II
Mais tremble qu'un jury, ton dernier auditoire,
Enchaînant ta fureur que tu nommes vertu.
Ne te feisse un jour taire où Destigny s'est tu !
Sur l'abîme béant quel vertige t'attire ?
D'où te vient cette soif des honneurs du martyre?
Est-ce orgueil en délire ou &natisme ardent?
Je ne te connais pas, jeune homme, et cependant,
Sans demander secours à l'art divinatoire.
Je pourrais cœur à cœur te dire ton histoire.
De ton obscurité quand le poids te lassait,
Qjiand tu rêvais la gloire, un étendard passait,
Tu t'enrôlas...; depuis, tu chantes, pour lui plaire,
A ton parti haineux, des hymnes de colère.
Vivant anachronisme I Hélas 1 cent ans plus tôt
Si les dieux t'avaient dit : « Nais, tu seras Berthaud, »
Ton étoile eût brillé dans la pléiade obscure
Des littérateurs nains, grands hommes du Mercure,
Qui leur édifiait un apanage égal.
Fondé sur un couplet ou sur un madrigal.
Les petits vers sont morts, nous parlons chiflfre et prose.
Pradel n'est que Pradel, Cabet est quelque chose.
Dans le boudoir natal, les quatrains parfumés.
Comme dans un tombeau, pourrissent inhumés.
Mais le scandale au moins, dans ce siècle vandale,
Est toujours à la mode, et tu fais du scandale ;
Et tu jettes un cri de plus dans les cent voix
Qyii bourdonnent autour du trône et du pavois.
Sais-tu, beau ménestrel arrivé de province.