‹ OEuvres complètesChapitre 104 sur 111 · UNE ;V^OIX EN FRANCE · texte numérisé non relu

UNE ;V^OIX EN FRANCE

Pour quel sabbat d'enfer ton luth s'accorde et grince, Chez quels auditeurs sourds tu quêtes un patron, A quelles sales mains tu présentes le tronc ? Vois ces hommes obscurs que Juillet fit éclore : Blasphémateurs ingrats du soleil tricolore, Ces courtisans d'hier, dont le pas familier  de chaque antichambre ébranlé l'escalier; Ces laquais sans emploi qui poussent dans l'ornière Le char qui les a tous cahotés par derrière; Pareils à ce géant qu'Hercule terrassait.

Qui se relevait fort du sol qu'il embrassait 1 Balayés du salon où leur foule se rue, Ils reviennent tribuns en tombant dans la rue. Q}iand leur parole aux clubs retentit : écoutez 1 Qpel zèle pour le peuple et pour ses libertés I Vainement la faveur les choisirait pour cibles : Comme leur Dieu symbole ils sont incorruptibles, Ils marcheraient pieds nus sur les croix et sur l'or ; Mais voyez : leurs genoux sont tout poudreux encor. Sais-tu bien où tes coups s'égarent, quel est l'homme Que ta satire frappe et que le fronton nomme? C'est le magistrat fort qui tient depuis longtemps Sous son regard de feu les partis palpitants. Et que Périer, aux jours de l'émeute éternelle, Â placé devant eux comme une sentinelle ; Périer qu'ils ont, vivant, harcelé de leurs bruits, Qui marcha le front haut dans l'orage, et depuis, Glissant de notre ciel comme un astre qui tombe. S'est fait contre la haine un rempart de sa tombe.

Pour son noble tuteur le jour de gloire a lui. Et Gisquet à son tour le voit poindre pour lui. Sifflez, il n'entend pas; son cœur, qu*il interroge. Répond en traduisant chaque injure en éloge.

Tes blasphèmes impurs ont monté jusqu'au Roi, Et tu n'as pas rougi... Mais que t'importe, à toi, Le sacre de Juillet, le laurier de Jemmapes ? On t'a montré du doigt ta victime, tu frappes Et ne pèses jamais, spadassin eâfronté, Les coups que tu portas, mais l'or qui fôst compté.

L'autre jour, en voyant ton oeuvre littéraire,

Ëclose toute fraîche aux vitres du libraire.

Comme une courtisane aux gestes agaçants.

En parure coquette attirer les passants.

J'ai pensé que ton vers chaud et plein d'amertume

Donnait à Némésis une fille posthume;

Sur la foi des journaux qui l'avaient déclaré,

Je maudissais d'avance un génie égaré :

« Malheur aux innocents que ta satire fouette,

Soupirai-je, et malheur à toi, jeune poète I

Car tu te frapperas la poitrine, en voyant

Les pleurs qu'aura coûtés ton rire foudroyant,

Si ta satire en feu (ce qu'à l'enfer ne plaise l)

Aidait à rallumer l'ardent quatre-vingt-treize;

Si l'émeute en drapeaux promenait tes écrits

Et rédigeait sur eux sa liste de proscrits ;

Si la foule, traînant de sa main justidère

Autant de corps que toi de noms dans la poussière,

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