INSTRUCTION XIX
CONTINUATION DU MÊME ARTICLE
Sw ces dernières paroles: La communion des Saints.
Ces paroles ne font pas un article séparé dans le symbole, mais elles doivent être jointes aux précédentes, dont elles sont comme l'explication, et c'est autant que si nous disions: Je crois la sainte Eglise catholique qui est la communion des Saints.
La communion.
Le mot de communion signifie une société, une communication et participation que plusieurs personnes ont à une même cil ose.
Or, cette société et participation se trouve dans l'Eglise entre les fidèles. C'était la fin des prédications des apôtres, et particulièrement de saint Jean qui dit (L Joan. L 3.) : " Nous vous " j)rêchons ce que nous avons vu, et ce que noua avons entendu, *' afin que vous soyez admis avec nous dans une même société, " et quo notre société soit avec le Père et avec son Fila Jésus-
" Christ. Saint Paul confirme cette vérité disant (Coloss.l. 12.) : " Persévérez dans la douceur avec joie, rendant grâces à Dieu le *' Père qui, en nous éclairant de sa lumière, nous a rendus dignes " d'entrer dans la participation de la portion des Saints."
Il en est de l'Eglise comme d'une famille bien réglée, car tout ainsi que dans une famille tout est commun entre le père, la mère et les enfants; de même dans l'Eglise, qui est la famille de Jésus-Christ, tous les biens spirituels sont communs entre les fidèles.
. Les biens qui sont communs sont premièrement les sacrements par lesquels, comme par autant de liens, les fidèles sont unis à leur chef, qui est Jésus-Christ, et ils sont unis les uns avec les autres comme des membres avec leurs membres. Tous reçoivent les mêmes sacrements, et par ces sacrements ils entrent dans l'union, car, comme dit saint Paul (Ephes. 4. 5.) : " Il n'y a qu'un Seigneur, qu'une foi, qu'un baptême." Et le même apôtre reprend les chrétiens de Corinthe (I. Cor. 1. 12.) " qui étaient divisés entre eux, et qui se glorifiaient d'appar- " tenir à divers ministres, comme s'ils eussent reçu d'eux des " baptêmes différents." " Chacun de vous, dit-il, prend parti, en '' disant : moi, je suis à Paul, et moi je suis à Apollon, et moi je *' suis à Céphas, et moi je suis à Jésus-Christ. Jésus-Christ est-il " divisé? Est-ce Paul qui a été crucifié pour vous? ou bien *' avez-vous été baptisés au nom de Paul ? "
Mais le lien d'union le plus sublime et le plus étroit est l'Eucharistie, par laquelle tous ceux qui s'en approchent, s'unissent en Jésus-Christ. C'est pourquoi ce très saint Sacrement se fait dans le pain, qui est fait de plusieurs grains de blé, et dans le vin, qui est composé de plusieurs grains de raisin, pour noua apprendre que ceux qui mangent ce pain céleste, et qui boivent ce vin sacré, ne sont plus qu'un corps en Jésus-Christ. Et c'est pour cela que la participation de cette sainte Eucharistie est plus particulièrement appelée communion.
Secondement, les biens qui sont communs dans l'Eglise sont les vertus, les bonnes œuvres, les mérites des fidèles, en sorte que quand quelqu'un fait une bonne action, le mérite en devient commun à tous les autres, ainsi que témoigne le Prophète (Ps- 118. 63.) : " Je suis participant. Seigneur, de tous ceux qui vous "craignent et qui gardent vos commandements, c'est-à-dire, j<j
" suis participant des mérites et des biens spirituels de tous ** ceux qui vous craignent."
