‹ OEuvres complètesChapitre 4 sur 111 · T>IX-HUIT ^'K.S · texte numérisé non relu

T>IX-HUIT ^'K.S

J'ai dix-huit ans : tout change, et l'Espérance Vers l'horizon me conduit par la main.

Encore un jour à traîner ma souffrance, E.t le bonheur me sourira demain.

Je vois déjà croître pour ma couronne Quelques lauriers dans les fleurs du printemps ; C'est un délire... Ahl qu'on me le pardonne : J'ai dix-huit ans I

J'aime Provins, j'aime ces vieilles tombes Où les Amours vont chercher des abris; Ces mars déserts qu'habitent les colombes.

Et dont mes pas font trembler les débris.

Là je m'assieds, rêveur, et dans l'espace Je suis des yeux les nuages flottants.

L'oiseau qui vole et la femme qui passe :

J'ai dix-huit ans 1

Bercez-moi donc, ô rêves pleins de charmes.

Rêves d'amour... Mais l'aquilon des mers A jusqu'à moi porté le bruit des armes :

La Grèce appelle en secouant ses fers.

Loin de la foule et loin du bruit des villes. Dieu 1 laisse-moi respirer quelque temps, Le temps d'aller mourir aux Thermopyles :

J'ai dix-huit ans!

Mais quel espoir! la France, jeune et fière.

S'indigne aussi de vieillir en repos :

Des cieux, émus par quinze ans de prière, La Liberté redescend à propos.

Foudre invisible et captif dans la nue, Hier encor, je te disais : « Attends ! »

Mais aujourd'hui, parais; l'heure est venue : J'ai dix-huit ans !

VIVE LE %OII

ivE le Roil... Comme les faux prophètes L'ont enivré de ce souhait trompeur !

Comme on a vu grimacer à ses fêtes La Vanité, l'Intérêt et la Peur 1 Au bruit de l'or et des croix qu'on ramasse, Devant le char tout s'est précipité ; Et seul, debout, je murmure à voix basse :

Vive la Liberté!

Le myosotis

Vive le Roi 1 Quand des mages serviles D'un dieu mortel flattaient ainsi l'orgueil, Un autre cri, tombant des Thermopyles, Vint tout à coup changer leur fête en deuil.

De l'Archipel aux rives du Bosphore, Après mille ans, l'écho l'a répété, Et la victoire a pour devise encore :

Vive la Liberté I

Vive le Roi 1 De nos vieilles tourelles Ce cri souvent ébranla les arceaux, Quand les seigneurs faisaient pour leurs querelles, Au nom du prince, égorger les vassaux.

Dans ces débris, où leur ombre guerrière Agite encor son glaive ensanglanté, Le voyageur écrit sur la poussière :

Vive la Liberté!

Vive le Roi ! La voix de la vengeance Se perd toujours au bruit de ce refrain ; Pour endormir son éternelle enfance, Voilà comment on berce un souverain ; Mais quand la foudre éclate et le réveille, Seul, sans flatteurs, le prince épouvanté Entend ces mots gronder à son oreille :

Vive la Liberté !

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