante, mais ils sont dans la voie pour aller de l'une à l'autre quand ils auront (uitièrement satisfait à la justice de Dieu L'on pourrait appeler cette portion de fidèles une église soutirante, qui n'appartient pas moins à Jésus-Christ que les deux autres.
Le corps de l'Eglise militante est composé de bons et de méchants, comme nous l'apprenons de l'Evangile (Mattb. 22. 8.) " Le roi dit à ses serviteurs : Le festin des noces est prêt ; allez " dans les carrefours, et appelez aux noces tous ceux que vous " trouverez. Les serviteurs s'en allèrent par les ruep, et asseni- " blèrent les bons et les mauvais qu'ils rencontrèrent, et ainsi '• la salle des noces fut remplie."
Notre-Seigneur nous a encore fait entendre cette vérité par Itlusieurs paraboles, savoir par celle du filet jeté dans la mer, et dans lequel l'on prit quantité de bons et de méchants poissous, par celle du champ semé de froment et d'ivraie, par celle de la grange remplie de grain et de paille, par celle des dix vierges dont une partie était sage et l'autre folle.
Nous avons même une figure bien précise de ce mélange dans l'arche de Nop, dans laquelle les animaux puis et leS animaux impurs étaient mêlés. Cette figure doit être d'une grande considération, d'autant que saint Pierre s'en sert pour prouver ce que nous disons (I. Pet. 3. 20.). L'arche est la figure de l'Eglise, les animaux purs représentent les bons, les impurs marquent les méchants et le déluge exprime la perte inévitable de ceux qui sont hors de l'Eglise.
Le corps de l'Eglise est donc composé de justes et de pécheurs, et la foi seule suffit pour les faire membres de Jésus-€hrist, mais ils le sont bien diversement, les justes soïit des membres vivants par la grâce et par la charité, qui vivent dans l'espérance de leur salut éternel ; et les pécheurs, comme des membres morts et paralytiques, ne participent point aux influences ni à la vie de leur chef; et s'ils ne se convertissent, ils seront réprouvés comme les folles vierges dont nous avons parlé, et jetés au feu comme la paille et l'ivraie.
INSTRUCTION XVTII.
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Des marques de la véritable Eglise. — La sainteté.
L'Eglise a des propriétés et des marques qui la font connaître et qui la distinguent des autres sectes de religion. La première est celle que nous croyons en cet article, savoir, qu'elle est sainte.
Elle est sainte, en effet, parce que Jésus-Christ l'a lavée et purifiée dans son sang, comme saint Paul le témoigne en ces termes (Ephes. 5. 25.): ''Jésus-Christ a aimé son Eglise, et s'est '• livré lui-même pour elle, afin de la sanctifier, après l'avoir ** purifiée dans le baptême de l'eau par la parole de vie, pour la * faire paraître devant lui pleine de gloire, n'ayant ni tache, ni " ride, ni rien de semblable, mais étant sainte et irrépréhen- " sible." Saint Jean dit le même dans l'Apocalypse (1.5.): " Jésus-Christ nous a aimés et lavés de nos péchés dans son " sang, et nous a faits rois et prêtres de Dieu son Père."
Secondement, elle est sainte, parce qu'il se l'est dédiée et consacrée: "Vous êtes, dit le prince des Apôtres (I. Pet. 2. 9.), la " race choisie, le sacerdoce royal, la nation sainte, le peuple de " conquête, afin que vous publiiez les grandeurs de Celui qui ** vous a appelés dans son admirable lumière. Vous qui autre- " fois n'étiez point son peuple, mais qui maintenant êtes le " peuple de Dieu, vous qui autrefois n'aviez point obtenu misé- " ricorde, mais qui maintenant avez obtenu miséricorde." Et, en effet, comme les temples, les autels, les vases sacrés, les habits sacerdotaux, les premier- nés même étaient appelés saints parce qu'ils étaient dédiés et consacrés à Dieu ; de même l'Eglise est sainte, et les fidèles sont saints, parce qu'ils se sont dédiés et consacrés à Dieu par la fof et par le baptême. C'est ainsi que saint Paul appelle les chrétiens de Corinthe saints (t sanctifia (L Cor. 1. 2.).
