‹ Œuvres complètesChapitre 63 sur 66 · EXPLICATION DE LA SIXIÈME DEMANDE · texte numérisé non relu

EXPLICATION DE LA SIXIÈME DEMANDE

Ne nous laissez point succomber à la tentation.

Lorsque les justes, après avoir reçu le pardon de leurs péchés, ont pris une forte résolution de marcher dans les voies de la piété et de consacrer le reste de leurs jours au service de Celui qui les a i^i amoureusement retirés de leur égarement, il ne faut point douter que l'ennemi commun de notre salut n'emploie toutes SOS ruses et tous ses artifices pour les tenter, afin de les faire retourner à leur première vie. Quelque bonne résolution qu'ils aient, ils doivent toujours craindre de retomber, et même de devenir pires qu'ils n'étaient avant leur conversion ; car, comme dit saint Pierre (2. Pet. 2. 20.): "Si après s'être reti- " rés de la corruption du monde par la connaissance de Jésus- " Christ Notre-Seigneur et notre Sauveur, ils se laissent vaincre " en s'y engageant de nouveau, leur dernier état est pire que le " premier; car il eût été meilleur de n'avoir point connu la " voie de la piété et de la justice, que de retourner en arrière " après l'avoir connue, et d'abandonner la loi sainte qui leur " avait été prescrite. Mais ce que l'on dit par un proverbe ordi- " naire leur est arrivé, que le chien est retourné à ce qu'il avait " lui-mémo vomi ; et le pourceau après avoir été lavé, est *' retourn.^ dans la boue pour se vautrer de nouveau."

Ce saint apôtre a raison de dire que cet état de recliute est pire qut' le premier, car outre les inconvénients qu'il marque, un autre apôtre en apporte un autre bien plus terrible, savoir, qu'après le mauvais usage que l'on a fait de la grâce

reçue, il est très difficile de se relever. *' Il est impossible, dit-il " (Hœbr. 6. 4.), que ceux qui ont été une fois éclairés ; qui ont *' goûté le don du ciel ; qui ont été rendus participants du Saiut- *• Esprit ; qui se sont nourris de la parole sainte de Dieu et de " l'espérance des gran<leurs du siècle à venir, et qui après cela " sont tombés, il est impossible, dis-je, qu'ils se renouvellent à " la pénitence: parce qu'autant qu'il est en eux, ils crucifient " de nouveau le Fils de Dieu et l'exposent à l'ignominie. " Jusqu'ici ce sont les paroles de saint Paul, qui nous découvrent le danger qu'il y a de retomber quand l'on s'est une fois converti à Dieu, puisqu'il est moralement impossible de se relever une seconde fois.

C'est pourquoi Notre-Seigneur nous ordonne de faire tous les jours cette prière, par laquelle, reconnaissant notre faiblesse et le penchant que nous avons au péché, nous lui demandons le secours de sa grâce et la force de ne point tomber, en disant : Ne permettez pas que nous succombions à la tentation. ** L'es- " prit est prompt, mais la chair est faible, dit notre Sauveur ** (Matth. 26. 41.), c'est pourquoi veillez et priez, afin que vous " n'entriez point en tentation. "

Ce divin Maître nous apprend par ces paroles, le soin et l'attention que nous devons avoir pour éviter les précipices où le iliable tâche de nous faire tomber par la tentation. Car si les Apôtres, quoique très saints et très bien instruits à l'école du F\\s de Dieu, lui tournèrent tons le dos lorsqu'il fut pris par ses ennemis, combien devons-nous craindre, nous faibles et aveugles créatures ! Ils avaient tous protesté de ne l'abandonner iamais, et de mourir plutôt que de commettre cette lâcheté. " Quand même il me faudrait mourir avec vous, disait saint " Pierre au nom de tous (Matth. 20. 35.), je ne vous renierai " jamais. Je suis tout prêt d'aller avec vous et en prison et à la " mort même (Luc. 22. 33.)." Et néanmoins après une si forte résolution, celui qui paraissait le plus généreux fut celui qui tomba le premier et le plus dangereusement. Cela marque que nous devons toujours craindre de tonil)er, pour aflermis que nous soyons dans la grâce et dans la vertu, vu même, comme dit saint Paul (Ephes. 6. 11.), que ** nous n'avons pas à com- " battre contre la (^hair et le sang, c'est-à-dire contre des hom- " mes fail)los; mais contre les princi])autés, contre les puis-

'* sances, contre les princes du monde, c'est-à-dire de ce siècle " ténébreux, contre les esprits de malice qui sont répandus en " l'air. C'est pourquoi revêtez-vous de toutes les armes de Dieu, " pour pouvoir vous défendre des embûches et des artifices du ''diable."

