EXPLICATION DES PREMIERES PAROLES DE L'ORAISON DOMINICALE
Notre Père gui êt's daiu les deux.
Par ces paroles, nous ne demandons rien, mais nous apprenons c{m est Celui à qui nous devons adresser nos prières. Cest le Père éternel, première personne de la très sainte et très adorable Trinité. En quoi nous devons admirer la bonté infinie de Dieu à notre endroit ; car, quand nous prions, il semble que les trois personnes divines soient attentives et occupées à nous faire du bien : nous prions le Père, nous prions au nom du Fils, et le Saint-Esprit nous fait prier.
Encore que nos prières se doivent adresser à Dieu, cela néanmoins n'empêche pas que nous ne puissions aussi prier les saints, mais d'une manière bien différente. Dieu est la fin de nos prières, comme celui de qui nous espérons les biens et les secours que nous demandons ; les saints en sont seulement les intercesseurs et les médiateurs. Aussi, quand nous parlons à Dieu et aux saints, c'est en des termes bien diflérents. Nous disons à Dieu : ayez pitié de nous, faites-nous miséricorde; et nous disons aux saints: Priez pour nous, intercédez pour nous.
P^re.
Nous appelons donc Dieu notre père, quand nous ie prions. C'est un titre que nous n'eussions jamais osé lui donner ; mais Notre-Seigneur nous prescrivant la forme dont nous nous devons servir pour prier, nous oblige de le faire, afin de nous donner de la confiance et de nous consoler. Car, y a-t-il rien de plus doux et de plus consolant que la qualité de père, qui porte en soi un augure d'indulgence et d'amitié ?
Et ce n'est pas sans raison que Jésus-Christ nous oblige d'appeler Dieu notre père, car il l'est en eflfet. Il est en quelque façon le père de toutes les créatures, parce qu'il leur a donné l'être; mais il l'est plus particulièrement des hommes, parce qu'il les a créés à son image et ressemblance.
Dieu est encore notre père, parce qu'il nous gouverne avec un soin paternel, et avec une providence admirable, nous donnant toutes nos nécessités en temps et lieu. Il nous a même pourvus (l'un ange pour nous garder et pour nous accompagner partout, comme un père qui donne un gouverneur à un fils qu'il aime et qu'il élève pour être l'héritier de ses biens. Cette faveur qui nous est insensible, a été sensible au jeune Tobie (5. 5.), à qui ce Père céleste envoya l'ange Raphaël pour l'accompagner en son voyage, pour pourvoir à tous ses besoins, pour le délivrer de la gueule du monstre qui commençait à le dévorer, et ensuite pour le rendre à son père comblé de biens et de prospérités. Enfin, Dieu a une telle providence pour les hommes, qu'il ne les oublie jamais au moment de leur nécessité, ainsi qu'il le dit luimême (Isaïe. 49. 14.) : " Si on a dit : Le Seigneur m'a abon- " donné, et Dieu ne se ressouvient plus de moi. Mais la femme " peut-elle ne pas se souvenir de son fils? peut-elle n'avoir pas '* de la tendresse pour l'enfant qui est sorti de son sein ? Je vous "dis que quand même elle l'oublierait, pour moi je ne vous *' oublierai jamais. Voilà que je vous écris dans mes mains, " afin de vous voir sans cesse et de me souvenir de vous conti- " nuellement."
Dieu n'est pas seulement notre père par la création et par le soin paternel qu'il a de nous, il l'est à plus juste titre par la grâce de la rédemption, par laquelle il nous a adoptés pour ses enfants et nous a donné droit à l'héritage céleste, ce qu'il n'avait pas fait parles bienfaits delà création et de la conservation, qui ne se terminaient qu'aux biens de la terre. " Voyez, dit " saint Jean (I. Joan. 3. 1.), quelle est la charité du Père céleste *' envers nous, de vouloir que nous soyons appelés enfants de " Dieu et que nous le soyons en effet! " Nous avons commencé à être les enfants de Dieu dans les eaux du sacrement de baptême qui, pour ce sujet, est appelé le sacrement do la régénération, parce que nous y sommes engendrés une seconde fois, comme dit Notre-Soigneur (Joan. 3. 7.) : " Il faut que vouspre- *' niez une seconde naissance. Ce qui est né de la chair est chair ** et ce qui est né de l'esprit est esprit." Il dit que ce qui est né de l'esprit est esprit, parce que cette seconde naissance est toute spirituelle, toute sainte, toute divine, parce que le Père qui nous eugcnJre est tout spirituel, tout saint, tout divin, ou
pour mieux dire, il est Dieu même. Depuis donc cette naissance sainte, nous sommes enfants de Dieu, et nous avons droit de lui parler avec confiance et avec amour, comme un fils fait à son père. Saint Paul nous apprend que nous devons prendre cette humble hardiesse, quand il nous dit (Rom. 8. 15.) : " Vous n'avez pas reçu une seconde fois l'esprit de servitude " dans la crainte, mais vous avez reçu l'esprit des enfants d'adoD- '' tion dans lequel nous crions : Mon père, mon père."