L'Eglise est encore appelée sainte, parce qu'elle fait un corps qui est uni à Jésus-Christ comme à son chef, qui est la source de toute sainteté, d'où découlent toutes sortes de grâces dans le corps et dans les membres. Le prophète (Ps. 132. 1.) explique cette comparaison quand il dit : " Oh 1 qu'il est bon, et qu'il est
'•' doux que les frères vivent ensemble dans l'union ! Cette union •' est semblable à cette huile de parfum répandue sur la tête ••' d'Aaron, qui descendit sur tous les poils de sa barbe, et qui " découla sur le bord de son vêtement ; elle est semblable à la '* rosée d'Hermon qui tombe sur la montagne de Sion, car c'est " là que le Seigneur répand ses bénédictions et la vie qui ne '* finira jamais."
Enfin l'Eglise est sainte, parce que tout ce qui est dans l'Eglise, tout ce qui s'y fait, et tout ce qui s'y enseigne est saint ; ses lois sont saintes, ses Sacrements sont saints, son sacrifice est saint, ses ministres sont saints, tout son corps est saint, l*Epprit qui l'anime et qui la gouverne est saint, car ce que le Fils de Dieu dit à l'Eglise même (Cant. 4. 7.) sera toujours véritable : " Vous " êtes toute belle, ô ma bien -aimée, et l'on ne peut remarquer *' en vous aucune tache." Que si ses membres commettent des péchés et quelquefois de grands crimes, cela n'est point de l'Eglise, qui défend ces excès et qui les punit; mais de son ennemi, qui ne la pouvant corrompre dans son corps, tâche de la souiller dans ses membres.
Outre la sainteté, le symbole de Nicée y remarque encore d'autres propriétés, quand il dit et qu'il confesse qu'elle est une, catholique et apostolique.
La seconde propriété de l'Eglise est donc qu'elle est une, c'està-dire que hors d'elle, il n'y a point d'autre Eglise dans laquelle on puisse être sauvé. En signe de quoi ceux qui étaient dans l'arche furent sauvés du déluge, et ceux qui étaient dehors périrent tous. Et Jésus-Christ dit à son Eglise comme à son Epouse (Cant. 6. 8.) : " Vous êtes unique, ma colombe, vous êtes ** unique, ma très belle, et je n'en reconnais point d'autre que ** vous."
Elle est encore une, ou unique en elle-même, c'est-à-dire qu'elle est ennemie des schismes et des divisions. C'est pourquoi saint Paul exhorte les fidèles à conserver cette unité (I. Cor. 1. 10.): "Je vous conjure, mes frères, par le nom de '* Jésus-Christ Notre-Seigneur, d'avoir tous un même langage ** et de ne point souffrir parmi vous de schismes ni de divisions, ** mais d'être tous unis ensemble dans un même esprit et dans " un même sentiment." Et écrivant à ceux d'Ephèse (4. 3.), il dit quasi la même chose : " Travaillez avec soin à conserver
" l'unité d'un même esprit par le lien de la paix." Et pour montrer en détail que l'Eglise est une et indivisible en ellemême, il continue disant, " que dans l'Eglise il n'y a qu'un " corps, qu'un esprit, qu'une espérance à laquelle nous sommes " tous appelés : qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême, " qu'un Dieu qui est le Père de tous, qui est au-dessus de tous, " qui étend sa providence sur tous, et qui réside en nous tous." Ce saint apôtre veut dire par ce raisonnement qu'il est aussi impossible que l'Eglise soit divisée et qu'il y ait plusieurs Eglises, qu'il est impossible qu'il y ait deux Saints-Esprits, deux fins de notre espérance, deux Jésus-Christ, deux fois, deux baptêmes et deux Dieux.
