MERLIN DE THIONVILLE
Mais tout à coup le monstre hésite à s'en repaître : Le lion d*Androclès a reconnu son maître ; Les décrets promulgués expirent sous les cris ; Des bras nus et sanglants relèvent les proscrits. Par tous ses soupiraux, le vieil Hôtel de Ville, Haletant, a soufflé la tempête civile.
Et, sur les quais bruyants où Paris est debout, Aux feux de Thermidor la sédition bout.
Merlin se lève alors, fier d'un rôle à sa taille; Encor poudreux des camps, il vole à la bataille. II plonge dans l'émeute, un pistolet au poing. II court ; les cris de mort ne l'intimident point ; Devant les conjurés se dresse, loi vivante.
Comme dans un filet, les prend dans l'épouvante. Et, sans qu'ils aient tiré le glaive du fourreau. Les ramasse tremblants et les jette au bourreau. C'est bien : justice est Êiite ; et, joyeux dans leur tombe. Les Cordeliers martyrs acceptent l'hécatombe. Un nouveau roi tombé fait hommage à Samson ; La hache, qu'ébréchaît une longue moisson.
Humide d'un sang pur, dans le sang est lavée.
Merlin, repose- toi, la séance est levée I
En face d'un tel homme, oh ! qu'ils semblent petits. Ces législateurs nains dans le centre blottis. Ces rhéteurs fanfarons à la voix menaçante, Q.ui tonnent sans danger contre l'émeute absente. Et râlent un long cri d'épouvante et de deuil
Sitôt qu'un bruit suspect bourdonne sur le seuil 1 Si, du moins, surgissait dans un coin de leur salle Du siècle des géants quelque ombre colossale I... Mais sur nos vieux tribuns, historiques lambeaux. L'oubli pesait avant la pierre des tombeaux.
Quand le lion rugit les Trois Jours de colère, Sans doute le vieillard bénit la nouvelle ère, Et, comme le pays, comme la Liberté, Pour un avenir d'or se crut ressuscité ; Sans doute il espéra que la voix des collèges Aux sénateurs déchus restituerait leurs sièges. Vain espoir I ce grand nom retentissait trop fort. Peut-être, en l'écartant, la France n'eut pas tort. Quand on eut présenté Merlin de Thionville Comme un épouvantail à la Chambre servile.
Quand sur nos Girondins le fougueux Montagnard Eut lancé sa parole et brandi son poignard, Ohl sans doute, devant cet homme de l'histoire, Reculant de terreur, comme devant Grégoire, Dans les bras de la France ils auraient rejeté Le tribun glorieux de son indignité..,
Quoil des récits menteurs, que la peur accrédite, Font de l'époque sainte une époque maudite 1 Par des auteurs vendus tout royal attentat Est absous et paré du nom de coup d'État, Et pour les nations il n'est point d'indulgence 1 Après avoir longtemps amassé sa vengeance.
Lorsque le peuple-roi se relève, et s'assied