LE BAPTÊME
« A ton baptême un curé bon apôtre, Qjielques voisins, quelques brocs de vin vieux, Cela suffit : te voilà, comme un autre, Co-héritier du royaume des deux, ■ Convive ailleurs d'un plus friand baptême, Si quelque saint, gras martyr de la foi.
Bénit tout haut, puis murmure : « Anathème ! » Dors, mon enfant, dors, ce n'est pas sur toi.
« Tu n'as point vu la robe et la finance
Crier : « Bravo I » lorsque tu vagissais ;
Tu n'as point eu, comme un Enfant de France,
A digérer maint discours peu français.
Pour premiers bruits le monde à ton oreille
N'a point jeté des paroles sans foi.
Près d'un berceau si la trahison veille.
Dors, mon enÊmt, dors, ce n'est pas chez toi.
« Dors, fils du pauvre : on dit qu'il est une heure Lente à passer sur les fronts criminels; Le fils du riche alors s'éveille et pleure Au bruit que font les remords paternels.
Lorsque minuit descend plaintif des dômes.
En secouant leur linceul et l'efiroi, On dit qu'au Louvre il revient des fantômes : Dors, mon enfant. Dieu seul entre chez toi.
« A Thôpital, sur le champ de bataille.
Chair à scalpel, chair à canon, partout Tu souffriras, et lorsque sur la paille Tu dormiras, la Faim crîra : « Debout 1 »
Tu seras peuple, enfin ; mais boa courage 1 Souffrir, gémir, c'est la commune loi.
Sur un palais j'entends gronder Torage :
Dors, mon en£int, il glissera sur toi. »
^ iKES CHui'USO'H.S
u Val Bénit, partez, fils de ma muse !
 peine éclos, c'est là qu'il faut aller; Partez sans moi, vous direz pour excuse :
« Il n'a pas, lui, d'ailes pour s'envoler. »
Lisant Rousseau qu*aiment tous les poètes, Là j'ai coulé peu de jours bien remplis ; Mais sans remords j'ai quitté mes Charmettes; L'air en est pur, ma pervenche est un lis«
Oh 1 quel bonheur de revêtir la brume Sur le coteau comme un linceul flottant, Et de chercher à l'horizon qui fume, Là-bas, là-bas, le toit qu'on aime tant;
Et de poursuivre aux champs, aux bois, sans terme,
Un papillon, un rêve, un feu follet.
Sûr de trouver, de retour à la ferme,
Un doux accueil, du pain blanc et du lait !
Avec le pâtre au ravin j'allais boire.
M'inspirant là, pauvre et gai, j'y vécus ; Fontaine aux vers, quel conte dérisoire T'a £siit nommer la fontaine aux écus?
Je n'eus jamais ce qu'a la boulangère ; Mais quand l'amour me caressait alors, S'il étreignait une bourse légère.
Il sentait battre un cœur plein de trésors.
Trésors perdus 1 la semence divine Qiie j'étalais, vaniteux possesseur.
S'est envolée, et rien n'a pris racine, Et cependant je vous disais : a Ma sœur,
« Un beau laurier sur votre front d'ivoire Remplacera la rose des buissons, j»
Je le disais, et mon rêve de gloire A, comme tout y fini par des chansons.
A MES CHAKSONS