‹ OEuvres complètesChapitre 61 sur 111 · Â MON AME · texte numérisé non relu

 MON AME

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !

Las et poudreux d'une route orageuse, Je chancelais sur un sable flottant; Repose-toi, pauvre âme voyageuse; Une oasis là-haut s*ouvre et t'attend.

Le ciel qui roule, étoile, sans nuage, Parmi des lis semble des flots d'azur :

Pour te baigner dans un lac frais et pur, Jette en plongeant tes haillons au rivage 1

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !

Fuis, sans pitié pour la chair fraternelle : Chez les méchants lorsque je m'égarais, Hier encor tu secouais ton aile Dans ta prison vivante... et tu pleurais; Oiseau captif, tu pleurais ton bocage ; Mais aujourd'hui, par la fièvre abattu.

Je vais mourir. Et tu gémis... Crains-tu Le coup de vent qui brisera ta cage ?

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu !

Fuis sans trembler : veuf d'une sainte amie.

Quand du plaisir j'ai senti le besoin,

l8o LE MYOSOTIS

De mes erreurs, toi, colombe endormie.

Tu n*as été complice ni témoin.

Ne trouvant pas la manne qu'elle implore, Ma faim mordit la poussière (insensé !) ; Mais toi, mon âme, à Dieu, ton fiancé.

Tu peux demain te dire vierge encore.

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu I

Tu veilleras sur tes sœurs de ce monde

De l'autre monde où Dieu nous tend les bras;

Quand des en£ants à tête fraîche et blonde

Auprès des morts joûront, tu souriras :

Tu souriras lorsque sur ma poussière

Ils cueilleront les saints pavots tremblants ;

Tu souriras lorsque avec mes os blancs ^

Ils abattront les noix du cimetière... *

Fuis, âme blanche, un corps malade et nu ; Fuis en chantant vers le monde inconnu I

L^ VOULZIE

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