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INSTRUCTION III

Des dispositions pour bieii prier.

L'Ecriture nous avertit (Eccl. 18. 23.) de " préparer notre " âme avant que de nous présenter à la prière, de crainte que " nous n'imitions ceux qui s'approchent de Dieu plutôt pour le " tenter que pour le prier." Car celui-là tente Dieu qui croit bien prier et qui fait le mal, et qui a un cœur éloigné de sa divine majesté lorsqu'il lui parle des lèvres.

La disposition qu'il faut apporter à la prière, consiste principalement dans l'èloignenient du vice et dans la pratique de la vertu : car il y a certains vices qui obligent Dieu do détourner la vue de ceux qui le prient, et il y a des vertus qui le forcent, s'il faut ainsi parler, de les voir et de les écouter.

Le premier vice dent l'âme doit être pure est la violence, la rapine, l'exaction, l'injustice exercée contre le prochain. Dieu même l'a déclaré par le bouche du prophète Isaïe (1. 15.) : " Lorsr " que vous lèverez la main pour me prier, je détournerai mes

'' yeux de vous : et quand vous multiplierez vos oraisons, je ne " vous exaucerai point; parce que vos mains sont pleines de la " substance et du sang de votre prochain."

Il faut encore éviter la dissension, la colère, l'emportement, comme témoigne l'Apôtre (I. Tira. 2. 8.) : " Je veux que les " hommes prient en tout lieu, levant -au ciel des mains pures, " sans colère ni dissension."

Notre-Seigneur nous apprend dans TEvangile (Marc. 11. 25.) que si nous voulons être exaucés de son Père, nous devons porter à l'oraison un cœur dégagé de haine et d'aversion envers le prochain, et une conscience qui ne soit chargée d'aucune injustice ni d'aucune injure qu'on lui ait faite: ^' Lorsque vous *' vous présentez pour prier, si vous avez quelque chose contre " votre prochain, pardonnez-lui, afin que votre Père qui est " dans le ciel vous pardonne aussi ; si vous ne pardonnez point " votre Père qui est dans le ciel ne vous pardonnera point non " plus vos offenses.''

C'est encore un grand obstacle à la prière d'avoir une âme dure et impito.yable aux pauvres et aux affligés, comme nous l'apprenons de ce passage des Proverbes (21. 13.) : *'* Celui qui " ferme les oreilles aux clameurs et aux prières du pauvre afin " de ne le point écouter, criera aussi et priera, et je ne l'écouterai " point."

Quant à l'orgueil, ce fut toujours le sentiment des saints, et c'est aussi celui du Saint-Esprit, que c'est un enpêchement des plus formels delà prière, et un des vices qui obligent davantage Dieu de fermer les entrailles de sa miséricorde à ceux qui le veulent invoquer. Voici comme parle cet Esprit saifat par la bouche d'un apôtre (Jac. 4. 6.) : " Dieu résiste aux orgueilleux ; *• et il donne sa grâce aux humbles."

Mais le plus grand empêchement de la prière, est le mépris que l'on fait de la parole de Dieu. Et il est bien juste que si nous n'écoutons pas Dieu quand il nous parle, il ne nous écoute pas aussi quand nous lui parlons. C'est pourquoi il dit (Prov. 28. 9.) : " Celui qui retire ses oreilles et qui les forme afin de ne " point entendre ma loi, ne sera pas écouté quand il priera, et " son oraison sera exécrable en ma présence."

Il faut pourtant remarquer que, quand nous disons que l'injustice, la rapine, la colère, la dissension, la haine el l'avorsion

du prochain ; la dureté de cœur envers les pauvres, l'orgueil, le mépris de la parole de Dieu, sont des empêchements de la prière, cela s'entend quand Pon prie et que l'on conserve tous ces vices dans le cœur, sans avoir dessein de s'en corriger. Maiis quand ils déplaisent et que l'on s'approche de Dieu pour lui demander la grâce de les combattre et de les vaincre, tant s'en faut qu'il se retire et qu'il ferme les oreilles, qu'au contraire, il va au-devant de celui qui le prie, et il se fait un plaisir de l'écouter et de lui donner du secours.

Quant aux vertus qui disposent l'âme à l'oraison et qui portent Dieu à l'écouter, l'humilité tient le premier rang. L'Ecriture sainte nous recommande cette disposition en une infinité d'endroits. Le Prophète dit (Ps. 101. 18.): "Le Seigneur regar- " de les oraisons des humbles, et il ne rejette point leur prière.'' Et nous lisons dans l'Ecclésiastique (35. 21.): "La prière de " celui qui s'humilie pénètre les nues et monte jusqu'au ciel." C'est donc une excellente disposition pour être écouté de Dieu quand on le prie, d'être humble en son cœur et à ses propres yeux, de reconnaître que l'on n'est rien de soi-même, et de demeurer ainsi anéanti en la présence de Dieu. Ce fut en cette manière que Judith fléchit le cœur de Dieu, et qu'elle dissipa les desseins que Nabuchodonosor avait de ruiner la ville de Béthulie et ensuite celle de Jérusalem. Car étant entrée dans son oratoire, revêtue d'un cilice, couchée sur la cendre, et prosternée la face contre terre, elle parla ainsi à Dieu (9. 17.): " Sei- " gneur, qui avez toujours méprisé les orgueilleux, et à qui les " prières des humbles et des obéissants ont toujours été agréa- *' blés ; vous êtes le Dieu du ciel, le créateur des eaux, et le " Seigneur de toute créature : écoutez-moi, Soigneur, moi mi- *•' sérable, qui ose m'approcher de vous pour vous prier, et qui " espère tout de votre bonté et de votre miséricorde."