Les dénions sont appelés les princes du monde, mais de ce monde pour qui Jésus-Christ n'a point prié son Père, c'est-àdire des hommes q«i aiment le monde et les créatures. C'est pourquoi ils sont aussi appelés les princes des ténèbres, c'est-àdire des hommes qui vivent dans les ténèbres de l'infidélité ou du péché : car ces sortes de personnes sont le monde ténébreux, et eux-mêmes sont appelés ténèbres : " Vous avez autrofois été " ténèbres," dit saint Paul écrivant aux chrétiens d'Ephèse (5. 8.). Quant à ceux qui vivent dans les lumières de la foi et de la grâce, ces esprits d'enfer n'ont aucun pouvoir sur eux, c'est un monde lumineux, aussi sont-ils appelés lumière et enfants de lumière dans l'Ecriture, et saint Paul dit au lieu que je viens d'alléguer : " Mais à présent vous êtes lumière " dans le Seigneur. " Enfin l'Apôtre appelle les démons, principautés, puissances, princes, pour montrer leur force et leur malignité. A quoi il faut ajouter la haine envenimée qu'ils ont contre nous, et le désir insatiable qu'ils ont de notre perte. Je ne parle point de leur insolence ni de leur hardiesse : ils ont attaqué les anges dans le paradis ; ils ont demandé de cribler les Apôtres comme l'on crible le froment; ils ont osé même attaquer Jésus-Christ. Tout cela nous apprend avec combien de crainte nous devons vivre dans ce monde, et la vigilance que nous devons avoir pour ne point tomber dans la tentation. C'est l'avis que nous donne le Prince des Apôtres, qui avait appris par son expérience le péril de la tentation : '* Mes frères, soyez sobres et veillez ; car le démon " votre ennemi tourne autour de vous comme un lion rugissant " qui cherche qui il pourra dévorer : c'est pourquoi résistez et " soyez fidèles (I. Pet. 5. 8.)."

Ce ne sont pas les grands pécheurs qui sont les plus tentés, parce que s'étant volontairement soumis à la puissance du démon, il se contente pour l'ordinaire do les voir dans son parti et d'empêcher qu'ils ne se convertissent. Mais il emploie toutes ees ruses et toute sa malice à corrompre ceux qui sont en grâce,

et quand il peut faire tomber quelque dme sainte et élevée audessus des autres, c'est pour lors qu'il triomphe. L'histoire sainte nous en fournit un grand nombre d'exemples : car c'est ainsi qu'il a lait tomber Adam, David, Salomon, et beaucoup d'autres qu'il serait dilticile de rapporter, et dont les exemples nous doivent faire trembler. *• Que cehii qui est debout, se donne " de garde de tomber (I. Cor. 10. 12.)"

C'est donc avec beaucoup de raison que Xotre-Seigneur nous oblige de faire cette prière à son Père: Ne permettez pas que nous succombions à la tentation. Dieu, de sa part, e-st plein <le bonté pour nous écouter et pour nous donner du secours, pourvu qu'en faisant cette prière nous ayons nous-mêmes la volonté de ne point pécher. Car, comme dit saint Paul (10. 13.) : " Dieu est " fidèle, et il ne permettra pas que nous soyons tentés au delà " de nos forces, mais en permettant que nous soyons attaqués '* par la tentation, il nous en fera sortir avec avantage."

