LES SIOKES DE CROIX 34I
n traite un peu sa grand*dame en fillette, Puis tout à coup se lève» au désespoir :
c Du diable soit le noueur d'aiguillette !
II m'a charmé : damoiselle, au revoir ! »
Mais, restant coi, Iseult dit : « Signe-toi, Mon doux maître et seigneur... »
Hélas I ma bonne, hélas I que j'ai grand'peur I
A cette voix dont il connaît l'empire,
II obéit, se signe, et Êiit si bien,
Qpe douze fois la colombe soupire :
« Honneur, amour au chevalier chrétien I »
Et douze fois L'écho joyeux des bois Répète : a Amour, honneur... »
Hélas ! ma bonne, hélas 1 que j'ai grand'peur 1
Oui, j'ai grand'peur que ce récit n'éveille En certain lieu des regrets superflus :
Si ma chanson. Rose, vous émerveille, Si, prenant goût aux exploits des élus.
Vous vous flattez
De les voir imités
Par moi, pauvre pécheur.
Hélas I ma bonne, hélas 1 que j'ai grand'peur I
lo
VH. QUji%T T>'HEUli,E
'DE 'DÉVOTIO'hL
ous demandez, amis, comment s'est échappée De ma plume profane une sainte épopée 7 Écoutez : Pâme en deuil, et la tristesse au front, Un soir, je visitai Saint-Ëtienne-du-Mont.
A cette heure sacrée, heure où la nuit commence, Qjielques rares chrétiens peuplent seuls Pombre imiiM Cest Tenfant à la bouche encor blanche de lait, Q}^i dans ses doigts vermeils égrène un chapelet, Et semble demander, dans sa fraîche prière.
Un souris fraternel aux chérubins de pierre ;
UN QUART d'heure DE DÉVOTION 243
La pâle mère en deuil, devant un crucifix, Au vainqueur de la mort redemandant son fils ; Le vieillard qui, mourant, de ses lourdes sandales. Comme pour dire : « Ouvrez 1 » heurte aux funèbres dalles, Et, prêt à s'endormir de son dernier sommeil, Aux pieds de Jésus-Christ s'étend comme au soleil... Mais plus souvent, hélas 1 c'est l'artiste profane Contemplant aux piliers l'acanthe qui se &ne. Admirant des couleurs sur la toile où revit Le Êdt miraculeux qu'un siècle expiré vit, Ëpoussetant de l'œil chaque peinture usée. Et du seuil à la nef parcourant un musée.
Au milieu des autels qui s'écroulent partout, L'autel païen des arts est seul resté debout.
Et, la rougeur au front, je l'avoûrai moi-même, Qpi suspens à la croix l'ex-voto d'un poème, Dans le temple, au hasard, j'aventurais mes pas, Et j'eâSeurais' l'autel et je ne priais pas.
Autrefois, pour prier, mes lèvres enfentines D'elles-mêmes s'ouvraient aux syllabes latines. Et j'allais, aux grands jours, blanc lévite du chœur. Répandre devant Dieu ma corbeille et mon cœur. Mais depuis, au courant du monde et de ses fêtes Emporté, j'ai suivi les pas des faux prophètes. Complice des docteurs et des pharisiens.
J'ai blasphémé le Christ, persécuté les siens. Qjiand l'émeute aux bras nus, pour 4a traîner au fleuve,
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Arrachant une croix à la conpole veave.
Insultait, blasphémait Dieu gisant sur le sol.
De loin sur les manteaux )e veillais comme Saul.
Mais, de vagues remords assailli de bonne heure :
« Où puiser, ai-je dit, la paix intérieure ?
Où marcher dans la nuit, sans étoiles aux deux
Et sans guide ici-bas? £n£mts insoucieux.
Les uns, pour ne rien voir des hommes ni des choses.
Abaissent sur leur front leurs couronnes de roses;
D'autres, en proclamant Tidole Liberté,
Sous le glaive l^^al tombent avec fierté.