Une autre disj)Osition pour la prière, et qui a du rapport à celle que je viens de dire, est la componction du cœur et la douleur doses péchés. Nous on avons doux exenii)le.s dans l'Evangile. Le premier est celui du publicain (Luc, 18. i;3.), qui se tenait éloigné du Saint des Saints, s'estiinant in^ligne do s'approcher de Dieu, et qui accablé du poids de ses péchés, n'osait pas même lever les yeux vers le ciel. Avec cette dis{)Osition de corps et d'esprit, il disait pour toute prière : '* Seigneur, ayez pitié de

" moi, de moi qui ne suis qu'un pécheur. " L'autre exemple est celui de cette femme pécheresse (Luc. 7. 37.) qui n'osait parler à Jésus-Christ, mais qui versa des larmes en assez grande abondance pour lui laver les pieds. L'un et l'autre reçurent l'effet de leur prière ; car l'Ecriture dit du premier qu'il s'en retourna justifié en sa maison ; et Notre-Seigneur dit à l'autre : Femme, vos péchés vous sont pardonnes.

La foi est encore une disposition excellente et même nécessaire pour bien prier: car, comme dit saint Paul (Rom. 10. 14.) : " Comment peut-on prier celui que l'on ne croit pas être Dieu, " ou que l'on ne croit pas avoir la puissance de donner ce qu'on " lui demande?" Cette sorte de foi est donc absolument nécessaire, pour la raison qu'en donne l'Apôtre. Mais il y a une autre sorte de foi qui doit accompagner la prière ; c'est une foi niêlée d'espérance que Dieu, infiniment bon et libéral, accordera ce qu'on lui demande ; c'est ce que l'on appelle confiance. Et l'apôtre saint Jacques nous y excite, quand il dit (1. 6.) : " Que " celui qui prie, demande avec foi et sans hésiter. " Notre-Seigneur même nous a enseigné cette divine disposition, lorsque, nous exhortante prier son Père, il dit (Matth. 21. 22.): " Quand " vous priez, croyez que tout ce que vous demanderez dans " l'oraison avec foi, vous sera accordé. "

Quand nous disons que pour obtenir ce que nous demandons à Dieu, il faut avoir une forte foi et une espérance ferme, cela suppose les autres dispositions dont nous avons parlé, et une fidèle pratique des commandements de Dieu, autrement ce ne serait pas une confiance, mais une témérité et une présomption: "Car Dieu n'écoute point les pécheurs qui vse plaisent " dans leurs péchés (Joan. 9. 31.) " Le Fils de Dieu s'en explique a-sez par ces paroles (Joan. 15. 7.) : " Si vous demeurez en moi, " et que mes paroles demeurent en vous afin de les pratiquer, "vous demanderez tout ce que vous voudrez, et il vous sera " accordé. " Il faut donc avoir confiance dans la prière, mais cette confiance doit être filiale, c'est-à-dire, accompagnée d'un véritable désir de plaire à Dieu, et d'une crainte sincère de lui déplaire.

Les motifs qui peuvent exciter cette confiance dans le cœur que Dieu donnera tout ce qu'on lui demande, sont premièrement sa bonté infinie et la volonté qu'il a de nous faire du bien,

laquelle est si sincère qu'il veut que nous lui demandions ce qui nous est nécessaire, et qu'en le lui demandant, nous l'appelions notre Père (Matth. 23. 9.), et que nous nous considérions à son égard comme ses enfants.

Secondement, ce qui nous doit donner de la confiance, est que quand nous demandons quelque chose à Dieu, Notre-Seigneur Jésus-Christ se joint à nous pour le lui demander avec nous ; c'est pourquoi, il veut que nous demandions en son nom, afin d'autoriser notre demande de son crédit, et que nous sachions qu'il la fait avec nous, quoiqu'il soit dans le ciel et nous sur la terre: " Si quelqu'un pèche, dit saint Jean (I. Joan. 2. 1.), nous " avons Jésus-Christ dans le ciel qui fait l'office d'avocat pour ** nous auprès de son Père, et qui est la victime de propitiation " pour nos péchés." Saint Paul dit aussi (Rom. 8. 34.) : "Jésus *' Christ qui est mort, qui est ressuscité, qui est à la droite de " son Père, et qui intercède pour nous. " Ainsi, si nous sommes indignes que Dieu nous écoute et qu'il nous accorde ce que nous lui demandons, nous devons avoir cette confiance qu'il nous l'accordera par les mérites de son Fils, à qui il ne peut rien refuser : " Je sais, «lit-il (Joan. 11. 42.), ô mon Père, que vous " m'exaucez toujours."

Un troisième motif de confiance, est que c'est le Saint-Esprit qui nous fait prier, et qui nous met les sentiments dans le cœur et les paroles dans la bouche. Saint Paul nous enseigne cette vérité, quand il dit (Rom. 8.26.): ** Le Saint-Esprit prie lui- ** même pour nous, c'est-à-dire, il nous fait prier avec des gé- " missements ineffables." Il dit encore au même lieu (8. 15.) : '* Vous avez reçu l'esprit d'adoption des enfants de Dieu par " lequel nous crions : Mon Père, mon Père. " Si avec tous ces motifs, nous ne sentons pas dans notre cœur, cette confiance filiale et amoureuse, prions Notre-Seigneur de suppléer à notre faiblesse ; et disons-lui avec l'aveugle de l'Evangile (Marc. 9. 23): "Seigneur, soulagez mon incrédulité;" et avec les Apôtres (Luc. 17. 5.): " Seigneur, augmentez notre foi. "

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