‹ Œuvres complètesChapitre 62 sur 66 · EXPLICATION DE LA CINQUIÈME DEMANDE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA CINQUIÈME DEMANDE

Pardonnez-nous nos offenses, comme nous pardonnons à ceux qui

nous ont offensés.

Notre-Seigneur nous fait commencer par ces paroles une nouvelle façon de prier. Jusqu'ici nous avons demandé à Dieu non seulement les biens de l'âme et de l'éternité, mais encore ceux du corps et qui nous sont nécessaires ix)ur le soutien de la vie

temporelle; par cette demande et par celles qui suivent, nous le prions de nous délivrer des maux non senlement de la vie présente, mais encore de ceux qui peuvent arriver après la mort.

Nous demandons premièrement à Dieu qu'il nous délivre de nos péchés, qui sont les plus grands de tous nos maux et la source de toutes les calamités de la vie présente et de la vie future. Et afin que notre prière soit exaucée nous devons, premièrement, reconnaître et confesser sincèrement que nous sommes pécheurs. 2. Nous devons avoir de la douleur de nos péchés. 3. Nous devons croire que Dieu a véritablement la volonté de nous pardonner, si nous nous mettons en état de recevoir sa miséricorde.

1. Nous devons reconnaître que nous sommes pécheurs, et que les plus saints peuvent dire avec vérité: Pardonnez-nous nos péchés. Il ne nous est pas difficile de nous le persuader, puisque selon le Prophète (Ps. 13. 15.) : "Tous se sont écartés du •' chemin de la justice, et se sont rendus inutiles ; il n'y a pas •'• un homme qui fasse le bien; non, il n'y en a pas un seul." C'est-à-dire qu'il n'y a pas un homme, quelque bien qu'il fasse, qui ne commette aussi des péchés. Le Sa^re l'explique aussi, (juand il dit (Eccl. 7. 21.) : " Il n'est i)oint d'homme sur la terre, '' pour juste qu'il soit, qui fasse le bien et qui ne pèche point. " Qui peut dire: J'ai le cœur pur, je suis net de tout péché " Prov. 20. 9.)?" Saint Jean voulant humilier l'arrogance de l'esprit humain, dit la même chose (1. 8.): "Si nous disons " que nous n'avons point péché, nous nous séduisons nous- •'• mêmes et la vérité n'est point en nous." Et le prophète Isaïe témoigne que Dieu se mit un jour en colère contre quelques-uns qui se glorifiaient d'être sans péché: "Vous avez dit, c'est " Dieu qui parle (Jérém. 2. 35.), je suis innocent et sans péché, " c'est pourquoi, Seigneur, détournez de moi votre colère. " Voilà que j'entrerai en jugement avec vous, parce que vous " avez dit : Je n'ai point péché." On ne peut rien voir de plus clair que ce que dit saint Paul écrivant aux Romains (3. 22.) : " Il n'y a nulle différence entre les Juifs et les Gentils : car " tous ont péché, et tous ont besoin de la gloire de Dieu.

Notre-Seigneur confirme lui-même ce qu'il a fait dire aux Apôtres et aux Propliètes, lorsqu'il nous obhge de nous con-

fesser pécheurs, nous mettant dans la bouche ces paroles qu'il nous fait dire à son Père: Pardonnez-nous nos péchés. Et nul, pour saint qu'il soit, ne doit s'excuser de faire cette prière: car s'il n'a point actuellement de péchés dans sa conscience, il en a eu autrefois, et il ne peut dire assurément qu'ils lui aient été pardonnés. C'est pourquoi l'Eglise assemblée dans un Concile (Cono. Milev. c. 7. 8. 9.) a déclaré anathème à ceux qui oseraient dire, que les saints ne peuvent dire ces paroles avec vérité, mais seulement par humilité.

Secondement, pour faire cette prière comme il faut, il ne suffit pas de se reconnaître pécheur, il faut encore avoir de la douleur de ses péchés : car demander pardon à Dieu et ne pas avoir de la douleur des i)éché8 dont on lui demande pardon, ce n'est pas le prier, mais lui faire insulte. Nous nous sommes éloignés de Dieu par le plaisir du péché, il faut retourner à lui par la douleur du péché. Quel cœur ne se fendra pas de regret, quand il fera réflexion que par le péché il a renoncé à Dieu pour entrer dans le parii du diable, et se soumettre à sa volonté ? Dieu avait épousé l'âme par la charité, qui est le lien admirable par lequel elle lui était unie, et elle a rompu cette union sainte par le péché qui est le lien qui l'attache au démon. Le lien de la charité la mettait dans la liberté des enfants de Dieu, et celui du péché la jette dans une dure servitude. " Reconnais- " sez donc, dit le Seigneur (Jérém. 2. 19.), que ce vous est une " chose dure et amère, de vous être séparé du Seigneur votre " Dieu et d'avoir perdu sa crainte." Ainsi frappons notre poitrine et brisons notre cœur à la vue de nos péchés, disant avec le publicain pénitent: " Seigneur, ayez pitié de moi, car je suis " pécheur (Luc. 18. 13.)."

