‹ OEuvres complètesChapitre 62 sur 111 · ELEGIE · texte numérisé non relu

ELEGIE

â'iL est un nom bien doux £ait pour la poésie, Oh 1 dites, n'est-ce pas le nom de la Voulzie ? La Voulzie, est-ce un fleuve aux grandes îles? Non ; Mais, avec un murmure aussi doux que son nom, Un tout petit ruisseau coulant visible à peine; Un géant altéré le boirait d'une haleine;

l82 LE MYOSOTIS

Le nain vert Obéron, jouant au bord des flots, Sauterait par-dessus sans mouiller ses grelots. Mais j'aime la Voulzie et ses bois noirs de mûres, Et dans son lit de fleurs ses bonds et ses murmures. Enflant, j'ai bien souvent, à l'ombre des buissons. Dans le langage humain traduit ses vagues sons; Pauvre écolier rêveur, et qu'on disait sauvage, {

Qpand j'émiettais mon pain à l'oiseau du rivage, L'onde semblait me dire : « Espère I aux mauvais jours Dieu te rendra ton pain. » — Dieu me le doit toujours ! C'éuit mon Égérie, et l'oracle prospère A toutes mes douleurs jetait ce mot : « Espère 1 Espère et chante, enfant dont le berceau trembla. Plus de frayeur : Omille et ta mère sont là.

Moi, j'aurai pour tes chants de longs échos... » — Chimère Le fossoyeur m'a pris et Camille et ma mère.

J'avais bien des amis ici-bas quand j'y vins, Bluet édos parmi les roses de Provins :

Du sommeil de la mort, du sommeil que j'envie. Presque tous maintenant dorment, et, dans la vie. Le chemin dont l'épine insulte à mes lambeaux Comme une voie antique est bordé de tombeaux. Dans le pays des sourds j'ai promené ma lyre; J'ai chanté sans échos, et, pris d'un noir délire. J'ai brisé mon luth, puis de l'ivoire sacré J'ai jeté les débris au vent... et j'ai pleuré! Pourtant je te pardonne, ô ma Voulzie ! et même. Triste, j'ai tant besoin d'un confident qui m'aime. Me parle avec douceur et me trompe, qu'avant

LA VOULZIB 183

De clore au jour mes yeux battus d'un si long vent, Je veux £aire à tes bords un saint pèlerinage, Revoir tous les buissons si chers à mon jeune âge, Dormir encore au bruit de tes roseaux chanteurs, Et causer d'avenir avec tes flots menteurs.

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