Les justes sont aujetsà une autre sorte de tentation, mais sainte et salutaire, par laquelle Dieu les exerce et les éprouve, atin de purifier leur vertu et de les proposer aux autres comme des modèles qu'ils doivent imiter. Il a tenté Abraham en cette manière, lui commandant do lui immoler son propre fils, afin de nous le proposer comme un modèle d'obéissance dans les choses rudes et diliieiles; il a tenté Tobie, afin que nous eussions à imiter sa patience: " Parce que vous étiez agréable à Dieu, il a " été nécessaire que la tentation vous mît à Tépreuve (Tob. 12. " 13.)." Il tente tous les jours une infinité de justes, permettant qu'ils soient aflligés, persécutés, dépouillés de leurs biens, de leurs charges, et de leurs honneurs. C'est ainsi qu'il tenta les Israélites dans le désert, afin d'éprouver leur fidélité, comme nous lisons dans I3 Deutéronome (13. 3.) : '' Votre Dieu vous " tente afin de faire connaître si vous l'aimez, ou si vous ne " l'aimez pas." Les tentations de Dieu et celles du démon .sont donc bien différentes : celles du démon portent toujours au mal, et celles de Dieu tendent toujours au bien et à la sanctification de ceux (]ui sont tentés: '' Que nul ne dise, quand il est tenté, " que c'est Dieu (pii le tente : car il n'attire point au mal, et il •* ne tente personne pour le faire pécher (Jac. 1. 13.)."

Quand donc nous demandons à Dieu <|u'il no i)ermette point que nous succombions à la tentation, cela ne s'entend pas pro-

prement de ces tentations saintes et salutaires, qui ne sont que des effets de sa grâce et de son amour : l'on peut néanmoins employer cette prière lorsque l'on se trouve dans ces épreuves, car c'est comme si l'on demandait la grâce d'en faire un bon usage, et la patience dans les afflictions que Dieu envoie. Mais cette prière regarde principalement' les tentations du démon qui nous portent au péché, parce que l'on n'y peut succomber que l'on ne perde la grâce, et que l'on ne se mette en danger de perdre son salut.

Il faut pourtant remarquer que nous ne demandons pas absolument de n'être point tentés, mais seulement de ne point succomber à la tentation : encore que Dieu ne soit point l'auteur de la tentation qui nous porte au péché, il la permet néanmoins, et il la permet pour notre bien, afin qu'ayant surmonté notre ennemi, il ait occasion de récompenser notre vertu, et de nous couronner dans le ciel ; car, comme dit saint Paul (II. Tim. 2. 5.) : " Nul ne sera couronné qu'il n'ait fidèlement com- " battu. " Et saint Jacques dit (Jac. 1. 12.) : " Heureux celui " qui souffre la tentation, parce que lorsqu'il aura été éprouvé, " il recevra la couronne de vie que Dieu a promise à ceux qui " l'aiment. " Ainsi humilions-nous sous la puissante main de Dieu, afin qu'il nous élève quand le temps sera venu ; et combattons généreusement, afin que nous puissions remporter la couronne de gloire qui ne se flétrira jamais.

Si nous nous sentons quelquefois pressés dans nos tentations, consolons-nous en ce que Jésus-Christ combat en nous par sa grâce, et que " nous avons un pontife qui sait compatir à nos " infirmités, ayant été tenté lui-même en toutes choses, sans '* néanmoins avoir été sujet au péché (Hsebr. 4. 15.), " Il a déjà par avance surmonté le monde, comme il dit lui-même (Joan. 16.33.): "Ayez confiance et prenez courage, j'ai vaincu le '' monde." Il a encore surmonté le démon: car il est " cet " homme fort qui est venu au monde, qui a surmonté le fort '' armé, qui lui a ôté ses armes, et qui a enlevé ses dépouilles " (Luc. 11. 21.)."

Outre tout cela, dit le Prophète (Ps. 17. 35.), " il nous fortifie " de telle sorte par sa grâce intérieure, qu'il fait de nos bras " comme un arc d'airain. Il enseigne nos mains à combattre, et '' nos doigts à faire la guerre (Ps. 143. 1.). Et il se met au-des-

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" SUS de nous pour nous défendre et pour nous être un asile de " salut (Ps. 17. 36.). "

Après tous ces avantages et tous ces secours, ne serait-ce pas une lâcheté de nous laisser vaincre par nos ennemis quand ils nous attaquent par la tentation ?

