BÉRANGER II
Au Luxembourg, mon vers vengeur
Irait frappant de stalle en stalle,
Et sa chiquenaude brutale
Au front d'airain du vieux jugeur
Ferait connaître la rougeur.
Je saurais dégoûter, j'espère.
Et Perrin-Dandin de juger,
Et Petit-Jean d'être compère...
Ah I Dieu I si j'étais Béranger I
Je consolerais les Amours :
De la beauté j'ai vu les larmes Couler sur des gants de gendarmes, Et sa plainte tomber toujours Sur des cœurs et des barreaux sourds.
Triste, en rêvant au long martyre Qu'on lui défend de partager, Lisette a perdu son sourire...
Ah I Dieu I si j'étais Béranger I
L'avenir est si beau là-bas I...
A des chants d'espoir tout l'engage.
A-t-il remis sa montre en gage.
Le poète? et ne sait-il pas Combien le temps a fait de pas ?
Pour montrer du doigt sur la rive, Au siècle qui va naufrager, Les fleurs dont le parfum m'arrive, Ah I Dieu I si j'étais Béranger 1
Liii-mfaDC a vingt fois en chanuni
Barè kx Mtes du pritoire;
De doniur xtinx b Tktoiie,
Afriî mûr gaeiroyi tant,
n > dioii. uns doale, et pourtaat...
n haï, TienDcni les lepiésiiUes,
Vienne dd Juillet od l'étranger,
Ud Tyitée soi champs de batailles t..
Ahl Dieal à j'étùi Bènngerl
^ V^UTEVR, T>E CH^TTE%TO'hl
(Mai 1835)
u Théâtre-Français deux beaux noms sur l'affiche M'attirèrent un soir : ce soir-là j'étais riche ; pavais pour avenir deux francs, je les donnai; Et je vis Chatterton, et chaque mot du drame Eut un écho si long et si doux dans mon âme, Qjie la nuit, seulement bien tard, je soupçonnai Q)i'en ce jour de bonheur je n* avais pas dîné.
Seul, j*écoutais encor d'un bruyant auditoire Le sanglot triomphal répéter : « Gloire, gloire A la Muse qui n'a ni sang, ni £mge au pied, Par qui la nouvelle ère au théâtre commence!... » J'écoutais, je mêlais ma note au chant immense, Puis j'ajoutais tout bas, palpitant, l'œil mouillé : « Qpi s'inspira si bien, doit sentir la pitié. »
Hélas 1 quand il évoque une infortune morte, Le poète pieux, s'il savait qu'à sa porte L'immortel Chatterton vit encor pour souffrir 1 S'il savait qu'à Paris tous les jeunes poètes. De ce bruyant désert pâles anachorètes.
N'ont plus, en s'abordant, qu'un salut à s'oifrir, Le salut monacal : « Frères, il faut mourir I »
Que l'un d'eux, demi-nu, dans sa chambre malsaine
Pousse un drame réel à sa dernière scène,
Et sans étoile au ciel, sans bon ange ici-bas.
Pour éviter la faim, courant au suicide,
Tient levé, maintenant, sur son estomac vide«
Le fer qui découpait le pain de ses repas
Et qui, depuis trois jours, trois longs jours 1 ne sert pas.
Puis se ressouvenant qu'il est bien jeune encore, ^ Qu'après l'hiver l'oiseau se ranime et picore, 1
Que ses chansons vivraient peut-être s'il vivait, j
A l'auteur de chatterton 121
Qp'un ange sur son front, marqué de Tanathème, Peut TefFacer un jour avec ce mot : Je t'aime I De mille illusions repeuplant son chevet, Dans les bras de la Faim s*endort... S'il le savait I
Poète, il aiderait la jeune muse à vivre ; Il n'a pas renfermé tout son cœur dans son livre ; Son culte pour les morts s'étendrait aux mourants... Et moi je serais fier d'aimer ce que j'admire, D^avoir une main noble à baiser, et de dire. Quand son nom planerait sur les noms les plus grands : « Je lui dois l'espérance et la vie... et vingt francs 1 »
L^ FE'S.aC/É'R.E
Ahous 1 U fémiiiTe I elle est
Si gentille et si douce I C'en l'oiseau des bois qui se pbtl
Loin du bruit d>as la mousse; Vi<iui vagabond qui tends U main,
Enbat pauvre et sans mère, Puissiei-ïons trouver en chemin
La ferme et la fermière I