Ce mystère se peut expliquer par la comparaison des membres du corps, dont les opérations sont communes à tous, et ce que l'un ne peut faire par lui-même, il est censé le faire par un autre: l'œil parle par la langue, et la langue voit par l'œil ; les mains marchent par les pieds, et les pieds travaillent par les mains ; il en est de même des membres de l'Eglise : les pauvres participent aux aumônes des riches, et les riches participent à la patience des pauvres ; les contemplatifs participent à l'action des apôtres, et les apôtres participent aux prières des contemplatifs. C'est pourquoi saint Paul dit que les fidèles ne sont pas seulement membres du corps qui est l'Eglise, mais qu'ils sont encore membres les uns des autres (Rom. 12. 5.), pour montrer leur mutuelle union et leur dépendance.
Mais il faut remarquer que cette communion n'est pas seulement pour les biens, mais enco»e pour les maux ; en sorte que quand quelqu'un est affligé et dans la nécessité, les autres doivent prendre part à son affliction et à sa misère, et ensuite le consoler et le soulager; tout ainsi que dans le corps humain, quand un membre est blessé, tous les autres le servent et le soulagent.
En troisième lieu, les grâces que l'on appelle gratuites, comme sont la science, la prophétie, le don des langues, la grâce des miracles, et les autres de cette nature que Dieu donne par sa pure libéralité, sont encore communes, parce quelles sont données en faveur du corps, et non en particulier pour ceux à qui elles sont données ; d'où vient que Dieu les met quelquefois dans les pécheurs, comme saint Jean remarque qu'il fit prophétiser le misérable Caïphe parce i)u'il était grand prêtre (Joan., 11. 49.).
En un mot, tous les biens spirituels sont communs à tous. Nous avons tous le même Dieu, le même Seigneur, le même Père qui est au ciel, le même Sauveur, la même foi, les mêmes sacrements, le même sacrifice, la même loi, les mêmes Ecritures; et tout cela nous est tellement commun qu'il est tout à tous, et tout à chacun en particulier ; car Dieu est tout à moi et tout aux autres. Jésus-Christ est tout à moi et tout aux autres, le très saint Sacrement est tout à moi et tout aux autres, il en e>t de même du reste.
Des Saints.
L'article de notre foi ne dit pas simplement qu'il y a dans l'Eglise une communion, mais il ajoute, des Saints; pour nous apprendre que pour participer à la plupart des biens dont nous avons parlé, il faut être saint, c'est-à-diî-e, dans la grâce de Dieu. Car ceux qui sont dans le péché, étant des membres morts, ne peuvent recevoir les influences de la grâce ; tout ainsi que dans le corps humain, un membre sec et aride ne peut recevoir les esprits de vie qui se communiquent aux membres vivants.
Ceux néanmoins qui sont en péché mortel, encore qu'ils ne participent point aux grâces, aux bonnes œuvres et aux mérites de l'Eglise, ne laissent pas d'avoir quelque part à la communion des fidèles. 1. Parce qu'ayant la foi ils ne laissent pas, quoique morts, d'être unis au corps, ce qui est une disposition assez prochaine pour recevoir l'esprit de vie. 2. Ils peuvent recevoir beaucoup de secours de la part des justes pour se remettre dans la bonne voie. 3. Il y a quelques fruits de la communion des Saints où ils peuvent avoir part, comme sont les exhortations, les bons exemples, les corrections, les lectures saintes, la conversation des personnes dévotes.
Les points de cet article que nous sommes obligés de croire, sont: 1. Qu'il y a une Eglise dans laquelle plusieurs personnes sont assemblées pour servir le vrai Dieu, et en le servant, mériter la vie éternelle. 2. Que cette Eglise a deux Chefs, l'un invisible qui est Jésus-Christ, l'autre visible qui est le Pontife Romain, successeur légitime de saint Pierre. 3. Qu'elle est composée de deux parties principales, qui sont l'Eglise triomphante, qui jouit de Dieu dans le ciel ; et l'Eglise militante, qui combat sur la terre pour mériter cette jouissance. 4. Que cette même Eglise est unique, sainte, catholique, apostolique, infaillible. 5. Qu'il y a dans cette Eglise une communication de mérites et de biens spirituels que l'on appelle communion des Saints.