Notre.
Dieu est tellement notre père, que quand nous le prions, même en notre particulier, Notre-Seigneur qui nous a donné la forme de la prière que nous devons faire, ne veut pas que nous disions : mon père, mais notre père. Cette façon de parler nous apprend que Dieu est le père de tous, et par conséquent que nous sonmies tous frères. Ainsi, ce divin Père est le lien dans lequel doivent être unis tous ceux qui participent à la grâce de l'adoption; et quand nous disons ces paroles : Notre Père, nous nous devons tous considérer comme des enfants de famille qui ne doivent avoir qu'un cœur et qu'un esprit, par le rapport qu'ils ont à un même père. Notre-Seigneur nous enseigne cette vérité quand il dit (Matth. 23. 8.) : " Vous êtes tous frères, " parce que vous n'avez qu'un seul Père qui est dans les cieux."
De cette grâce d'adoption, qui fait que nous sommes tous frères et enfants de Dieu, nous recevons un autre honneur qu'on ne saurait assez estimer, savoir que nous sommes tous frères de Jésus-Christ, qui est le Fils naturel (Ui même Père que nous. Il semble que ce lui devrait être un déshonneur d'avoir pour frères des créatures aussi viles que nous sommes : " Mais non, " dit saint Paul (Hseb. 2. 11.), il n'a point de honte, et il ne rou- " git point de nous appeler ses frères, disant : J'annoncerai " votre nom à mes frères. " Et ce qui est encore plus admirable et plus glorieux pour nous, il a même retenu cette qualité de frère après sa résurrection* et dans son état glorieux, car, parlant aux femmes qui le cherchaient dans le séimlcre, il ne leur dit pas : Allez dire à mes apôtres ou à mes disciples, mais : " Allez dire à mes frères de ma part : Voilà que je vais monter "à mon Père et à votre Pùc, i"i mon I)ieu et à votre Dicu"
l^Joan. 20. 17.). Enfin, saint Paul (Rom. 8. 29.) dit qu'il est notre frère, et notre frère aîné, d'autant que c'est par lui que nous sommes entrés dans l'alliance de son Père, et que nous devon« posséder avec lui l'héritage de la gloire céleste.
Qui êtes iliimt ha ci eux.
La foi nous oblige de croire que Dieu est partout ; ce qui ne se doit pas entendre d'une telle manière, qu'une partie de Dieu soit dans chaque partie du monde, parce que Dieu étant un pur esprit, il n'a point de parties et ne peut être divisé : mais il est tout en toutes choses, et tout en chaque chose en particulier, et même il est tout en chaque partie «le chaque chose particulière. C'est pourquoi il dit par un prophète (Jerem. 23, 24.) : " N'est-ce pas moi qui remplis le ciel et la terre ? " Et un autre lui parle ainsi (Psal. 138.8.): "Si je monte au ciel, vous m'y " êtes présent ; si je descends dans les lieux les plus profonds " de la terre, je vous y trouve ; si je prends des ailes pour voler " de l'autre côté He la mer, vous y êtes comme partout ai 1- '* leurs."
Or, encore que Dieu soit partout, à nos côtés et dans nou>=mêmes, nous lui adressons néanmoins nos prières dans le ciel : 1. Parce que c'est la partie du monde la plus noble, et le lieu le plus admirable, et qui donne un plus haut sentiment de sa grandeur, de sa puissance et de sa majesté. 2. Parce que notie Père étant dans le ciel, nous devons être persuadés que c'est U notre^ patrie, et par conséquent que nous devons continuellement y aspirer, comme <les voyageurs qui dans leur chemin ne pensent qu'à leur pays. 3. Afin qu'élevant notre esprit et notre cœur dans le ciel par la prière, nous le détachions entièrement des choses de la terre, selon le conseil de saint Paul qui dit (Col. 3. 1.) : " t^i vous êtes ressuscites avec Jésus-Christ, re- " cherchez ce qui est dans le ciel, où Jésus-Christ e^^t as.>is à la " droite de Dieu ; n'ayez plus d'affection que pour '<>«• choses du " ciel, et non pour celles de la terre"
APrENDICE 55