En troisième lieu, pour mériter que Dieu nous accorde ce que nous lui demandons quand nous disons: Pardonnez-nous nos péchés, il faut espérer que Dieu nous les pardonnera et qu'il en a la volonté sincère, pourvu que nous soyons dans la disposition de recevoir sa miséricorde. S'il n'en avait la volonté, il ne nous obligerait pas de lui demander pardon, et il ne nous mettrait pas dans la bouche les paroles dont nous nous devons servir pour le demander, qui sont celles que nous expliquons: Pardonnez-nous nos péchés, comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés. Il n'aurait pas non plus donné à ses Apôtres

le pouvoir de remettre les péchés, et ne leur aurait pas dit (Joan. 20.23.)t '" Les péchés seront remis à ceux à qui vous les remet- " trez, et ils seront retenus à ceux à qui vous les retiendrez." Avec les dispositions que je viens de rapporter, nous ferons utilement cette prière, et nous en obtiendrons l'effet : Pardonnez-nous nos offenses.

Pardonnez-nous.

Nous ne disons pas : Pardonnez-moi, mais pardonnez-nous ; pour marquer que nous devons avoir soin du salut de notre prochain comme du nôtre propre. C'est là le point principal et le plus essentiel de la charité fraternelle à laquelle nous sommes obligés : c'est pourquoi Notre-Seigneur nous obligeant de demander la rémission de nos péchés, il nous obhge de demander en même temps la rémission des péchés de notre prochain. Cette façon de prier instituée par Jésus- Christ a depuis été pratiquée par ses Apôtres, et ensuite par toute l'Eglise jusqu'à nos jours. En un mot, elle a été en usage dans l'Ancien et dans le Nouveau Testament. Moïse disait à Dieu (Exod. 32. 32.) : ** Par- " donnez. Seigneur, cette faute à votre peuple, ou effacez-moi de *' votre livre." Et saint Paul (Rom. 9. 3.): "Je désirais d'être " anathème et séparé de Jésus-Christ pour mes frères."

Nos péchés.

Nous disons nos péchés d'une manière bien différente que nous n'avons dit dans la demande précédente ; Notre pain de chaque jour. Ce pain est nôtre, parce que Dieu nous le donne ; mais nos péchés sont nôtres, parce que leur njalice réside en nous et que notre volonté seule en est la cause. C'est en cela que consiste le poids de notre humiliation, que tous les biens que nous avons viennent de Dieu, et que rien n'est véritablement nôtre que le péché.

Il faut ici remarquer que le péché est exprimé sous le nom de dette : Kemettez-nous nos dettes, comme nous remettons à ceux qui nous sont redevables. La raison de cela est, que par le péché nous sommes redevables à Dieu de l'obéissance que nous devions à ses commandements que nous avons violés, en sorte

que nous ne serons jamais quittes envers lui que nous ne lui ayons restitué par la pénitence, l'obéissance que nous lui devions. Les péchés sont des dettes, parce qu'ils doivent être punis dans l'autre monde, si on ne les rachète en celui-ci par la 2>énitence.

Comme nous pardonnons à ceux qui nous ont offensés.

C'est ici la seconde partie de cet article, laquelle est proposée comme le motif de la première, en sorte que nous demandons à Dieu qu'il nous pardonne en vue du pardon que nous donnons à ceux qui nous ont offensés. Cela suppose que si nous voulons ([xxe Dieu nous pardonne, nous devons aussi pardonner. Notre- Seigneur l'interpréta ainsi à ses Apôtres, lorsqu'il leur donna cette formule de prière : " Car, dit-il (Matth. 6. 14.), si vous par- " donnez aux hommes les fautes qu'ils font contre vous, votre " Père céleste vous pardonnera aussi celles que vous commet- "trez contre lui : " Mais si vous ne leur pardonnez point leurs " fautes, il ne vous pardonnera point aussi les vôtres." Et comme nous ne cessons d'offenser Dieu en cette vie, en sorte (^ue nous avons continuellement besoin de sa miséricorde, de même nous ne devons point cesser de pardonner à notre prochain, quelques fautes qu'il commette contre nous. C'est pour- (juoi saint Pierre ayant demandé à Notre-Seigneur, combien de fois on doit pardonner à son prochain, et si c'est assez de lui l»ardonner sept fois, ce Maître céleste lui dit (Matth. 18. 21.) : " Je ne dis pas qu'il faut pardonner jusqu'à sept fois, mais jus- " qu'à septante fois sept fois."

Et il ne faut pas s'excuser sur ce que ceux qui nous offensent sont des persécuteurs et des calomniateurs: car il faut pardonner à ceux-là aussi bien qu'à ceux qui nous offensent par mégarde ou en passant. C'est la doctrine de Jésus-Christ • lui dit (Matth. 5. 44.) : " Priez pour ceux qui vous persécutent " et qui vous calomnient, afin que vous soyez les enfants do " votre Père qui est dans les cieux. Heureux donc ceux qui " font miséricorde, dit le même Sauveur (Ib. 5. 7 ), parce qu'ils " recevront eux-mêmes miséricorde. Mais celui qui n'aura " point pardonné ni fait miséricorde, sera jugé sans pardon et " sans miséricorde (Jac. 2. 13.)"

La première chose donn que nous avons à faire, c'est de pardonner à notre prochain les fautes qu'il a commises contre nous, et par cette disposition nous, serons en état de recevoir le pardon de celles que nous avons commises contre Dieu, lorsque nous ferons cette prière : " Pardonnez-nous nos ofifenses comme nous pardonnons à ceux qui nous ont oflfensés."

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