J'ajouterai encore l'honneur que Notre-Seigneur promet de faire à ceux qui auront heureusement vaincu leurs ennemis et les siens. *' Celui, dit-il (Apoc. 2. 11.), qui sera victorieux, ne " recevra point d'atteinte <ie la seconde mort, qui est la mort " éternelle. Celui qui sera victorieux sera revêtu d'habits *' blancs, je n'effacerai point son nom du livre de vie, et je con- " fesserai son nom devant mon Père, et devant ses anges (Ibid. " 3. 5.). Celui qui sera victorieux, je le rendrai une colonne dans " le Temple de Dieu; il ne sortira plus dehors, et j'écrirai sur *' lui le nom de mon Dieu (Ibid. 3. 12.). C^lui qui sera victo- " rieux possédera toutes ces choses; je serai son Dieu, et il sera " mon fils (Ibid 21. 7.). Celui qui sera victorieux, je le ferai " asseoir avec moi sur mon trône, tout ainsi que j'ai été victo- '• rieux, et que mon Père m'a fait asseoir sur son trône avec " lui (Ibid. 3. 21.). " Avec quelle ferveur, avec quelle assiduité, avec quelle confiance devons-nous donc faire cette prière : Et ne permettez pas que nous succombions à la tentation !

INSTRUCTION XT.

EXPLICATION DE f^A SEPTlKiVlE DEMANDE.

Mtila délx'ri'Z-iKiiis du mal.

Cette dernière doniainlc est .scinblable aux autres pour son importance, ei en c;o qu'elle, ne se. fait pas seuloniont pour celui qui prie, car nous ne disons pas: l)(divrez-moi, mais délivreznous du mai. Notre-Scignour voulant nous en faire voir laforce et le poid>^, s'en servit lui-même lorsqu'il était sur le point de quitter cette vie \)0\x\ aller à son Père: '• Mon Père, dit-il (Jean. "9.11.15.). levons prie <îe les préserver du mal. Je ne prie *' pas pour le monde, mais pour cuà (jue vous m'avez, donnés

^' parce qu'ils sont à vous. Père saint, conservez en votre nom " ceux que vous m'avez donnés."

Il y a cette différence entre cette demande et les deux précédentes, que par la première, nous demandons d'être préservés du péché ; par la seconde, nous demandons d'être préservés de la tentation qui nous porte au péclié; et par celle-ci, nous demandons d'être préservés des peines du péché. Car il serait difficile d'expliquer de combien de maux et de peines le péché a rempli le monde. Comme tous les hommes ont péché, il n'y en a pas un qui n'en fasse une triste épreuve, et Job en dit son sentiment en ces termes (14. 1.) : L'homme qui est né de la femme, ^' et qui est dans le monde pour y vivre peu de temps, est rera- •' pli de beaucoup de misères. Il vient au monde comme une " fleur, et peu après il est foulé aux pieds. Il passe comme " l'ombre, et il ne demeure jamais dans un même état.'"' Ainsi, comme il n'y a personne qui ne ressente chaque jour les effets du péché, et qui n'en souffre la peine, en sorte que Notre- Seigneur dit dans l'Evangile (Matth. 6. 34.) : ** Il suffit à cliaque '* jour de souffrir sa peine," il sera fort utile aux chrétiens de faire souvent cette prière: Mais délivrez-nous du nud.

Du mal.

Il y a donc plusieurs sortes de maux dont nous demandons d*être délivrés par cette prière.

1. Nous demandons d'être délivrés des maux extérieurs, comme sont les dangers de l'eau, du feu, des tempêtes, des tonnerres, des grêles, des maladies, de la guerre, de la peste, de la famine, de l'esclavage, des prisons, des exils, des embûches et des trahisons de nos etmemis, et généralement de tout ce qui peut troubler la paix de cette vie.

2. Nous demandons d'être préservés de la mort imprévue, et à laquelle on n'est pas bien disposé : car c'est de ce moment que dépend l'éternité.

3. Des peines du purgatoire, lesquelles bien que temporelles, et que l'on y soit en grâce et dans l'assurance du salut, peuvent néanmoins être mises parmi les maux, tant pour leurs douleurs excessives, ou'il cause qu'elles retiennent l'âme, et l'empêchent de jouir de Dieu.

