‹ OEuvres complètesChapitre 65 sur 111 · MIL HUIT CENT TRENTE-SIX · texte numérisé non relu

MIL HUIT CENT TRENTE-SIX

Aux mains du talent indigné, Rois, princes, valets, tout ensemble S^émeut..., et la plume d'or tremble Devant l'arrêt qu'elle a signé...

Mais, bien que mon vers gronde et prêche,

Ne craignez pas pour votre ami

Une insulte à la fosse fraîche

Où vos sanglots l'ont endormi.

Laissant à l'esclave un tel rôle,

Je dirai, dût à ma parole

Un bruit de verrous retentir :

« Apôtres des sanglants systèmes,

Nos cultes ne sont pas les mêmes.

Mais vous comptez un beau martyr I »

Et quel père n'a vu ses filles Honorer de pleurs ingénus Le jeune héros en guenilles. Le beau patriote aux pieds nus?

Il sauva des flots l'une d'elles.

Et leurs amours lui sont fidèles...

Donnez des lis, car il n'est plus 1 Des lis, des pleurs, ô jeunes filles :

Car son sang tacha ses guenilles, L'écha£aud meurtrit ses pieds nusl

190 Le myosotis

Jeune, et sans pain, sans fiancée, ]

Des rêves d*amour l'ont nourri.

Et Tombre de Cymodocée ^

Au Martyr du peuple a souri.

Sous notre chêne populaire,

Q}ie la sainte croix tumulaire

Prodigue l'ombre à son tombeau ; . {

Si le Dieu chrétien qu'il adore

Le repousse en tonnant, Eudore ,

Prîra Jésus pour Alibaud.

Hélas I de l'hymne funéraire Qji'aujourd'hui j'abandonne au vent, J'aurais voulu, mon noble frère, Parer ton front, ton front vivant :

Tel, quand, chaud de mille agonies.

Ankastroëm aux Gémonies Roulait, on vit ou l'on crut voir.

Pour parfumer la claie infâme, Des mains d'un ange ou d'une femme Qjielques brins de laurier pleuvoir.

« Gagnons les bourreaux de vitesse,

Disais-je, Alibaud va mourir;

Vers le Golgotha de Lutèce

Le char court : Muse, il faut courir. »

Mais un vers me fuyait encore,

Et déjà du coteau sonore

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