Et promettent, mourants, de leur voix £itidique.
Au Teuutès moderne un culte druidique;
Ou, souâSant la terreur sur TÉglise et TÉUt,
Tonnent, bruyants échos, autour de Tapostat
Qui, disciple du Christ, au front sanglant du maître
Posa le bonnet rouge, avec ses mains de prêtre.
Combien de jeunes cœurs que le doute rongeai
Combien de jeunes fronts qu'il sillonne déjà I
Le doute aussi m'accable, hélas 1 et j'y succombe :
Mon âme fatiguée est comme la colombe
Sur le flot du désert égarant son essor ;
Et l'olivier sauveur ne fleurit pas encor... a
Ces mille souvenirs couraient dans ma mémoire ; Et je balbutiai : « Seigneur, faites-moi croire ! » Qjiand soudain sur mon front passa ce vent glacé Qui sur le front de Job autrefois a passé.
Le vent d'hiver pleura sous le parvis sonore,
UN QUART d'heure DE DÉVOTION 345
Et soudain je sentis que }e gardais encore
Dans le fond de mon cœur, de moi-même ignoré.
Un peu de vieille foi, parfum évaporé.
Cependant mon genou, fléchi par la prière,
Se heurta contre un livre oublié sur la pierre,
£t la secrète voix qui parle aux cœurs élus
Murmura dans le mien : « Prends et lis, » et je lus.
Je lus avec amour ces quatre chants sublimes.
Dont l'auteur s'est voilé de quatre pseudonymes,
Mais où sur chaque mot le poète à dessein
Imprima son génie à défaut de son seing,
Page de vérité, qu'à sa ligne dernière
Le Golgotha tremblant sabla de sa poussière.
Qjiand je me relevai plus léger de remords.
Comme au dedans de moi, c'était fête au dehors :
La vitre occidentale, allumant sa rosace.
D'une langue de feu m'illumina la face;
Les deux blancs chérubins, levant leur front courbé.
Avec plus de ferveur prièrent au jubé;
Et l'orgue, s'éveillant sous un doigt invisible.
D'un long et doux murmure emplit la nef paisible.
Et je versai des pleurs, et, reconquis à Dieu,
Au tombeau de Racine alors je fis un vœu.
Ce vœu, je l'accomplis en écrivant ces pages. Les temps étaient passés des saints pèlerinages : Je ne pouvais aller, courbé sous le bourdon, Boire au Jourdain captif le céleste pardon ;
Au rivage où fleurit la parole divine Ma mnse ira da moins. Pars, muse pèlerine !
Conduite à Bethléem par l'étoile des Rois, Au Gloria des deux mêle ta douce voix ; Rallume Titre éteint de Marthe et de Marie; G)nsulte le Voyant an puits de Samarie, Et, fidèle au gibet de ton Dieu méconnu, Sous le sang rédempteur prosterne ton front nu. Puis, malgré Tincrédule et ses bruits de risée. Relève fièrement ta tête baptisée.
Dieu bénira mes chants; sur les autels divers Puisqu'on sème des fleurs, on peut jeter des vers. Depuis le temps antique où vibrait à tes fêtes La harpe de David et des anciens prophètes,.
N'est-ce pas, ô Seigneur, un encens précieux Q;ie l'encens du poète ? et les anges des cieux Ne se courbaient-ils pas, avides, pour entendre Jean Racine toucher son luth pieux et tendre. Quand il eut pour le cloître abandonné les cours Et dans ton amour pur éteint tous ses amours ? Et puis mon grain d'encens, qui sait? fera peut-être Pétiller l'urne éteinte entre les mains du prêtre.
J'ai dans mes souvenirs un fabliau bien vieux Dont, au bruit de la mer et des vents pluvieux, Mon aïeule bretonne, à la voix sibylline, Berçait pendant la nuit mon en&uce orpheline : — Un jour, Dieu sait pourquoi, l'élément nourricier