‹ OEuvres complètesChapitre 56 sur 111 · A JEAN DE PARIS · texte numérisé non relu

A JEAN DE PARIS

Et tu diras, le soir, froissant un corps de femme :

« Es-tu content de moi, don Juan, mon maître? » Infâme !

Non, tu n'es pas don Juan ; car don Juan, le maudit,

 l'œil émerveillé comme un spectre grandit.

Auprès de ce géant tu n'as pas une toise ;

Il venait de l'enfer, toi tu viens de... Pontoise.

Il chantait, il raillait; et toi, tu n'es qu'un sot

Qji'on peut tuer d'un vers et bâillonner d'un mot.

C'était un oiseleur qui, d'un coup de résille.

Attrapait Elvira, Léonor, Inésille,

Papillons qu'au Prado le soir voyait courir,

Si frêles qu'un baiser trop lourd les fit mourir.

Et si beaux qu'on aurait enrichi vingt chapelles

Avec la poudre d'or que secouaient leurs ailes.

Convoitait-il un ange aux cheveux noirs ou blonds,

Son échelle de soie avait tant d'échelons

Qji'il eût, de cieux en cieux, pu monter, je parie.

Pour baiser les pieds nus de la vierge Marie.

Si la foudre eût bougé, prêt à tous les combats,

A la vieille grondeuse il aurait dit : « Plus bas I »

Par une corde à puits te hissant aux gouttières.

Toi, tu vas dénicher des filles de portières;

Auprès de la beauté qui te doit sa pâleur,

La duègne, qui plaida ta cause avec chaleur.

Ne froisse étincelants ni missel ni rosaire,

A des haillons pour mante, et pour nom : la Misère.

L'oiseau dans tes filets ne tomba pas vaincu

A l'appel de ton chant, mais au son d'un écu.

Tu n'as rien, fils du Nord, de ce sang qui pétille,

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