4. De la mort éternelle qui est le plus grand de tons les maux, et qui peut être appelée la souveraine misère, parce qu'elle séparera éternellement de Dieu qui est le souverain bien.

5. Parmi les maux, il faut mettre le démon : 1. Parce qu'il est le premier auteur de tous les maux, tant par son propre péché, que par celui qu'il a fait commettre à nos premiers parents, et qui est la cause de tous les autres maux que je viens de rapporter. 2. Parce que Dieu se sert de lui, comme d'un instrument de sa colère, pour faire du mal aux hommes, quand il veut les punir, soit en ce monde, soit en l'autre. 3. Parce que, encore que nous ne lui ayons jamais fait de mal, il ne cesse point de nous en faire, et de nous porter une haine mortelle.

6. Il faut joindre aux maux dont nous demandons d'être délivrés, le péché et la tentation ; et de la sorte quand nous faisons cette prière, nous répétons confusément les deux demandes précédentes que nous avions faites séparément et avec distintion. Nous devons néanmoins demander ces choses bien diversement: car nous devons demander absolument et sans exception d'être délivrés d'une mauvaise mort, de la mort éternelle, du péché, de la tentation, et de la concupiscence, parce que toutes ces choses sont de véritables maux qui s'opposent à notre salut.

Quant aux infortunes extérieures dont nous avons parlé, il n'en faut demander la délivrance qu'autant qu'elles sont contraires à notre sanclitication, et que nous connaissons par expérience que nous n'avons pas assez de vertu pour les supporter sans péché: car les considérant absolument en elles-mêmes, elles ne nous sont point contraires, mais plutôt elles nous sont très utiles, en ce que les supportant avec patience, ^iles nous sont une matière de vertu en cette vie, et un sujet de couronne dans le ciel. Ainsi quand elles nous sont contraires, c'est par notre faute, par l'immortilication de nos passions et par notre délicatesse, qui, ne pouvant rien souffrir, nous font tomber dans l'impatience, dans de-^ paroles offensantes et injurieuses, et quelquefois dans des nnirmures contre Dieu. C'est pourquo; j'ai dit, que quand nous savons par exp^'-rience que nous n'a vons pas assez de vertu pour supporter ces sortes de peines nous pouvons luici Dieu de nous en délivrer.

Si néanmoins Dieu no nous écoute i)as, nous no devons pas

APPENDICE 58i)

nous attrister,- mais nous devons nous soumettre à ses saintes volontés, et croire que le refus qu'il nous fait est plus avantageux à sa gloire, et plus utile à notre salut, que ce que nous lui avions demandé. Car, comme témoigne l'Ecriture (Act. 14, 21.): •' il nous faut entrer dans le royaume des cieux par la porte des "afflictions." C'est par celle-là même que Notre-Seigneur y a voulu entrer pour nous frayer le chemin ; car il a dit lui-même (Luc. 24. 26.) : "N'a-t-il pas fallu que le Christ souffrît, et que <■ par ce moyen il entrât dans le royaume de sa gloire ? Or, il •' n'est pas juste que les serviteurs soient mieux traités que leur " maître, et que les membres soient traités plus délicatement '■ que leur chef (Matth. 10. 24). "

Et nous ne devons pas seulement recevoir les maux de cette vie, et même la mort quanJ elle se présente, avec patience et résignation, mais encore avec joie et dilatation de cœur à cause de l'honneur qui nous revient d'être traités comme Notre-Seigneur; comme les Apôtres qui se réjouissaient après avoir été châtiés de verges; car il est écrit (Act. 5. 4.): " Les Apôtres '• s'en allaient en se réjouissant de ce qu'ils avaient été trouvés " dignes de souffrir pour le nom de Jésus, une injure si humi- " liante." Et enfin comme le Prophète qui dit (Ps. 118. 16.): " IjOS prince^ m'ont persécuté sans sujet; dans cette persécu- '' tion vos paroles ont donné de la crainte à mon cœur : Je me " réjoairai sur vos paroles comme celui qui trouve de grandes " dépouilles, ou un riche trésor. "

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