La troisième marque ou propriété de l'Eglise est qu'elle est catholique, c'est-à-dire universelle ; car elle s'étend par tout le monde. Il n'y a point de peuple ni de nation qui n'y ait entrée, tous les hommes y sont reçus. "Et, comme dit saint Paul " (Col. 3. 11.), les barbares et les Scythes, les libres et les escla- '* ves, les hommes et les femmes, les pauvres et les riches, led " rois et les sujets y trouvent place." C'est pourquoi il est écrit (Apoc. 6. 9.) : " Vous avez été mis à mort. Seigneur, et vous *' nous avez rachetés pour Dieu au prix de votre sang, en nous " tirant de toutes les tribus, de toutos les langues, de tous les " peuples, et de toutes les nations." David fait parler le Père éternel à son Fils Notre-Seigneur, et lui fait dire (Ps. 2.8.): " Demandez-moi, et je vous donnerai toutos les nations pour " votre héritage, et toute l'étendue de la terre pour votre posses- " sion." Le même prophète dit (Ps. 71. 11.) : "Tous les rois de " la terre l'adoreront, et toutes les nations se feront honneur de " le servir." Il y a dans l'Ecriture une intinité de semblables passages, mais je me contenterai de rapporter ce que dit Notre- Seigneur parlant de l'établissement de son Eglise et de la réprobation des Juifs (Matth. 8. IL): "Je vous dis que plusieurs " viendront d'Orient et d'Occident, et auront place avec Abra- " ham, Tsaac et Jacob dans le royaume de Dieu; et les enfants " du royaume (qui sont les Juifs) seront jetés dans les ténèbres " extérieures." Et afin que cette prophétie fût accomplie, il en commit l'exécution à ses disciples, disant (Marc. 16. 15 et 20.) : " Allez par tout le monde, et prêchez l'Evangile à toutes les " créatures; celui qui croira et qui sera baptisé, sera sauvé, et
" celui qui ne croira pas, sera condamné. Et eux étant partis, *' prêchèrent partout, le Seigneur coopérant avec eux et confir- ** niant leur parole par les miracles qui l'accompagnaient."
L'Eglise n'est pas seulement universelle, parce qu'elle s'étend par tout le monde, et qu'elle comprend tontes sortes de personnes ; mais encore parce qu'elle contient l'espace de tous les temps et qu'elle doit durer depuis Adam jusqu'à la fin des siècles. Car encore que les patriarches et les saints de l'ancienne loi, et même de la loi de nature aient devancé le mystère de l'Incarnation du Verbe, c'est néanmoins la doctrine des saints Pères qu'ils appartenaient à l'Eglise, parce qu'ils croyaient en Jésus-Christ, et qu'ils n'ont fait les bonnes œuvres qui les ont sanctifiés et sauvés que par la grâce de ce divin Sauveur, qui leur a été donnée par anticipation. La différence qu'il y a entre leur foi et la nôtre, est qu'ils ont cru en Jésus-Christ qui devait venir, et nous croyons en Jésus- Christ qui est venu. Notre foi néanmoins a de grands avantages par-dessus la leur, et nous serons beaucoup plus coupables qu'eux, si nous n'en faisons un bon usage ; car outre la connaissance du Messie qui est commune à eux et à nous, nous avons sa doctrine, ses exemples, ses miracles et ses sacrements qu'ils n'avaient pas.
La quatrième propriété de l'p]glise est qu'elle est apostolique. Premièrement, parce qu'elle est fondée sur les apôtres qui en ont été les pierres fondamentales immédiatement posées sur Jésus-Christ, qui est la première pierre et le roc inébranlable. Voici comme parle saint Paul (Ephes. 2. 19.) : '*Vous n'êtes ** plus des étrangers hors de leurs pays, mais vous êtes citoyens " de la même cité que les saints, et domestiques de la maison de ** Dieu, édifiés sur le fondement des apôtres et des prophètes, " dont Jésus-Christ est la principale pierre."
2. L'Eglise est apostolique, parce qu'elle tient la doctrine que les apôtres lui ont enseignée, et que ses opinions ne sont point nouvelles comme celles des hérétiques, mais qu'elles sont aussi anciennes que l'Eglise même qui les a conservées de père en fils jusqu'à nous.
Enfin l'Eglise est apostolique, parce que le Saint-Esprit a été premièrement donné aux apôtres, et par eux à toute l'Eglise, dans laquelle il est toujours demeuré depuis pour la gouverner d'une manière invisible.
L'on pourrait ajouter à ces quatre propriétés de l'Eglise une cinquième, savoir qu'elle est infaillible, c'est-à-dire qu'elle ne peut errer quand elle détermine des matières de la foi, et qu'elle prescrit des règles de bien vivre. D'autant qu'elle est gouvernée par le Saint-Esprit qui ne peut inspirer l'erreur, ni conseiller la corruption des mœurs. Saint Paul nous apprend combien l'Eglise est éloignée de l'erreur et de la fausseté, quand il dit (I. Tim. 3. 15.) : " Apprenez comment vous vous devez conduire " dans la maison de Dieu, qui est l'Eglise du Dieu vivant, la " colonne et la base de la vérité."
Voilà donc les marques d'une véritable Eglise, qu'elle soit une, sainte, catholique, apostolique, et infaillible, et comme ces marques ou propriétés se rencontrent seulement dans l'Eglise Romaine, il s'ensuit que cette Eglise seule est la véritable lOglise, et que hors de cette Eglise, il ne faut point espérer de salut.